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Pour un véritable service public

Soutien à la grève des Tisseo : « C’est l’ensemble des services publics qui sont menacés »

Ce mercredi marque la 13ème journée de grève des travailleurs de Tisséo, qui ont dû faire face à une répression et des menaces importantes de la part de leur direction et de la métropole. En alliance avec les Tisséo et pour la défense du service public, il est urgent que l’ensemble des travailleurs territoriaux toulousains soutiennent leur grève !

Don Morrison

21 juin 2023

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Soutien à la grève des Tisseo : « C'est l'ensemble des services publics qui sont menacés »

[Crédits photo : Dorian M.]

Face à la défense de la clause de sauvegarde qui permet qui permet d’indexer les salaires sur l’inflation officielle, les grévistes de Tisséo ne reçoivent depuis le début de leur mobilisation qu’intimidations et mépris de leur direction soutenue par les élus, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc en tête de file. Cité par La Dépêche, et lancé dans une large campagne de dénigrement, ce dernier s’est offusqué, après 4 journées de grève consécutives à Tisséo, des «  blocages et intimidations sur les dépôts ces derniers jours (qui) feront l’objet de poursuites ».

Mais de quelles intimidations est-il question ? Quand les grévistes de Tisséo sont qualifiés de « honte du service public » par leur direction, doivent faire face à la venue d’huissiers sur les piquets de grève, sont menacés de privatisation, et sont désormais assignés en justice avec l’objectif de leur faire payer une somme de 40 000 par syndicat. Voilà comment les élus de la Métropole traitent les agents du service public, pour peu qu’ils tentent de défendre légitimement leurs acquis… Face à ces tentatives d’intimidations, il faut passer à la contre-offensive.

Défendre Tisséo, c’est défendre nos services publics !

S’en prendre aux travailleurs des services publics, c’est s’en prendre à ceux qui travaillent tous les jours pour servir la population. Fin 2021 déjà, les syndicats de Tisseo s’alarment du recours accru à la sous-traitance et de la privatisation toujours plus croissante des transports publics. À l’horizon 2030, c’est 30 % du réseau qui risque d’être privatisé. Ce qui implique des conditions de travail dégradées, des pressions sur les horaires et sur la rentabilité… tout cela pour un salaire de misère.

Sur les piquets de grève, on a pu apercevoir des salariés de la sous-traitance soutenir le mouvement : « Je fais le même travail que les salariés de Tisséo, mais je n’ai aucune reconnaissance. Je suis obligé de travailler du lundi au samedi pour prétendre à une paie de 1 600 €. Si je rate une journée, ma paie redescend à 1 450 €. Je travaille de 5h du matin à 14h sans coupure. J’aime mon métier, mais vu la façon dont on est traités, je considère que je devrais faire grève aussi », estime Étienne, conducteur chez un sous-traitant, au micro de Révolution Permanente. Ces conditions de travail détériorées sont une attaque en règle à l’offre de service.

Mais loin de ne s’en prendre qu’aux travailleurs, les usagers aussi font les frais de cette politique de néo-libération du service public. En effet, une augmentation moyenne des tarifs de 2 % sur les tickets a été mise en place en septembre 2022, et sera suivie en juillet 2023 d’une nouvelle augmentation de l’ordre de 2 à 3 %. Les jeunes sont aussi attaqués avec l’augmentation de 18 % des abonnements de métro pour les étudiants non boursiers. Il n’y a pas de petites économies ! Car il faudra bien trouver de quoi financer la construction de la 3e ligne de métro… sur le dos des travailleurs et des usagers.

Chez Tisseo, comme partout ailleurs à Toulouse et en France, c’est bien la logique libérale qui domine. Car si aujourd’hui les attaques sont portées sur les transports publics, la métropole prévoit pour demain d’autres attaques sur les autres secteurs du service public.

À Toulouse, ce n’est pas la seule offensive de la Métropole.

Cette attaque s’inscrit dans une série d’offensives menées par Moudenc auprès des agents des deux collectivités (ville de Toulouse et Toulouse Métropole). Votée en 2019, la loi de transformation de la fonction publique, portée à l’époque par un certain Olivier Dussopt, prévoyait déjà l’augmentation du temps de travail et l’alignement du statut des fonctionnaires sur le privé. Une attaque en règle contre le statut des fonctionnaires, mais une aubaine pour le Maire Macron-compatible Jean-Luc Moudenc !

Appliquant la loi avec un zèle hors du commun, Moudenc a enfin pu compenser le gel des recrutements et les baisses régulières des budgets de fonctionnement de nos services publics par… l’augmentation du temps de travail des fonctionnaires. Depuis le 1e janvier 2022, tous les agents doivent travailler 1607 heures par an, et peu importe leurs conditions de travail. Pourtant, la loi permettait des ajustements en cas de sujétions particulières (travail de nuit, travail du dimanche, disponibilité horaire, travaux dangereux, exposition à des risques…).

