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Edito

100 jours d’Attal : la dette et les européennes réactivent le spectre de la crise politique

Ce jeudi, Attal veut parler d'autorité à l'école pour faire oublier le bilan de ses 100 jours au pouvoir. Incapable de résoudre les contradictions du macronisme, la dette et la défaite aux européennes pourraient enfoncer son gouvernement dans une crise majeure.

Paul Morao

17 avril

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100 jours d'Attal : la dette et les européennes réactivent le spectre de la crise politique

Crédit photo : Montage Révolution Permanente

Ce jeudi, Gabriel Attal sera à Viry-Châtillon pour parler « d’autorité » à l’école annonce ce mercredi la presse. Pour les 100 jours de sa nomination, l’éphémère ministre de l’Éducation voulait marquer le coup. Ce sera donc sur le terrain sécuritaire, dans la ville où le jeune Chemseddine a été tué il y a quelques semaines. Un air de déjà vu pour Attal, champion ces dernières années du SNU, de l’interdiction de l’abaya et d’autres mesures autoritaires visant la jeunesse.

Et pour cause, le disque rayé a une fonction claire : tenter de faire oublier le vrai bilan des 100 jours de « l’enfant prodige » de la macronie. Présenté comme un remède miracle, sa nomination a été totalement impuissante à conjurer la profonde crise politique et institutionnelle. Pire, celle-ci n’a fait que s’approfondir ces dernières semaines, avec deux événements majeurs qui pourraient secouer violemment le gouvernement.

La question de la dette ouvre une crise au sein du gouvernement

D’abord, la question de la dette est revenue en force ces dernières semaines, avec l’annonce d’un déficit plus lourd que prévu, du fait notamment des baisses de recettes fiscales liées à la politique de cadeaux aux entreprises du gouvernement et d’une croissance en berne. Bien que l’enjeu soit dramatisé à des fins politiques, la nécessité de répondre aux contraintes austéritaires qui se sont renforcées ces derniers mois avec le retour du Pacte de stabilité, a ouvert une crise au cœur de l’exécutif entre Macron-Attal et Bruno Le Maire.

Certes, les divergences entre le ministre de l’Économie, qui veut assumer la carte de la rigueur, et le couple à la tête de l’exécutif, qui entend imposer l’austérité en catimini, sont strictement tactiques. Macron et Attal craignent d’abord de s’enfoncer un peu plus dans l’impopularité avant les européennes s’ils font trop de bruit sur les attaques à venir. A ce titre, après avoir remis à plus tard ses annonces sur l’assurance-chômage, Attal a décidé ce week-end de reprendre la main sur la communication de ses ministres pour éviter les sorties provocatrices sur la fonction publique ou le logement social.

De son côté, Bruno Le Maire tient au contraire à se présenter en champion de l’austérité face à la droite, non sans ambition politique. De la même manière que le lancement du CPE en 2006, qui mènera à une défaite pour le gouvernement, devait beaucoup à la rivalité Villepin/Sarkozy, cette tension aigüe au cœur du gouvernement pourrait donner lieu à des « accidents de parcours ». De quoi ouvrir la voie à une nouvelle crise politique majeure, alors que Les Républicains ont ressorti du placard la menace d’une motion de censure, que Bardella caracole en tête des sondages et promet d’exiger une dissolution en cas de victoire aux européennes, et que le scénario d’une dégradation de la note financière de la France par les agences Fitch et Moody’s, le 26 avril, et S&P, le 31 mai, devient de plus en plus probable.

Les élections européennes : le cauchemar de la macronie

Justement, ces élections sont en train de devenir le second cauchemar de la macronie. Avec Valérie Hayer, sa candidate catastrophique, digne héritière de Nathalie Loiseau, le gouvernement connaît un recul continu dans les sondages depuis le début de la campagne, sa rhétorique guerrière ne séduisant personne. Après la réforme des retraites et la loi immigration, une partie de la base sociale du macronisme semble s’être tournée vers le macronisme « de gauche » de Glucksmann, qui connaît une petite dynamique dans le cadre particulier d’élections européennes marquées par d’importants taux d’abstention des classes populaires.

Mais c’est surtout face au RN que Macron-Attal font pâle figure. Avec sa campagne à bas bruit, centrée sur des meetings locaux et sur l’objectif d’éviter d’effrayer les retraités et cadres supérieurs, Jordan Bardella est en train de s’envoler avec plus de 30% d’intentions de vote et plus de 10 points d’écart avec Renaissance. En 2019, le RN l’avait emporté de 0,9 points, en 2024, il pourrait littéralement écraser la macronie en surfant sur la droitisation du débat public et sur la haine de Macron pour tenter de se présenter en alternative.

Une dynamique fondée sur une illusion électorale bâtie patiemment par le RN, qui tente de se présenter comme l’organisation « anti-Macron ». Un comble alors que le RN et Renaissance n’ont fait que converger ces dernières années, le premier adoptant une ligne toujours plus pro-patrons, et notamment ces dernières semaines au sujet de la dette, le second s’alignant avec l’extrême-droite sur le terrain xénophobe, islamophobe et autoritaire.

Vers une crise politique majeure ?

Tous les ingrédients semblent ainsi réunis pour que la crise politique reprenne ses droits dans les mois à venir. Dans ce cadre, les éditorialistes multiplient les hypothèses, comme celle d’une dissolution qui aboutirait à une cohabitation Renaissance-RN, d’un remaniement conduisant à l’éviction de Le Maire. L’idée d’un accord de coalition avec LR refait également surface. Dans tous les cas de figure, la situation fait signe vers un approfondissement des fragilités profondes du macronisme, qui risque dans l’immédiat de profiter à l’extrême-droite.

Dans ce cadre, la question de construire une opposition capable à la fois de faire face aux plans d’attaques du gouvernement - contre l’assurance-chômage, le statut de fonctionnaire ou les budgets des services publics – et de construire une réponse d’ensemble est plus que jamais brûlante. L’impuissance des solutions électoralistes qui appellent à attendre 2027 souligne que c’est du côté du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux que celle-ci peut émerger, à l’heure où les enseignant·e·s préparent une rentrée de bataille contre le renforcement du tri social à l’école.

Depuis la défaite des retraites, la volonté des directions du mouvement ouvrier d’éviter le terrain d’une lutte ouverte contre le gouvernement, en privilégiant le dialogue social avec une seule journée interprofessionnelle depuis septembre, a permis au gouvernement de regagner du terrain. Alors que la répression s’abat très largement, que les tendances à la crise et à la guerre s’approfondissent et que le RN prospère sur cette absence d’alternative, il y a urgence à imposer une autre orientation.

Le mouvement ouvrier est capable de répondre aux grands enjeux de la situation avec ses propres méthodes, et en alliance avec l’ensemble des secteurs opprimés. Pour cela, il doit assumer de jouer un rôle politique comme le soulignait en mars Anasse Kazib : « Il n’y a que les luttes de masses, organisées à la base, entraînant de larges secteurs de la population, qui ont la force d’empêcher la catastrophe ! Pour ça il faut que nous fassions de nos luttes un outil politique. »


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