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Politique

Edito

Réforme de l’assurance-chômage : la chasse aux pauvres est ouverte

La réforme de l’assurance chômage qui commence à s’appliquer à partir d’aujourd’hui est une attaque historique contre les franges les plus précaires du salariat. Le gouvernement engage un bras de fer risqué alors que le 5 décembre apparaît comme une date de mobilisation d’ampleur.

vendredi 1er novembre

Parmi les cibles des foudres médiatiques ou gouvernementales pour briser les conquêtes ouvrières sur le champ économique et démocratique, quand la saison n’est pas aux attaques islamophobes ou à la furie contre les cheminots « privilégiés », les chômeurs trônent en bonne position. Les franges du salariat que les capitalistes maintiennent dans la précarité en les privant d’emploi sont premièrement violemment attaqués et déconsidérés socialement au quotidien, source de tous les maux qui touchent l’économie française, et utilisés pour justifier tous les tournant économiques austéritaires. A partir d’aujourd’hui, commence à s’appliquer la réforme de l’assurance-chômage prévue par décret ministériel passé au cœur de l’été. Son application est prévue en deux temps et sera finalisée au 1er avril prochain. D’ores et déjà, cette réforme est une attaque historique à tout point de vue sur la protection face au chômage.

La principale attaque qui prend lieu dès aujourd’hui se situe sur les conditions d’accès pour l’ouverture de droits au chômage. Si jusqu’à hier, un équivalent de quatre mois travaillés sur une période de 28 mois permettait l’ouverture de droits au chômage, il faudra désormais travailler six mois sur une période de 24 mois ! Par ailleurs, jusqu’ici, une fois les droits ouverts, il suffisait de travailler un mois pour recharger ses droits d’une même durée. Exit ce « droit de rechargement », désormais il faudra à nouveau travailler 6 mois pour prolonger ses droits ! Une mesure qui risque de toucher près de la moitié des 2,6 millions d’allocataires de l’assurance-chômage, sur un total de 6 millions d’inscrits à Pôle emploi, un taux d’indemnisés déjà historiquement bas, mais qui sera sûrement amené à baisser tant les modifications de cette réforme sont floues et les allocataires peu informés ! Cité dans un article de Mediapart, qui revient sur l’ensemble de la réforme qui s’appliquera en avril, des spécialistes du sujet alertent : « Si vous aviez droit au départ à moins de six mois d’indemnisation, et que vous travaillez un peu pendant votre période de chômage pour accumuler des nouveaux droits, il faut changer vos habitudes. Le nouveau système ne vous donne droit à une allocation qu’à partir de six mois de travail, et la bascule de l’un à l’autre peut avoir lieu à l’occasion d’un seul jour de boulot, alors même que vous n’avez pas consommé tout ce que le régime précédent vous offrait… Une journée chez un fleuriste pour la Toussaint, un extra dans la restauration, une pige si vous êtes journaliste, et vous pourrez ne plus avoir droit à rien. C’est un vrai piège ! »

De plus, cette attaque sera suivie, dès avril, d’une refonte du mode de calcul du salaire journalier de référence (base de paiement du chômage). Là où la réforme des retraites par points cherche à faire compter toutes les années de carrière dans le calcul des pensions, y compris les années sans-emploi, afin de faire baisser la pension, pour le chômage désormais on ne comptera plus la moyenne des revenus perçus les jours travaillés mais sur l’ensemble des 24 mois, les périodes non-travaillées tirant naturellement la moyenne vers le bas. Pour les plus de 53, la période s’étalera sur 36 mois, officiellement pour permettre à une population qui trouve moins facilement du travail d’effectuer ses six mois requis pour l’ouverture des droits. Mais cette dérogation est aussi une épée de Damocles au dessus de la tête des cinquantenaires qui, s’ils effectuent les six mois de manière fractionnée, verrait une période (période de non-emploi comprise) non pas de deux ans mais de trois ans baisser la moyenne de leur allocation. Une prévision qui en dit long sur les projets de la bourgeoisie pour les travailleurs et travailleuses plus âgés, qui en auraient tout de même encore pour au moins 10 ans de travail selon les contours que prend la réforme des retraites. C’est la promesse d’une décennie de précarité économique totale où malgré la santé qui peut baisser, les salariés vivront dans la peur de perdre leur emploi pour ne pas traverser ce nouveau mot d’embûches.