Face à ces offensives, les éboueurs avaient choisi de lutter pour le maintien du fini-parti (qui leur permettait de quitter leur poste à la fin de leur tournée), les ATSEM s’étaient indignées contre les suppression de postes et la mobilité forcée dont elles ont fait les frais, tandis que les agents des piscines municipales sont toujours en grève depuis le… 8 avril 2022, dans l’indifférence générale des élus qui portent peu d’intérêt finalement aux besoins de leurs agents exsangues et aux intérêts des usagers.

Mais la loi de transformation de la fonction publique permet d’aller plus loin : élargissement du recours aux contractuels, facilitation de la « transition professionnelle », détachement d’office en cas d’externalisation des services… Désormais tout est en place pour permettre une privatisation accrue des services publics au sein de la Mairie et de la Métropole. Une loi dont va se saisir pleinement le maire au vu de la large restructuration qu’il impose à l’ensemble des services de la ville. En effet, un vaste projet de territorialisation des services est en train de se mettre en place pour le 1e janvier 2024.

Encore un coup porté aux agents territoriaux, victimes de réductions de personnels, de mobilité forcée, et de flou généralisé, générant incompréhension et souffrance. Dans un contexte d’austérité annoncé par le gouvernement, avec pour objectif de réaliser plusieurs milliards d’euros d’économies pour le budget 2024, on peut s’attendre rapidement à passer de « la restructuration des services » à « l’externalisation des services » qui risque d’attaquer comme ce fut le cas avec les transports le reste des secteurs du service publics toulousains.

Face aux attaques que subissent les Tisséo : il faut défendre un service public au service des travailleurs et des usagers !

Agents des services administratifs, des services techniques, des services à la population, ATSEM, animateurs, éboueurs, agents de la culture, des espaces verts, de l’entretien, de la petite enfance, des sports… Nombreux sont les travailleurs de la collectivité menacés, qui doivent dès aujourd’hui rejoindre la lutte des agents de Tisséo pour la défense d’un service public digne et sous le contrôle des travailleurs.

Manon, agent territorial dans le secteur de la culture, revient pour Révolution Permanente sur cela : « La vérité, c’est que l’attaque que subissent les Tisséo est une attaque d’ensemble envers les services publics. La privatisation de Tisséo par la métropole, n’est que les prémices d’une détérioration générale de nos conditions de travail. J’ai une collègue ATSEM qui me raconte que son équipe depuis le Covid a toujours été en sous-effectifs et que le budget alloué ne fait que diminuer... Les problèmes qu’elle subit sont les mêmes chez nous dans la culture comme dans l’ensemble des autres services de la fonction publique territoriale, même à l’échelle nationale. C’est pour ça que même au-delà du soutien bien-sûr qu’on doit donner aux Tisséo pour la défense de leur salaire, on devrait se joindre à eux non seulement contre la privatisation de la régie public mais aussi pour réclamer un véritable service public avec des équipes au complet et de réelles moyens. Un service public qui soit aux services des usagers et non aux directions privées ! »

Alors que la mairie de Toulouse décide d’augmenter les tarifs d’entrée de ses musées, portant un coup de plus aux plus précaires, il faut réclamer la gratuité des services publics et leur financement par les grandes entreprises du territoire à l’image d’Airbus.

Face aux politiques libérales menées par le gouvernement et soutenues par la collectivité, il faut s’élever contre les privatisations et la sous-traitance aux entreprises du privé. Il faut combattre la détérioration des conditions de travail et la précarisation des agents territoriaux. Enfin, en pleine période d’inflation et alors que les travailleurs peinent à boucler leurs fins de mois, le gouvernement ne trouve rien de plus à offrir à tous ceux qui s’échinent à maintenir debout des services publics auxquels ils sont attachés, qu’une augmentation du point d’indice de 1,5 %. Face à ce mépris, il faut passer à l’offensive et revendiquer l’indexation des salaires sur l’inflation pour tous.

Les grévistes de Tisséo étant de nouveau assignés au tribunal, il devient essentiel de soutenir leur lutte pour établir un vrai rapport de force, une lutte dont les fonctionnaires territoriaux de la ville doivent se saisir car une victoire des Tisséo serait une victoire pour l’ensemble des travailleurs des services publics.

Jeudi prochain, le 22 juin à 9 heures, les syndicats de Tisséo appellent à un rassemblement devant le centre Pierre Baudis à Compans Cafarelli, à l’occasion d’un conseil de la métropole. Soyons nombreuses et nombreux à les soutenir !


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