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« Revenu universel » sous conditions : le nouvel enfumage néolibéral de Macron

Macron était bien sérieux lorsqu'il annonçait que bientôt il suffirait de traverser la route pour trouver un emploi. Il avait seulement oublié de préciser la nature de ces emplois. Loin des postures progressistes, C'est à la construction de cette société de l'ultra-précarité, des mini-jobs cumulés et de la traque aux chômeurs et aux « assistés » qu'il s’attelle pendant que se déroule le grand débat.

Crédits photo : POOL / REUTERS

Trouver une issue « sociale » au grand débat

Plus approche la fin du grand débat, plus la sortie s’annonce compliquée. Car la déception risque d’être à la hauteur des espérances suscitées par le grand débat national. A ce titre, le gouvernement a d’abord cherché à gagner du temps, temporiser pour éviter de faire des déçus. « L’improbable grand débat d’Emmanuel Macron l’a fait respirer et l’a lié tout à la fois, écrit Cécile Cornudet dans les Echos. Pour se sortir d’un nid à paradoxes, il y a toujours la solution d’étirer le temps. Continuer à animer des débats, laisser des assemblées citoyennes et les corps constitués occuper le devant de la scène, étaler les futures décisions jusqu’à l’été. »

Déjà la semaine dernière, Edouard Philippe prévenait : le « risque déceptif » s’annonce important ; d’autres membres du gouvernement, Brune Poirson ou Emmanuelle Wagram, déclinaient cette même ligne dans les médias – comprendre : attention, il y aura des déçus.

Après ce premier temps très défensif, retrait tactique contraint du fait d’une mobilisation des Gilets Jaunes qui se maintient après plus de quatre mois, et connaît même un regain de sympathie dans l’opinion, le gouvernement cherche maintenant à distiller au compte-goutte des mesures prétendument « sociales », susceptibles de donner l’impression d’une concession par le gouvernement – en somme, céder sur la forme pour continuer dans la voie des réformes néolibérale. C’est Stanislas Guerrini qui a lancé l’offensive sur ce terrain, prétendant opérer un « tournant social ». « Notre boussole, c’est l’égalité des chances », a ainsi déclarée la députée Sophie Errante, cadre de LREM.

Une idée réchauffée

C’est dans ce contexte que Macron ressort de sa boîte une idée qu’il avait déjà lancée au moment de l’annonce de son plan pauvreté en Septembre 2018 : la proposition d’un « revenu universel » ... sous conditions.

La rhétorique du « virage social » était alors déjà employée par le gouvernement, au moment où les critiques de « Président des riches » commençaient à enfler et s’ancrer dans l’opinion publique. Jouant alors sur la consonance avec le terme de « revenu universel proposé par Hamon au cours de la campagne présidentielle, Macron avait alors proposé son « revenu universel d’activité » – qui n’a d’universel que de nom. Déjà à l’époque, le JDD décrivait la façon dont ce revenu, prétendument universel, avait vocation à durcir les conditions d’allocation des prestations sociales : « Exactement les mêmes conditions que pour Pôle emploi, mais une nouveauté pour les actuelles bénéficiaires du RSA… "Je n’ai jamais cru à un revenu universel sans condition qui croit pouvoir donner quelques centaines d’euros pour solde de tout compte", a ajouté Emmanuel Macron, qui montre bien ainsi les limites de l’universalité de sa nouvelle prestation, décidément très conditionnée. 1 »

Et le projet n’a pas changé d’un pouce. Dans ses fondements, il s’agit de fusionner les allocations sociales actuelles. Si la liste n’est pas détaillée, l’objectif à terme est bien de toutes les fondre dans une unique allocation, ce revenu ayant vocation, selon Macron lui-même, à réunir « le plus grand nombre des prestations sociales, du RSA aux APL ».

Cette allocation unique est vendue comme une solution d’une part au problème du non-recours des aides, et d’autre part à une prétendue trop grande « complexité » des différentes allocations et caisses. En réalité, derrière la rhétorique de la simplification et de la modernisation, on retrouve le même projet macronien : ratiboiser les allocations et avancer vers un modèle néolibéral à l’anglo-saxonne.

Une avancée dans le néolibéralisme

Il suffit, pour s’en apercevoir, de se pencher sur les conditions d’allocation de ce revenu. En effet, tout bénéficiaire se devra de rendre des comptes de façon drastique à un service public d’insertion, dont l’objectif est de faire retourner le plus vite possible les chômeurs au travail pour s’en servir comme d’une main d’œuvre docile. En Septembre, Macron avait en effet déclaré qu’il y aura une « obligation d’inscription dans un parcours d’insertion, qui empêche de refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi ou d’activité figurant dans son contrat ».2

La poursuite de l’attaque contre les revenus de solidarité visent à en finir avec les restes de modèles sociale français, et pousser plus avant la néo-libéralisation du marché du travail, et du modèle social en général. A terme, c’est la Sécurité Sociale que Macron a dans le viseur. Il s’agit de reprendre la main sur les revenus directement à disposition des travailleurs et sur lesquels ni l’Etat ni la patronat n’ont clairement la main. Une marche forcée qui conditionne un revenu minimal de subsistance à la reprise de l’emploi, s’inscrivant dans la ligne de précarisation et de flexibilisation accrue du marché du travail. Cette mesure, loin d’être universelle, vise donc des intérêts bien particuliers : ceux des patrons qui se nourrissent de la misère qu’ils produisent.

Une mesure déjà testée en Italie

Par ailleurs, cette mesure d’inspiration néolibérale a déjà été mise en place en Italie, par le gouvernement de coalition entre le MS5 et la Ligue du Nord. Preuve, s’il en fallait, que loin de s’opposer, populisme et « progressisme » sauce Macron, sont les deux visages d’un même capitalisme néolibéral. Car la proposition de revenu citoyen, défendue par le gouvernement italien, tient là aussi de la destruction de la sécurité sociale et d’un durcissement de la flexibilisation du marché du travail – dans la lignée même des politiques menées par Macron.

En effet, ce revenu citoyen, preuve, s’il en fallait, de la docilité du MS5 à l’égard du système qu’il prétend remettre en question, diminuera en fonction du déficit budgétaire : comprendre, plus le déficit italien sera important, moins l’allocation le sera – une façon de rassurer Bruxelles et les banques italiennes. Un versement par ailleurs soumis à des conditions très strictes : ce revenu citoyen étant en effet conditionné par la signature d’un « pacte » qui oblige les demandeurs d’emploi à accepter une des trois offres qui leur est proposée, dans un rayon de 100 kilomètres les six premiers mois, et sur l’ensemble du territoire au bout d’un an. Comme si cela ne suffisait pas, le « bénéficiaire » devra des travaux d’intérêt général à sa commune. Enfin, cerise sur le gâteau, si les entreprises devaient embaucher un bénéficiaire de cette allocation en CDI sans licenciement pendant deux ans, l’aide sera versée aux entreprises directement !

Macron était bien sérieux lorsqu’il annonçait que bientôt il suffirait de traverser la route pour trouver un emploi. Il avait seulement oublié de préciser la nature de ces emplois. Loin des postures progressistes, C’est à la construction de cette société de l’ultra-précarité, des mini-jobs cumulés et de la traque aux chômeurs et aux « assistés » qu’il s’attelle pendant que se déroule le grand débat.




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