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Covid-19

Tests de vaccins en Afrique : racisme exacerbé en temps de crise

Deux chercheurs ont proposé de tester les vaccins contre le Covid-19 en Afrique. Retour sur une affaire scandaleuse, symbole d’une politique impérialiste et néocoloniale menée sur le sol africain.

mercredi 8 avril

Une polémique raciste et de tradition coloniale

Le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a réagi, lundi 6 avril, pour condamner, « les propos racistes », de chercheurs ayant présenté l’Afrique comme un potentiel « terrain d’essai » pour tester des vaccins contre le Covid-19. Entre héritage d’une mentalité coloniale et propos racistes, retour sur une affaire scandaleuse.

La semaine dernière, lors d’une séquence diffusée sur LCI, un médecin, chef de service à l’hôpital Cochin à Paris, et un chercheur de l’Inserm, l’institut publique de la recherche française, ont proposé l’idée de tester un vaccin contre le coronavirus en Afrique. Ainsi Jean-Paul Mira, chef de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin, a demandé à Camille Locht, directeur de recherche à l’Inserm : « Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitements, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida ou chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez ? ». Le chercheur a alors répondu : « Vous avez raison, d’ailleurs. On est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche, ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir en parallèle à une étude en Europe et en Australie. »

Ces propos ont accouché d’une vive polémique en France et en Afrique, Sos Racisme s’est indigné « Non, les africains ne sont pas des cobayes », quand le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) a affirmé avoir été saisi par l’association. La colère des internautes a obligé le ministère des Affaires étrangères à faire une déclaration, à expliquer que ces propos « ne reflétaient pas la position des autorités françaises ».

M. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur de l’OMS, a affirmé son indignation : « Ce genre de propos racistes ne font rien avancer. Ils vont contre l’esprit de solidarité. L’Afrique ne peut pas et ne sera un terrain d’essai pour aucun vaccin », ajoutant que « l’héritage de la mentalité coloniale doit prendre fin »quand il est « absolument honteux et horrifiant d’entendre ce genre de propos au XXI e s. »
Ainsi, même l’OMS, organisation de l’ONU dont la participation aux politiques des pays impérialistes n’est plus à démontrer (elle a par exemple permis de servir de caution sanitaire aux « opérations humanitaires » des casques bleus en Afghanistan ou encore en Irak), s’est indignée de cette prise de position raciste. On voit ici, comme d’ailleurs dans sa prise de position dans la crise sanitaire, l’OMS jouer le rôle de « bon flic » du capitalisme, cherchant à rassurer quant à la possibilité d’une sortie de crise.

Les crises sanitaires réactualisent de façon vivace le poids de la dépendance des économies néocoloniales aux pays impérialistes. L’OMS se fait ici l’avocat d’un capitalisme qui serait prétendument anticolonial et protecteur, tentant par la sorte de permettre une voie de sortie, à la catastrophe généralisée dans laquelle il semble plonger.

La posture selon laquelle, une nouvelle fois les ressources humaines en Afrique seraient mises à profit des puissances occidentales, en faisant des africains des cobayes, à l’heure du coronavirus, est bien évidemment scandaleuse. Le gouvernement français a souhaité par opposition rappeler « sa mobilisation sur le sol africain pour lutter contre le virus », quand la communauté internationale (UE, FMI, G7, G20, Banque mondiale, …) a réagi en expliquant examiner des initiatives pour permettre « des marges de manœuvre » aux pays africains en les « soulageant dans le remboursement de la dette ». Il y a pourtant, là encore, à une autre échelle, la réalisation d’une politique néocoloniale.

En Afrique, l’impérialisme et la gestion néocoloniale mènent à la catastrophe

La domination et la dépendance aux puissances impérialistes rendent l’Afrique toujours plus vulnérable aux crises économiques et politiques, à l’heure où l’épidémie commence à s’y développer, et le continent s’annonce comme un potentiel prochain foyer majeur de l’épidémie quand des scientifiques y prévoient plus de 450 000 cas de coronavirus d’ici début mai. Si la propagation du virus y est pour l’instant moins importante qu’ailleurs, la totale impréparation structurelle, le sous-développement de ses pays, laisse présager des jours sombres en Afrique. D’autant plus que la population y est plus à risque qu’ailleurs à cause d’un grand nombre de personnes porteuses du VIH, de tuberculose, du paludisme, sujette à des phénomènes de diabète ou d’hypertension ou encore de malnutrition.

L’Afrique est donc particulièrement menacée par une nouvelle catastrophe sanitaire, après l’Ebola ou le VIH. Elle peut également s’inquiéter des conséquences économiques liées à l’épidémie. Sa situation de dépendance économique s’annonce, en temps de crise, catastrophique, quand l’arrêt de l’économie dans les principaux pays impérialistes accouche déjà de la dévaluation de plusieurs monnaies nationales, quand les difficultés chinoises signifient la baisse de la demande en matières premières africaines.

C’est une véritable aporie dans laquelle se trouvent les pays africains, qui seront obligés pour faire obstacle au virus d’accepter les « plans d’aides » du FMI ou de la Banque mondiale, ou de l’ex-pays colonisateur, augmentant encore leur dette et accentuant encore leur dépendance aux pays impérialistes en se plaçant sous leur contrôle. Ce sous-développement africain est la conséquence directe de siècles de domination coloniale, dont la France a toujours été partie prenante, encore aujourd’hui, en pratiquant systématiquement l’extorsion de ses ressources ou la collaboration avec les classes dominantes locales, corrompues aux intérêts capitalistes étrangers, et qui contrôlent férocement une population d’exploités.

Alors si le gouvernement français, tente dans la période de se présenter comme la solution, et s’est défendu comme tel au moment de la polémique, quand Macron a médiatisé ses consultations avec des dizaines d’homologues africains, ou que le chef de la diplomatie française, Jean-Yves le Drian, a annoncé le redéploiement « d’une part importante » de l’aide française afin de permettre le renforcement du système de santé, des capacités de recherche et de détection en Afrique, nous affirmons que l’impérialisme français n’est nullement la solution mais au contraire une partie conséquente du problème. Acteur majeur de la « soumission africaine », par exemple avec le « système Franc CFA » qui garantit à la France le contrôle direct sur les monnaies nationales de ses ex- colonies, ou par le maintien de ses troupes militaires sur le sol africain, le pays au drapeau tricolore est l’une des explications, et non des moindres, à la vulnérabilité africaine.

Alors si la communauté internationale, le FMI et la Banque mondiale ont demandé de concert aux créanciers des pays les plus pauvres « de geler les remboursements de dettes » afin que ceux-ci puissent se consacrer à la lutte contre la pandémie. Ce sera bien insuffisant, c’est l’annulation de ces dettes que le mouvement ouvrier doit revendiquer. Elles sont déjà à l’origine d’assez de morts sur le continent. La réponse est internationaliste et elle passe par la réorganisation de la production, par le contrôle ouvrier, pour qu’aucun pays ne manque du matériel nécessaire pour faire face à l’épidémie.




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