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Santé. Derrière les effets d’annonces, toujours pas d’embauches massives ni de moyens supplémentaires

Ce vendredi, Macron a adressé des vœux au personnel de la santé qui fait face à une crise profonde de l’hôpital public. Le chef de l’État a réaffirmé, au détour de micros-mesures floues, qui s'apparentent à des effets d'annonces, le projet néolibéral qu’il promet au le secteur de la santé. Toujours pas d'embauches massives ni de moyens supplémentaires, mais Macron prévoit d'en finir avec les 35 heures !

samedi 7 janvier

Crédits photo : AFP

Après les boulangers, cap sur la santé. C’est dans un hôpital de l’Essonne, à Corbeil-Essonnes, qu’Emmanuel Macron s’est rendu ce vendredi pour adresser ses vœux « aux acteurs de la santé », et tenter de répondre à la crise qui traverse le secteur, du personnel hospitalier aux médecins libéraux. Le chef d’État promettait de « donner un cap » aux travailleurs de la santé, mais les mesures annoncées ressemblent plutôt à un pansement qu’on mettrait sur une plaie béante.

Pour Macron, la crise dans la santé n’est pas due aux manques de moyens mais aux problèmes d’organisation et aux 35 heures !

Si le gouvernement fait mine de prendre la colère du monde de la santé au sérieux, c’est parce que la crise est profonde. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière la casse de l’hôpital public et les conséquences d’une décennie de politiques austéritaires, et la situation est loin de s’être améliorée depuis, remettant en cause le bilan gouvernemental autour du Ségur de la Santé.

C’est pour réhabiliter ce même bilan que Macron a commencé son intervention devant le personnel soignant ce midi :on a déjà beaucoup répondu sur les moyens », « on a fait le plus gros effort financier de notre histoire du système de santé au moment du Covid »,… Une manière de se dédouaner de toute responsabilité dans la crise actuelle, et de balayer du même coup les revendications du personnel quant aux moyens, aux embauches, et aux augmentations de salaires.

En basant son discours sur les problèmes « d’organisation » au sein des établissements de santé, le chef de l’État a tout de même été obligé d’annoncer des micros-mesures qui restent dans l’ensemble floues et dont certaines avaient déjà été annoncées en 2019. Il a par exemple appelé à la mise en place d’un « tandem administratif et médical » pour diriger les hôpitaux, ou encore à « la sortie de la tarification de l’activité » (T2A) dès le prochain texte sur le financement de la Sécurité Sociale, qui était une demande de longue date du secteur. Pour autant, en développant qu’« il faut qu’il y ait une part structurante de la rémunération qui repose sur des objectifs de santé publique qu’on négocie à l’échelle d’un territoire », il ne propose pas d’alternative concrète, et déclare en substance qu’une part du T2A serait maintenue. En bref, une somme de déclarations qui combinent micro-mesures et effets d’annonce pour canaliser la colère.

L’une des mesures-clés proposées par Macron, c’est d’en finir avec les 35 heures pour le personnel soignant qui aurait « profondément perturbé l’hôpital ». S’il est vrai que la mise en place de cette mesure dans les hôpitaux n’avait pas miraculeusement permis de résoudre la crise d’un hôpital déjà en souffrance, c’est essentiellement liée au fait que sa mise en place s’est effectuée à moyens constants. D’après Macron, le responsable de la crise de l’hôpital public, ce serait donc les 35h, et non pas la fermeture de dizaines de milliers de lits, le sous-effectif constant, la saturation du personnel. Au travers d’un argumentaire sur « l’organisation du travail, Macron déroule son projet néolibéral pour l’hôpital et promet, comme solution face à la crise, de travailler plus sans aucun moyen supplémentaire.

Derrière des annonces qui restent en grande majorité à l’état de promesses opaques, ce qu’il faut retenir des vœux du président, c’est ce sur quoi il est resté silencieux : aucune mesure de recrutements massifs face au sous-effectif, refus de ré-intégrer les soignants non-vaccinés, aucune annonce concernant les salaires ou la fermeture des lits, rien quant à l’instauration d’un ratio maximal de patients par infirmiers – des revendications pourtant formulées par un collectif de 5000 médecins, soignants et agents hospitaliers en décembre dernier. En somme, aucune réponse qui permettre de résoudre les défaillances structurelles du secteur de la santé, et une réaffirmation du projet de casse de l’hôpital public qu’il a déjà entamé lors de son premier quinquennat.

Une « crise sans fin » dont Macron est le premier responsable

Les annonces de Macron sonnent d’autant plus creux au regard de la situation réelle de l’hôpital public. Cet été déjà, de nombreux services d’urgences fermaient faute de moyens et de personnel. Et avec l’arrivée de l’hiver, le personnel soignant a dû affronter trois épidémies (de bronchiolite, de grippe et de Covid) qui ont immédiatement provoqué un engorgement des services d’urgence et de réanimation.

Et la pénurie de personnel et le manque de moyens sont loin d’être sans conséquences, parfois dramatiques. Le personnel des urgences de Strasbourg expliquaient récemment que les patients pouvaient « passer jusqu’à 48 heures sur un brancard ». Le syndicat Samu-Urgences de France dénombrait quant à lui que 32 personnes seraient décédées aux urgences, soit pour avoir attendu trop longtemps, soit faute de moyens pour les prendre en charge !

Face à l’ampleur de la crise et au manque de réponses, pour les soignants, c’est l’épuisement qui priment. Aux urgences de Thionville, en Moselle, 55 des 59 infirmiers et aides-soignants du service étaient en arrêt maladie début 2023 : « on en arrive là parce que malgré leur engagement, les équipes sont à bout, épuisées, et incapables d’assurer une prise en charge de qualité » expliquait ainsi Clarisse Mattel, infirmière et secrétaire générale du syndicat MICT-CGT à Sud Ouest.

Dans ce sens, les annonces avancées par le président ont été vivement critiquées. Le chef du service des urgences du centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres dénonçait sur BFMTV qu’on « gère des crises, mais on ne s’attaque jamais aux véritables causes du problème », tandis que Pierre Schwob Tellier, membre du collectif Inter-Urgences, expliquait sur France Info qu’ « n’attend plus rien de notre gouvernement, qui n’a pas la volonté de remettre en place un service public pour répondre aux besoins de la population ».

Les médecins libéraux qui ont impulsé un mouvement de grève de deux semaines pour exiger entre-autre une revalorisation des consultations – une revendication réactionnaire car elle propose en réalité de faire payer la casse du système de santé aux patients - sont eux-aussi restés sur leur faim. Le médecin Marcel Ichou réagissait lui aussi sur BFMTV à propos de la promesse de revalorisation des médecins qui prendraient de nouveaux patients : « Il [Emmanuel Macron] l’a dit lui-même. La moitié des médecins ont plus de 60 ans, moi je n’ai plus l’énergie, ou alors je ne suis pas capable de travailler le lendemain ».

Ainsi, la colère est loin d’être redescendue pour le personnel de santé. Si des syndicats ici et là appellent à la grève, la colère reste pour l’heure orpheline de plan de bataille, du fait notamment que les directions syndicales n’offrent pas de perspective de lutte crédible. Or, c’est à partir d’une réponse d’ensemble pour les salaires, les acquis sociaux et la défense des services publics que le personnel de santé pourra porter et chercher à imposer des moyens, des embauches et une augmentation des salaires.



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