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Politique

TÉMOIGNAGE

Répression à la rave-party de Redon : « C’était une scène de guerre, sauf que nous on était pas armés » 

Le bilan de la répression policière de la rave-party de Redon, pour lequel la responsabilité de l’État a été prouvée par plusieurs enquêtes, continue de marquer les esprits. Nous relayons le récit de Mathilde, une des participantes, qui a elle-même récolté des témoignages de la répression subie.

mardi 20 juillet

Source photo : Taleofrave

Le Teknival de Redon était organisé en hommage à Steve Maia Caniço, mort noyé dans la Loire à la suite d’une charge policière. C’est pour cette raison que l’événement avait lieu le week-end de la fête de la musique, près de Nantes. Au-delà de son caractère revendicatif, le but de ce rassemblement festif était de partager un moment de convivialité en musique après des mois sans accès à la culture, sans moyen d’expression pour les artistes et sans exutoire pour les fêtards.

Je suis photographe, étudiante en master à Dauphine, et teufeuse. Ce que j’aime retranscrire à travers mon travail, c’est l’énergie et les sourires des teufeurs conquis devant le mur de son. Les free partys diffèrent d’un événement légal car on y est plus libre. Libre d’expérimenter au niveau musical, de créer au niveau de la déco et du mapping, de choisir le lieu et d’être à l’air libre, d’accepter tout le monde sans distinction. Les valeurs de la free sont la liberté, l’autogestion, l’inclusion et le partage.

Pourtant, tous les témoignages que j’ai récoltés, ce week-end là, parlent de terreur, de cris, de pleurs, et le mot « guerre » revient souvent. Une participante m’expliquait par exemple comment elle s’est réfugiée sous un véhicule « comme à la guerre, je devais me mettre à couvert de leurs grenades ».

Les images que j’ai prises mettent en lumière l’effroi, la peur, l’incompréhension, la panique. Un teufeur me raconte : « ce qui m’a marqué, c’est de voir le visage des gens passer d’un grand sourire à un air terrifié ». « C’était une réelle scène de guerre civile, sauf qu’on était pas armés nous » me raconte une participante qui transportait du matériel de sono.

On s’attendait à de la répression, mais pas aussi violente, pas aussi vite, pas aussi longtemps. Les premières personnes présentes sur le site se sont fait immédiatement gazer, alors qu’il n’y avait eu aucune violence : « Dès notre arrivée sur le site, les gendarmes bloquaient tout. Pas de dialogue, juste un mur de glace. Le carnage a débuté. Il était 22H30. Aucun répit jusqu’à 7h30 » me raconte une personne sur place.

S’en est suivi sept heures de confrontations. Au-delà de la peur, de la tristesse, de l’incompréhension, ce qui m’a surprise c’est la détermination des teufeurs. Peu d’entre eux ont baissé les bras, ils ont tenu bon, des heures dans le nuage épais de lacrymo, dans les tirs de LBD et les grenades. Ils ont tenté de protester par un sit-in pacifiste. Les forces de l’ordre ont répondu par des jets de grenades de désencerclement et une quantité astronomique de gaz lacrymogènes. Celleux qui étaient présent•e•s pendant la nuit me racontent : « C’était une scène de guerre ». « Je n’avais jamais vu autant de rage et de violence. C’était une pluie de bombes ».

J’ai retrouvé la jeune femme qui est sur cette photo. Elle est italienne et raconte ; « je n’ai jamais eu aussi peur de mourir qu’hier à la fête en France. Ils veulent nous tuer. Ils ont fait sauter les mains et les jambes de 3 personnes ».

Au-delà de l’incompréhension et de la peur, j’ai senti une profonde colère. La colère de voir ses amis blessés. La colère de voir son matériel cassé devant ses yeux. La colère de trouver ces actes injustes mais d’être impuissant•e•s. « Je n’arrive pas à mettre des mots sur ce qui s’est passé. Tout ce que je ressens, c’est de la haine » m’explique un teufeur. « Je transportais de la sono. Je suis donc restée impuissante, moteur coupé ».

