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Monde

Conflit larvé

Sur fond de tensions avec l’Arabie Saoudite, un pétrolier iranien frappé par des missiles

L’affrontement larvé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran n’en finit pas : après les attaques de raffineries saoudiennes, c’est maintenant un pétrolier iranien qui a été attaqué par des missiles au large de Djedda.

vendredi 11 octobre

Crédit photo : IRIB/EPA

Hier matin, un pétrolier iranien, transportant un million de barils de brut a été attaqué à deux reprises par des missiles selon les autorités iraniennes. Ces « deux explosions », qui ont troué la coque, occasionnant un début de marée noire, ont gravement endommagé le bateau, la première à 5h du matin heure locale et la seconde vingt minutes après. Si, selon les médias du régime de Ayatollahs, l’équipage est sain et sauf, « les experts techniques à bord sont en train d’enquêter sur les raisons qui ont amené aux explosions, ils pensent que c’est une attaque terroriste qui en est la cause ».

Ces explosions s’inscrivent dans l’escalade de tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite depuis près de six mois, durant lesquels les escarmouches et attentats n’ont cessé de prendre de l’ampleur. A l’origine de la crise, la dénonciation par Donald Trump de l’accord sur le nucléaire iranien, et avec cela la reprise des sanctions économiques contre l’Iran, qui asphyxient le pays faute de débouchés pour ses productions de pétrole qui, avant la crise, représentaient les trois quarts de ses exportations totales. Des exportations qui ont diminué de 60 % à 70 %, rendant la situation de plus en plus tendue pour le gouvernement iranien. Si celui-ci tente économiquement de tenir jusqu’aux présidentielles américaines en pariant sur la défaite de Trump, la situation du pays n’en reste pas moins précaire, d’où l’escalade avec l’Arabie Saoudite, son principal rival régional et principal allié de Washington.

Alors que l’été avait été marqué par de nombreuses attaques et arraisonnements contre des pétroliers des deux camps, depuis la mi-septembre, le conflit prend une autre tournure avec l’attaque des raffineries saoudiennes d’Aramco. Des attaques revendiquées par les Houthis, des rebelles yéménites alliés aux iraniens. Mais personne n’est dupe : le seul ennemi des saoudiens dans la région capable de contourner leurs systèmes de défense anti-aériens, construits par les USA et censés être parmi les meilleurs du monde, est l’Iran. L’attaque du pétrolier iranien est une sorte de réponse à cette escalade.

Si pour l’instant, une guerre frontale entre l’Arabie Saoudite et l’Iran est peu probable, ces attaques obscurcissent une fois de plus l’avenir de la région – qu’un affrontement entre ces deux puissances mettrait une fois de plus à feu et à sang. Pour l’instant, personne ne semble vouloir une telle guerre : les États-Unis ne veulent pas s’engager dans une guerre qui pourraient être encore plus dure et couteuse que l’Irak ou l’Afghanistan, et Trump joue presque un rôle de pacificateur face aux « faucons de la Maison blanche » dont certains seraient en faveur d’une des options beaucoup plus offensives. À un an de la présidentielle, Donald Trump n’a pas les moyens pour s’engager dans une telle guerre, alors que 61 % des américains jugeaient fin juin que les États-Unis n’auraient pas du dénoncer l’accord avec l’Iran et que la moitié d’entre eux désapprouvent la gestion du dossier par le gouvernement.

Autant de raisons pour que la région continue d’être le terrain d’affrontement larvés entre les deux puissances régionales, à coup d’action isolées, ou par le moyen de guerre par alliés interposés, comme c’est déjà le cas au Yémen. Par ailleurs, c’est toute l’économie mondiale qui vit aussi au rythme de ces risques : depuis le 13 septembre, avant l’attaque en Arabie Saoudite, les cours du pétrole font des bonds à chaque attaque. Vendredi matin, dès l’annonce de l’attaque, le cours du pétrole a pris 2 %, alors qu’à la mi-septembre, les cours avaient augmenté de plus de 10 %. 




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