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Politique

Attaque n°1 du quinquennat

Réforme anti-sociale : la Cour des comptes appelle au retour de la réforme des retraites

La Cour des comptes déguisée en juge impartial explique dans une note publiée ce jeudi que la réforme des retraites et le retardement de l'âge de cessation de l'activité professionnelle sont une nécessité. Une façon de légitimer la réforme centrale du quinquennat qu'aspire à réhabiliter Macron, dans un contexte de fragilisation de l'exécutif sur fond de hausse générale du coût de la vie.

jeudi 21 octobre

Crédits photo : AFP/ARCHIVES - BERTRAND GUAY

Le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a déclaré ce mercredi, dans une interview donnée au Parisien, la publication de douze notes d’ici à début décembre dans l’objectif de « fournir aux citoyens « des diagnostics et des pistes » sur les grands thèmes, afin de lutter « contre la désinformation » et les « annonces caricaturales ».

Il déclarait ainsi : « Nous sommes dans une période où les propos réducteurs, les annonces caricaturales, voire la désinformation prospèrent. Dans ce contexte, le choix des citoyens a besoin d’être étayé par des éléments objectifs, chiffrés, établis par un tiers de confiance. C’est pourquoi j’ai voulu que, tout en restant dans notre indépendance, nous puissions porter à la connaissance des citoyens un certain nombre de diagnostics et de pistes. En tout, il y aura douze notes (police, énergie, industrie, ferroviaire…) qui seront publiées d’ici à début décembre. On a plutôt besoin de vigie, d’éclaireur que de nouveaux dispensateurs de fantasme. »

« Continuer à adapter le système de retraite pour résorber les déficits et renforcer l’équité »

Ce jeudi, quatre notes ont été publiées, l’une d’entre-elles concerne directement la réforme des retraites et s’intitule : « Continuer à adapter le système de retraite pour résorber les déficits et renforcer l’équité ». Cette note estime donc que la réforme des retraites est incontournable, comme le titre Le Monde dans son article. Le journal explique que, pour les magistrats, estimant que les cotisations imposées en France sont déjà parmi les plus hautes au sein de l’Union européenne, il conviendrait plutôt de s’attarder sur les dépenses de l’Etat. De multiples leviers seraient envisagés, cependant, c’est bien l’âge de départ à la retraite et la suppression des régimes spéciaux qui serait conseillée par l’institution.

En effet, la Cour des comptes soutiendrait la nécessité de repousser l’âge de départ à la retraite, prétextant que la France serait en retard par rapport aux autres pays de l’OCDE, notamment l’Angleterre où l’âge de départ à la retraite est estimé à 66 ans et à l’Italie, ou celle-ci est estimée à 67 ans, contre 62 ans en France. Les français ne travailleraient donc pas assez selon les « sages » de la rue Cambon.

Au sujet des régimes spéciaux et des départs à la retraite anticipés, l’organisme soutiendrait qu’ « une attention particulière doit être apportée [à ces] mécanismes », les qualifiant de trop coûteux. Mieux encore, cette uniformisation des traitements répondrait en fait à un objectif d’ « équité », un mot qui résonne bien méprisant dans la bouche de ces magistrats lorsqu’on sait que les travailleurs visés par cette mesure sont ceux qui travaillent dans les conditions les plus pénibles et pour lesquels la santé est particulièrement menacée par leur activité salariale.

Pour finir, ces mesures devraient être combinées à des « actions impliquant les partenaires sociaux et les entreprises » dans le but de « favoriser le maintien dans l’emploi de salariés », explique toujours Le Monde. Autrement dit, il s’agirait de toujours offrir plus au patronat, la même logique que la politique de l’offre soutenue par Macron ces derniers jours et depuis le début de son quinquennat.

La cours des comptes, arbitre unanime des débats présidentielles ?

Des directives qui raisonnent étrangement avec le projet suspendu pendant le premier confinement et au terme d’une grève inédite de plusieurs secteurs que portait Macron. En effet, malgré les mots employés par Pierre Moscovici dans son interview au Parisien qui disait, pour reprendre ses termes, vouloir se positionner en « vigie », ses prises de positions parues avec cette note convergent étroitement avec les dernières déclarations du président des riches souhaitant réhabiliter la réforme phare de son quinquennat à quelques mois des présidentielles.

En effet, Macron entend bien lui aussi continuer de faire payer la crise économique aux travailleurs et à se positionner encore comme le grand réformateur pour le patronat, à l’image de ses dernières annonces électorales comme le plan France 2030. Un plan qui vise, comme nous l’expliquions dans un récent article, et de la même manière que ce que propose la Cour des comptes, à mener une politique de l’offre pour soi-disant protéger l’emploi en France, une manière de dire qu’il compte continuer de donner des milliards d’euros aux grand patrons tout en s’attaquant aux conditions des travailleurs.

En clair, à l’heure où la situation est de plus en plus explosive avec la hausse du coût des biens de consommation et de l’énergie, face à un gouvernement fébrile qui a du mal a se mettre d’accord sur les mesures à prendre pour calmer la population d’un côté, et satisfaire les secteurs de la bourgeoisie de l’autre, ces déclarations de la Cour des compte sonnent clairement comme une volonté de relégitimer le rouleau-compresseur de la Macronie.

Pendant que l’Etat précarise encore plus les chômeurs derrière une rhétorique scandaleuse de compétitivité et d’économies d’intérêt collectif, et que la cour des comptes remet sur la table la réforme des retraites sous couvert « d’équité », le scandale des plus de 140 milliards d’euros de dividendes qui auraient échappé au fisc d’une dizaine de pays européens est une preuve de plus, s’il en fallait, que l’argent ne manque pas. Les 13 milliards de déficits sur les retraites avancés par la cour des comptes pour justifier sa politique antisociale sont une bricole à côté des 33 milliards de fraude constatés ici, et plus généralement des milliards amassés par le patronat sur le dos des travailleurs. Les politiques austéritaires apparaissent dès lors comme ce qu’elle sont, une arnaque de plus pour précariser toujours d’avantage les classes travailleuses, la jeunesse et les quartiers polpulaires et offrir toujours plus de marge de manœuvre au patronat.

Face à la multiplication des attaques, notamment avec l’entrée en vigueur de l’assurance chômage, il est nécessaire de construire un véritable plan de bataille qui permette de construire le rapport de force nécessaire pour faire reculer le gouvernement sur toute la ligne. De fait, la stratégie d’enfumage de l’exécutif consistant à balancer des chèques de 100 euros aux ménages pour faire face à des hausses faramineuses du coût de la vie sont une énième raison de ne rien attendre de Macron, ni des directions syndicales qui accompagnent le train des réformes et canalisent la colère dans des journées isolées pendant que les grèves se multiplient à la base. Il s’agit donc de se coordonner pour frapper ensemble !




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