De tels évènements laissent forcément des séquelles. Celleux qui ont vu le jeune homme à la main arrachée sont traumatisés. Chloé, 23 ans, me raconte : « J’étais au téléphone avec une amie. Et là, j’entends “dégagez le passage, y’a un blessé. Je me retourne et je le vois. Cet homme, avec l’avant bras déchiqueté. Digne des films d’horreur. Je suis choquée, je n’y crois pas. Je détourne le regard. Puis je re-regarde pour être sûre que c’est réel. Il passe à côté de moi. » Celleux qui étaient sur place pendant la nuit me racontent aussi à quel point ils étaient désorientés. Il faut imaginer qu’ils étaient plongés dans la pénombre et n’entendaient que les bruits des grenades qui explosent et des gens qui crient : « La pénombre nous enveloppait. Aveugles, on avançait sans pouvoir distinguer qui était qui. Les cris, les hurlements résonnaient de toute part. »

Ils ne savaient pas exactement d’où ça venait, dans quel sens ils devaient courir pour sortir de l’épais nuage de lacrymo et échapper aux tirs. « On n’y voyait pas à un mètre. Les gens se cachaient, vomissaient tellement c’était insoutenable. Certains tombaient littéralement de douleur ». La quantité de lacrymo est tellement hallucinante qu’un riverain m’a raconté avoir senti les odeurs à 5km. Beaucoup m’expliquent qu’ils ont eu de la chance. Je trouve ça fou de se dire que si tu repars avec une “petite blessure” et un gros stress post-traumatique d’une fête, tu te sens “chanceux”. Un jeune homme me rapporte : « le gars qui s’est fait arracher la main était près de moi. J’ai reçu du sang sur mon pantalon. J’ai eu énormément de chance ».

Ça ne s’arrête pas là. Au-delà de l’usage d’armes qui semblent disproportionnées, le vrai problème c’est qu’ils les utilisent sans suivre le protocole en vigueur. Et comme si ça ne suffisait pas, les gendarmes ont aussi bloqué les secours. Clément Lanot, journaliste indépendant m’explique : « Je suis allé voir les gendarmes pour signaler le blessé. Ils m’ont tiré dessus. Je suis blessé au bras ».

Chloé me raconte comment elle a vécu cette nuit d’horreur : « On retourne près du chemin où j’ai vu le gars mutilé. On arrive à faire passer les camions. Là j’entends “attention ils vont tirer”. C’est la panique, les gens partent dans tous les sens. Je me retrouve encore toute seule. Un truc éclate à côté de ma cuisse. Je ne sais pas ce que c’est. Je tremble. J’ai encore en mémoire les images du gars. Ça résonne dans tout mon corps. J’ai pas envie de finir mutilée ou pire. Je me faufile derrière des voitures en me disant que je vais être protégée. »

Jusqu’à l’aube, ces scènes se sont répétées. Au lever du jour, les sound systems ont trouvé un passage et sont parvenus à faire entrer quelques centaines de véhicules sur le site. Ils ont enfin pu installer le matériel.

Alors que les premières vibrations sortent des enceintes et que tout le monde court en criant de joie, un nouveau nuage de lacrymo menace de mettre fin à la fête. Cette fois, on est plus nombreux. Les teufeurs parviennent à faire reculer les gendarmes. C’est à ce moment-là que j’arrive. J’ai attendu toute la nuit sur le parking d’un EHPAD à 1 km en suivant ce qui se passait via le live de Rémy Buisine de Brut. Sauf que le son, je l’entendais en vrai. En étant à 1 km du site, on entendait retentir les bruits sourds des grenades qui explosaient toutes les deux minutes. Quand j’arrive, un épais nuage de lacrymo surplombe le site. On s’avance et on retrouve quelques amis qui nous racontent leur nuit. Puis la musique redémarre.

Tout le monde se dit que c’est fini, qu’ils ne se sont pas battus en vain. L’atmosphère est très spéciale. Même si tout le monde est fatigué, l’énergie est forte : on va enfin pouvoir danser. La fête bat son plein de 7h à 17h. Je prends quelques vidéos de gens qui dansent, qui sont heureux. Les visages fatigués laissent enfin transparaître un peu de joie.

