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RATP : une nouvelle affaire de fichage affaiblit encore un peu plus la direction

Le droit de grève est-il vraiment garanti par la constitution ? Les machinistes de la RATP se posent la question depuis qu'une nouvelle affaire de fichage des agents a éclaté dans un autre centre bus de la compagnie de transport. Il s'agit du dépôt Quai de Seine (Ivry/Lebrun) qui est désormais au centre de toutes les attentions.

jeudi 28 mai

Dans ce fichier ayant servi aux commissions de classement de 2018, on trouve des informations particulièrement compromettantes pour l’encadrement de cette unité. Parmi elles, les noms des machinistes grévistes, des agents malades et des noms renseignés selon d’autres critères se situant à mille lieux de toute déontologie professionnelle. Très loin en tout cas de la déontologie que la direction brandit systématiquement lorsqu’il s’agit de sanctionner des agents ayant oublié un bonjour ou qui sont passés à un feu orange.

Le direction du département bus avait mis quelques jours avant de condamner le même type de fichage mis en place au dépôt de Bords de Marne découvert quelques semaines auparavant. Elle disait alors toute sa réprobation selon les termes suivants : "Cette initiative est en contradiction formelle avec les règles en vigueur au sein de la RATP et une enquête interne a été lancée dont nous tirerons toutes les conséquences, c’est-à-dire les sanctions et mesures correctives appropriées" . Quel sera alors la teneur du prochain communiqué pour dénoncer la tenue d’un tel fichage au dépôt de Quai de Seine ?

On imagine que le direction surjouera encore l’étonnement pour forcer sa crédibilité et tenter d’anesthésier l’indignation des agents. Une crédibilité qui s’étiole inexorablement à mesure que la CGT RATP BUS empile les alertes. Ce fichage, rappelons le, et c’est en cela que l’affaire est scandaleuse, a été conçu pour apporter une appréciation d’ensemble en vue de la prochaine commission de classement, la réunion annuelle phare qui fait et défait les carrières des agents. Les grévistes, les malades, les inaptes et les agents qui ne rentrent pas en tout point dans un moule psychologique précis sont donc mis au rebut de l’entreprise dont les mutations sociales, économiques et organisationnelles sont sévèrement critiquées par la CGT.

Le directeur du centre de Bords de Marne avait été démis de ses fonctions et déféré au conseil de discipline quelques jours après les révélations du fichage qu’il avait mis en place. Le directeur du dépôt de bus de Quai de Seine devrait donc, selon toute vraisemblance, connaître le même sort. Mais la mise à l’écart de ces directeurs d’unité opérationnelle ne solutionne pas le problème que soulève un tel fichage. De telles pratiques sont-elles réellement circonscrites à seulement deux dépôts ? Rien n’est moins sûr. Le fichage des machinistes RATP semble bien s’orienter vers une affaire hors-norme alors que ces derniers sont aujourd’hui "sur le pont", comme aime à le répéter la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Sur le pont mais pas sur le podium malheureusement alors que les sacrifices consentis par ces forçats de la route sont unanimement connus et reconnus par l’ensemble de la société et plus particulièrement depuis la pandémie.

Au lieu d’une prime de risque justifiée par l’exposition au covid19, les machinistes qui ont fait grève pour s’opposer à la réforme des retraites, qui ont eu la maladresse d’attraper un cancer, qui sont coupables d’avoir eu un accident de travail verront donc leur avancement de carrière sacrifié pour satisfaire les desiderata d’une direction qui voue un culte sans limite aux objectifs de rentabilité financière.

L’avancement de carrière, qu’on le veuille ou non, est donc bien une affaire de fichage qui piétine le code du travail, les salariés et accessoirement l’éthique que l’entreprise est si prompte à ériger en exemple.




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