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Retraites. « Conférence de financement », Laurent Berger en voie de compromission ?

Si Laurent Berger avait su faire peser « la menace » par suite de la radicalisation de la réforme des retraites notamment sur l’âge pivot, la direction de la CFDT se montre disposée à jouer le jeu du « compromis rapide » proposé par Macron lors de ses vœux. Mais ce n’est surement pas l’avis d’une partie de la base en grève pour certains depuis 33 jours. Contre toutes compromissions, à la base, il s’agit de refuser de négocier une nouvelle fois le poids des chaines !

lundi 6 janvier

Crédits photos : Benoit Tessier/REUTERS

Si le projet de loi est déjà écrit, Laurent Berger, leader de la CFDT, semble plus que disposé à trouver la voie d’un « compromis rapide ». De la sorte, il a proposé à la veille de l’ouverture des « négociations » au ministère du travail une conférence sur le « financement » du système de retraite, en marge du projet de loi sur la réforme. La proposition a été plutôt bien reçue par Matignon, qui se montre ouvert à cette proposition - sans pour autant conclure une sortie de crise.

Cependant, à la veille de la reprise des négociations, le ton pris par Laurent Berger a changé de manière importante, en comparaison à sa sortie « en colère » de son rendez-vous avec Philippe il y a quelques semaines, où il évoquait une « ligne rouge » franchie. C’est ce dont témoigne cette proposition de Laurent Berger d’organiser une « conférence de financement ». En cohérence avec le discours de Macron qui cherchait « l’apaisement », le gouvernement a tenté de se montrer ouvert et attentif à cette proposition, alors même qu’un certain nombre de députés de la majorité ont estimé qu’il y avait « urgence » à trouver un compromis avec les syndicats. « Edouard Philippe a montré qu’il ne savait pas négocier », s’expriment-ils en faisant notamment référence au refus du premier ministre à négocier avec la CFDT.

Très rapidement, Laurent Berger a reçu des signaux encourageants de la part du gouvernement, y compris du premier ministre « droit dans ses bottes » et inflexible. Le Parisien rapporte des propos du Premier ministre en privé : « C’est une proposition intéressante. On doit montrer qu’on est ouvert ».

Le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, qui a affirmé que le texte du projet de loi est déjà écrit, avait réagit promptement le matin chez Sud Radio quant à l’âge pivot : « c’est la solution qu’a proposée le gouvernement pour trouver l’équilibre du système et du régime de retraites. Le Premier ministre a dit que si d’autres solutions sont trouvées par les partenaires sociaux, on les examinera et si elles sont satisfaisantes, on les prendra. L’âge pivot n’est qu’un outil au service de l’équilibre du système de retraites. La question du financement, on ne peut pas la balayer et la mettre sous le tapis », se montrant tout à fait disposer à négocier. Avant d’ajouter, « le gouvernement est dans un processus de dialogue et de négociations avec les partenaires sociaux, encore faut-il qu’on ait avec nous des partenaires sociaux qui veuillent se mettre autour de la table et trouver des solutions. On avance toujours dans le dialogue et le compromis, mais le compromis, ça n’est pas une compromission », tient-il à marteler.

« Bonne nouvelle », « très bonne proposition », « saisir la main tendue par la CFDT », le gouvernement égraine les éléments de langage montrant bien sa disposition à un « compromis ».

Un optimisme que le ministre de l’Économie et des Finances a même osé pousser un peu plus loin en assurant que « jamais le compromis » ne lui avait « semblé aussi proche ». Pourtant, si on y regarde de plus près, le gouvernement souffle le chaud et le froid. S’il affirme être ouvert, il montre dans le même temps que 95% du projet est déjà ficelé en envoyant le projet de loi déjà écrit - et ce avant même les négociations. Voilà un signe qu’il est prêt à négocier à l’infime marge, y compris sur l’âge pivot.

En ce sens, la proposition de la CFDT visant à décorréler la question de l’âge pivot de la réforme systémique en appelant à une « conférence sur le financement » à la fin du mois ne semble pas résoudre la question dans le fond. L’entourage de Bruno Le Maire se montre plus distant que le ministre de l’économie lui-même : « C’est une idée intéressante. Mais on ne sait pas quand, comment, avec qui et où. Il y a à ce stade trop de zones d’ombre pour en dire plus » rapporte Le Parisien.

Si le « compromis » n’est peut-être pas pour demain, le changement de ton reste évident. Il est manifeste que Laurent Berger, patron de la CFDT, qui n’a pas tenu plus de 30 minutes en manifestation, répond aux injonctions au « compromis rapide » proposé par Macron. Et plus encore, il est manifeste que le gouvernement semble toujours déterminé à maintenir l’âge pivot. C’est donc bien une voie de « compromission » qu’est en train de suivre Laurent Berger.

Mais tout est bon à jeter dans ce projet ! La question de l’âge pivot n’est que l’arbre qui cache la forêt de la baisse généralisée des pensions que prépare la retraite à point. Il n’y a rien à négocier. Alors même qu’ils sont nombreux, à la base, à être en grève depuis 33 jours, il n’y a ni compromis ni compromission possible ! Laurent Berger ne peut pas négocier le poids des chaînes ! La régression sociale ne se négocie pas !




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