Mais à 17h, les policiers reviennent à la charge alors qu’il n’y a aucune animosité. Ils arrivent dans notre dos, sans sommation. La scène paraît irréelle. Les gens qui dansent et rigolent se mettent à courir dans tous les sens. D’autres qui dorment dans leur tente se font réveiller par la fumée des lacrymo.

A ce moment-là, je me tiens un peu à l’écart sur le deuxième champ. J’attrape mes affaires pour fuir. Puis je me raisonne. Je me dis qu’il faut avoir des images de ce qui se passe car les journalistes sont bloqués à l’extérieur. Même si on ne s’habitue jamais vraiment à cette violence, je pense que quand on a l’habitude d’aller en manif, on arrive à mieux contrôler sa réaction. J’ai pu prendre des images des teufeurs qui courent, soutiennent leurs amis qui n’arrivent pas à marcher. D’autres s’écroulent par terre, crachent et cherchent de l’air. On entend des bruits sourds, des explosions, et des cris.

« J’étais en petit short et brassière. Autant dire que je n’étais pas préparée à l’assaut. Je n’avais rien pour me couvrir le visage. En 2 minutes j’étais aveuglée et asphyxiée », me raconte une des participantes. Les scènes paraissent irréelles. « Ce qui m’a le plus choquée, c’est une fille d’une vingtaine d’années qu’ils ont poussée, tabassé, à coup de barre de fer dans les jambes. Je reste traumatisée » m’explique une teufeuse.

Dans la panique, certains partent en tirant leur tente à bout de bras. D’autres prennent le volant précipitamment avec ou sans leurs ami•e•s. « On s’est fait tirer comme des lapins dans les hautes herbes » m’explique un teufeur.

Ceux qui restent sont impuissants, spectateurs du massacre. « Pendant la charge de samedi, mon pote s’est écroulé par terre à cause des lacrymo. Les gendarmes lui ont donné des coups de pied dans la tête alors qu’il était inconscient au sol ».

« Tout est allé très vite. Je faisais face aux forces de l’ordre. Ils étaient en train de détruire notre matériel. J’ai voulu discuter avec eux. Ils ont répondu par la violence : des coups de matraque. Ils m’ont mise à terre pour me rouer de coups. Mes amis ont voulu me défendre mais se sont fait gazer en pleine face. »

Par-dessus le bruit des deux hélicos qui survolent le site, on entend les cris de ceux qui cherchent désespérément leurs amis, leurs compagnons. Les cris des chiens qui sont seuls attachés aux véhicules. Les cris de ceux qui supplient qu’on ne casse pas leur matériel. « Je n’ai pas pu ouvrir les yeux pendant quasi 30 minutes. J’étais tellement révoltée mais impuissante » m’explique une jeune fille membre d’un sound system.

En 45 min c’est plié. Tout est cassé. Ils sont partis. « On a l’impression qu’une tornade est passée : les colonnes de sons sont par terre, les gens pleurent ». Tout le monde est choqué. Les gens se réconfortent comme ils peuvent, ils s’enlacent. C’est un moment assez fort. On se raconte ce qu’on a vu. C’est un moment de solidarité, comme si tout le monde se connaissait parce qu’on avait traversé les mêmes horreurs. L’atmosphère est pesante et en même temps, tout est si calme. Les sons rangent le matériel machinalement dans les camions. Enfin, ce qu’il en reste.

On ne sait plus si on pleure à cause des lacrymo ou du choc. Sans doute un peu des deux. Je me rappelle avoir aperçu un ami en pleurs. Je suis allée immédiatement l’enlacer. Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais il était couvert de lacrymo. Sa peau en était tellement imbibée que la mienne me brûle pendant une heure. Lui perd des lambeaux de peau le lendemain.

La nuit de samedi à dimanche, j’ai dormi sur place. Je tremblais alors que je n’ai jamais froid. Je sursautais dès qu’il y avait un bruit sourd, un cri ou une lumière bleue. Certains s’amusaient à lancer des feux d’artifices, je sursautais à chaque fois. Tout mon corps était en alerte. Impossible de me détendre. Mes voisins regardaient un film, dans le film une femme criait. Je n’arrivais plus à déceler le vrai du faux. Alors que j’allais m’assoupir, une fille est passée près du camion en disant que les gendarmes arrivaient. Je me suis levée d’un bond prête à partir. C’était une fausse rumeur.