Une mesure qui risque de déclencher beaucoup de colères dans les Pôle emploi, qui se voient promettre mille postes supplémentaires, alors même que Pénicaud prévoyait d’en supprimer 4000 et surtout un renforcement des vigiles selon le témoignage d’agents paru dans Bastamag !. Là apparaît tout le cynisme de l’Etat, qui préfère diviser pour mieux régner jusque dans les bureaux de Pôle emploi : si un demandeur d’emploi légitimement excédé par le bureaucratisme étatique qui menace de lui prendre tous ses moyens de subsistance, dérape, ce sont les agents Pôle emploi qui sont en première ligne, avec eux-aussi le couteau du licenciement sous la gorge s’ils ne remplissent pas les objectifs inhumains qu’on leur impose.
Ces modifications pourraient avoir comme effet, sur un plan purement comptable, de faire "disparaître" des chômeurs, épuisés par le labyrinthe absurde pour obtenir une allocation, à l’image de ce qu’exposait du système anglais le magistral Moi, Daniel Blake) de Ken Loach, sorti en salle en 2016. Autre possibilité, un effet de transfert massif vers le RSA, les allocations chômage ne suffisant plus. Une conséquence qui pourrait s’avérer désastreuse pour les 18-25 ans qui n’y ont pas accès et sont fortement touchés par le chômage (20% contre 8,5 pour la moyenne nationale). Par ailleurs, la refonte du RSA, et sa fusion avec d’autres aides (notamment les aides au logement), pour les baisser tout en donnant l’impression de donner beaucoup, est un chantier de Macron, déjà sur le feu.

Mais la colère pourrait tout aussi bien s’exprimer dans la rue. D’ores et déjà mêmes certains analystes bourgeois reconnaissent que Macron est assis sur un baril de poudre. Les services publics sont en ébullition, en premier lieu dans la santé qui prévoit une journée de mobilisation le 14 novembre, mais aussi à la SNCF où les conditions de travail intenables créent à la fois un phénomène de démissions inédit dans l’entreprise mais aussi un regain de radicalité dans la conflictualité avec le droit de retrait et depuis une dizaine de jours la grève sans préavis du Technicentre de Châtillon qui fait des émules... avant même le 5 décembre où les fédérations des routiers, des enseignants, de la chimie, de la fonction publique appellent à la grève reconductible. La logique derrière cette réforme est là même que celle qui se cache derrière la retraite à points : faire des économies (un milliard dès 2020, 2,2 en 2021 et 2,5 en 2022 pour celle de l’assurance-chômage !) sur le dos des plus précaires, en particulier sur les franges de la classe ouvrière qui ont des carrières discontinues, hachées avec parfois de longues périodes de chômage ou d’emploi peu stable (CDD, intérim), une situation rendue possible par les différentes lois qui sont venues détruire le Code du Travail ces dernières années (loi Macron, loi El Khomry, Loi Travail XXL, loi PACTE etc.).

Une volonté du gouvernement de montrer les muscles malgré un contexte social explosif, inauguré par un mouvement des Gilets jaunes qui a fait « vaciller le trône » au mois de décembre, et qui continue aujourd’hui près d’un an après son soulèvement. A l’image de ses déclarations la semaine dernière à RTL affirmant qu’il n’aurait « aucune forme de faiblesse », Macron est obligé de frapper fort pour donner des gages de crédibilité à la bourgeoisie et au patronat qui montre des signes de doutes ou de déception face au Président qui se présentait comme un bulldozer jupitérien et qui se retrouve face au danger de l’immobilisme. Frapper fort quitte à taper sur certains de ses appuis. La réforme de l’assurance-chômage vient aussi attaquer les hauts salaires, puisque pour un salaire d’au moins 4500€ nets mensuels, le chômage sera grevé de 30 % à partir du septième mois, un paradoxe imposé par la situation qui oblige Macron à attaquer y compris ceux qui l’ont porté au pouvoir et qui pourrait là-aussi déclencher une vague de mécontentement à l’image de la manifestation des professions libérales fin septembre.

Un autre appui du pouvoir, ce sont les bureaucraties syndicales qui, même si elles sont restées l’arme au pied face à cette attaque contre le chômage, ont beaucoup à perdre de ces réformes, notamment parce qu’elles viennent remettre en cause la gestion paritaire (c’est-à-dire cogérée par le patronat et les directions syndicales) des caisses d’assurance chômage et retraite. Même la CFDT, pourtant un appui fidèle du pouvoir comme ils l’ont encore prouvé sur le dossier des retraites ou de la grève du Technicentre de Châtillon à la SNCF, s’est insurgée contre la réforme de l’assurance-chômage, Laurent Berger, son secrétaire confédéral allant jusqu’à parler de « tuerie ».

La réforme de l’assurance-chômage pourrait donc créer une colère immédiate dans les jours et les semaines qui viennent, d’autant qu’elle se trouve associée avec d’autres taxes qui arrivent dès aujourd’hui comme la montée du gaz et du tabac. Une mesure qui vient aussi précariser en premier lieu la jeunesse travailleuse et les femmes, qui sont le plus touchées par la sous-traitance et les contrats courts, et peuvent se révéler être des secteurs particulièrement radicaux.

Le bras de fer est largement entamé par le gouvernement. L’enjeu pour notre camp sera de réussir à réaliser une unité autour de mots d’ordre qui combatte la division instaurée par la bourgeoisie et les bureaucraties entre corporatisme et batailles partielles pour mener une lutte d’ensemble contre le gouvernement de Macron et le monde qu’il incarne qui ne cesse de nous attaquer.




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