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Portrait

Ségolène Royal : une ex-macroniste, ministre de Hollande, pour diriger la gauche aux européennes ?

Ancienne candidate PS à l’élection présidentielle et ministre de Hollande, macroniste de la première heure, subitement mélenchoniste convertie et prochainement chroniqueuse chez Hanouna : Ségolène Royal se rêve en tête de liste de la gauche aux européennes.

Nathan Deas

30 août 2023

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Ségolène Royal : une ex-macroniste, ministre de Hollande, pour diriger la gauche aux européennes ?

Crédit photo : Creative commons

Attendue en septembre comme chroniqueuse dans l’émission de Cyril Hanouna sur C8, Ségolène Royal a voulu accélérer son retour dans l’arène politique. L’ancienne candidate du PS à l’élection de présidentielle de 2007, qui avait prévenu récemment ne « rien vouloir s’interdire » (sic), a annoncé, vendredi 25 août, à l’occasion de la rentrée politique de la France Insoumise, le lancement d’une liste d’union aux élections européennes de 2024 sous le regard bienveillant du mouvement.

En réalité, au-delà de l’effet d’annonce, le « coup politique » a peu de chance de se réaliser et dit sans doute davantage des tensions croissantes au sein de la Nupes (sur fond notamment de désaccord quant à la constitution d’une liste commune) que du scénario à venir pour les européennes. Reste que l’hypothèse Royal -comme sa validation par Jean-Luc Mélenchon- n’en est pas moins profondément révélatrice des logiques de tambouilles politiciennes qui règnent au sein de la gauche institutionnelle.

Petit retour en arrière. En 2008, le futur chef de file de la France insoumise claque la porte du Parti socialiste quelques heures … après la victoire de Ségolène au vote des motions précédant le Congrès du parti. La candidate incarne alors la « troisième voie » de la sociale démocratie à la française. Un héritage que Royal revendique, en faisant publier la même année dans le Financial Times, un hommage à Tony Blair et à sa politique de conciliation de classe, profondément néolibérale et dans la droite lignée des privatisations de l’ère Thatcher.

Quelques années plus tard, Jean-Luc Mélenchon semble avoir changé de ligne à propos de Ségolène Royal. L’ex-candidate PS à la présidentielle ne s’est pourtant pas déjugée, hormis quelques opportunismes de façade. Ancienne ministre de Hollande, macroniste de la première heure, subitement mélenchoniste convertie et prochainement chroniqueuse chez Hanouna : celle qui se rêve tête de la liste d’une union de la gauche aux européennes a surtout brillé par ses attaques contre les classes populaires et ouvrières et par un besoin irrépressible d’occuper le devant de la scène politique.

En 2005, à l’occasion du référendum sur le Traité constitutionnel européen, Ségolène Royal fait campagne pour le « oui ». En 2013, présidente PS de la région Poitou-Charentes, elle soutient l’allongement de la durée de cotisations et la réforme Marisol Touraine sur les retraites. Entre 2014 et 2017, au ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer dans les gouvernements de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, elle défend ardemment l’application du Ceta (accord commercial de libre échange global entre l’UE et le Canada). En 2016, elle justifie la répression des manifestants contre la Loi Travail et la destruction de conquêtes ouvrières au nom de la revendication d’un marché toujours « plus flexible ».

Plus tard, elle appellera à « réprimer très rapidement les groupes violents » (comme Extinction Rébellion) et réclamera l’envoi de l’armée face aux gilets jaunes. Sur les violences policières ? En 2018, à propos de l’humiliation subie par lycéens de Mantes-la-Jolie, elle explique que « les policiers ont parfaitement bien géré les choses » et conclue ironiquement, « ça leur fera un souvenir ». En 2020, elle dénonce une « provocation » de Maryam Pougetoux. La présidente de l’UNEF s’était rendue … voilée à l’Assemblée nationale. Trois ans plus tôt, elle se faisait l’un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron, avant de quitter la majorité présidentielle, faute d’avoir obtenu un ministère.

En cette fin août, le petit monde politicien s’agite pour capter la lumière médiatique. A force de trop s’agiter, il pourrait cependant finir par convaincre largement qu’il n’y a rien à attendre de leurs unions de la gauche et autres fausses alternatives électorales. Ségolène Royal, ses trahisons et ses attaques anti-ouvrières sont en tous cas de nature à nous encourager pour de bon à préparer un autre type de rentrée : sur le seul terrain qui est le nôtre, celui de la lutte des classes.

Lire aussi : Attaques sociales, dialogue social : une autre rentrée est possible


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