Le lendemain (dimanche), j’ai retouché mes photos sur mon téléphone portable. J’étais toujours sur le site, dans mon camion. J’ai voulu les publier rapidement afin de témoigner de ce qui s’était passé. Mais je ne trouvais pas ça suffisant. Les articles que je voyais ne semblaient raconter qu’une partie de la vérité. J’ai donc fait un appel à témoignage et j’en ai récupéré une quarantaine. Chaque récit que je recevais me glaçait un peu plus le sang.

J’ai notamment recueilli le témoignage d’un jeune homme dont la copine a été blessée pendant l’assaut. Il me disait « ma copine dormait au pied du son quand on s’est fait charger, elle a reçu un éclat de grenade de désencerclement dans la joue. Elle a eu un trou de 2cm dans la joue ». Je suis révoltée par la disproportion des moyens employés par les gendarmes. C’est aberrant de mettre en danger des jeunes qui font la fête juste parce qu’ils transgressent la loi.

De plus, ce qui ressort des témoignages que j’ai recueillis, au-delà de la violence, c’est la stigmatisation constante des teufeurs. On leur a refusé de l’eau dans des bars de Redon, car ils avaient ordre de ne pas servir les “teufeurs”. Le seul bar qui accueillait des fêtards a eu une amende. Une teufeuse me raconte : « On s’est fait discriminer, humilier jusqu’au bout. On était assoiffés, ils ont refusé de nous donner de l’eau ».

Certains ont aussi reçu de mauvais soins aux urgences. Leurs blessures n’étaient pas prises au sérieux, on les traitait de “drogué”. Mais la stigmatisation ne s’arrête pas à la sphère médicale, elle touche aussi la sphère professionnelle. Une jeune femme m’a rapportée qu’elle s’est faite licencier le lundi suivant, parce que sa collègue était blessée. Selon sa patronne, c’était de sa faute. Elle lui a dit que c’était une droguée, une ratée, donc qu’elle n’avait pas d’avenir.

Difficile de dresser un bilan. On ne peut pas avoir tous les chiffres. Je pense qu’il y a beaucoup de blessés. S’il y a 11 gendarmes blessés. Il y en a forcément plus de l’autre côté. Personne ne portait d’armures. On a même la sensation qu’une vie est plus importante qu’une autre. Pourquoi les gendarmes blessés ont été évacués mais pas les teufeurs ?

Certains teufeurs étaient pieds nus, en short. En face, ils avaient des casques, des armes, des masques à gaz, des protections, des boucliers. Personne n’était préparé à une telle violence. Je pense que c’est ce qui rend ces événements aussi choquants. Difficile de savoir combien de blessés il y a eu au total puisqu’ils se sont presque tous rendus à l’hôpital par leurs propres moyens. Tout ce que je sais, c’est que ceux qui sont allés aux urgences, à Nantes, à Rennes ou à Redon ont vu des salles d’attente bondées. Dans leur communiqué, l’association Techno plus fait état de 22 blessés.

Depuis, je me repasse les images en boucle. J’essaye de comprendre pourquoi tout cela s’est produit. Selon moi, quand on réprime un mouvement, on le marginalise encore plus. Je pense que ce qu’ils espèrent c’est soit qu’on soit plus violent afin de décrédibiliser le mouvement, soit qu’on ait peur et qu’on n’ose plus aller en free party.

Montrer que certaines limites peuvent être franchies, ça fait peur. J’ai beaucoup d’amis qui n’osent plus aller en manif pour ces raisons. Je pense que c’est le but ici aussi. Et puis, il faut aussi prendre en compte les enjeux politiques. Le préfet était le même que celui de la free party de Lieuron au nouvel an. Lors de cet événement, alors qu’un dispositif entourait le site, les sound systems ont réussi à s’enfuir, laissant les autorités démunies. Ils avaient l’occasion de prendre leur revanche.

Ce qui leur fait peur et qu’ils veulent interdire, ce n’est pas faire la fête dans un champ, c’est un mouvement qui dure depuis 30 ans, qui ne s’essouffle pas, qui prône la liberté, l’autogestion, l’expérimentation, hors du système classique, et qui défend TOUTES les musiques électroniques sans distinction et sans recherche de profit. Je pense aussi qu’il y a une différence entre acte illégal et immoral. Organiser une free party, c’est illégal mais pas immoral. Les gendarmes aussi ont commis des actions illégales. Mais leurs actes sont en plus immoraux.

Peu importe que la free party soit illégale, cela ne justifie rien. Cela ne justifie pas de nasser de nuit alors que le terrain est bordé d’une rivière et de deux fossés, de charger sans sommation, de ne pas évacuer les blessés, de bloquer les journalistes à l’extérieur et d’empêcher les journalistes à l’intérieur de partir. Cela ne justifie pas non plus de tirer sur un journaliste lorsqu’il essaye de prévenir qu’il y a un blessé et de faire usage d’armes sans suivre le protocole.

On a l’impression que les gendarmes ont tout fait à l’envers : empêcher les gens de partir puis les obliger à partir même s’ils ne sont pas en état de conduire. On n’explique pas non plus pourquoi le matériel a été détruit et qui en a donné l’ordre. Pourquoi ont-ils cassé 100 000 euros de matériel à coup de marteaux, pics à glace au lieu de le saisir comme la procédure le prévoit ?

On nous reproche d’avoir été violents. On nous reproche d’avoir jeté la première pierre. Pourtant, tous les témoignages que j’ai reçus attestent du contraire. Et puis pourquoi on joue à “qui a commencé” comme si on était des gamins de 6 ans ? Je me questionne : quelle solution reste-t-il quand on est nassés, qu’on ne peut pas fuir, qu’on se sent en danger et que le dialogue est impossible ?

On a l’impression que les autorités se croient dans un jeu. Ils procèdent à des stratégies en donnant de fausses informations à Techno Plus : « Le sous-préfet, avec qui nous étions en contact depuis le matin, nous a assuré à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas de charge et que sa priorité était “d’éviter de nouveaux blessés” » atteste leur communiqué.

On a la sensation que tout ce qui les intéresse, c’est que les gros titres saluent une belle évacuation et une maîtrise de la situation. Peu importe les moyens employés et les conséquences que leurs décisions entraînent. Ils oublient que nous sommes des humains. Le mensonge continue quand la gendarmerie déclare sur les réseaux sociaux que l’évacuation s’est faite dans le calme.

Certains gendarmes se pavanent et se prennent en photo avec un grand sourire. Dans leurs mains, le matériel de passionnés brisé en morceaux. Un DJ me raconte : « J’ai essayé de sauver mes vinyles, ils m’ont frappé. J’ai économisé sept ans pour m’acheter ce matériel. En vingt minutes tout était détruit ».

Les teufeurs restent très choqués. Plusieurs jours plus tard, certains me racontent qu’ils ont des flashs, sursautent au moindre bruit, n’arrivent pas à dormir. Beaucoup ont des symptômes de stress post-traumatique et ne se sentent pas bien quand ils sont dans une foule ou qu’ils entendent un bruit : « Au travail c’était horrible : sueurs froides, images en boucles. J’ai fait tomber des trucs. J’avais des sursauts qui me prenaient au coeur », me rapporte toujours Chloé.

La semaine qui suit, en plus des témoignages que je récolte, déjà difficiles à digérer, je lis avec effroi l’enquête de Médiapart qui révèle toujours plus d’éléments déconcertants : “Une antenne du GIGN a participé à la destruction du matériel prévu pour la free party”. Je reste bouche bée. Je n’ai plus de mots pour décrire la disproportion du dispositif.

Je suis en colère. Les sound systems sont en colère. C’est injuste et on peine à croire que quiconque va être condamné. Va-t-on devoir assister aux mêmes scènes chaque week-end ? Ou pire ? Va-t-on devoir s’équiper de casques et de genouillères pour faire la fête ? Comment renouer le dialogue s’ils mentent ?

Je me questionne. A partir de quel moment peut-on dire que la violence de l’Etat n’est plus “légitime” ? A partir de quel moment pouvons-nous la condamner unanimement ? Et surtout à partir de quel moment seront-ils condamnés ?

Témoignage de Mathilde, du compte Talesofrave




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