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Trahison : les directions syndicales anglaises appellent à suspendre les grèves après la mort de la reine

Après la mort de la reine, les grèves actuelles à la Royal Mail et celles des chemins de fer prévues à la mi-septembre ont été annulées par les directions syndicales, par « respect » pour la famille royale. Une trahison du mouvement en hommage à une figure anti-ouvrière.

vendredi 9 septembre

Hier l’annonce de la mort de la reine d’Angleterre a entraîné une importante réaction médiatique et les journaux britanniques enchaînent ce matin les hommages en une, remerciant la reine, lui assurant leur amour ou évoquant leurs cœurs brisés. La classe dirigeante n’a pas été en reste et les hommages affluent de tous les coins du monde, Biden, Trudeau, mais aussi Macron et plus largement l’ensemble des politiciens ont tweeté en hommage ou ont exprimé leurs condoléances.

Après la mort de la reine, les bureaucraties syndicales appellent à suspendre la grève

Au Royaume-Uni un deuil de 10 jours a été imposé dans le pays jusqu’à l’enterrement de la reine. Avec une volonté d’effacer la colère importante qui traverse le pays et qui s’est manifestée ces dernières semaines dans un mouvement de grève très suivi, au profit d’une tristesse qu’il faudrait partager. La reine n’était pas encore morte que Clive Myrie, un présentateur de BBC News déclarait que la crise du prix de l’énergie était «  évidemment insignifiante maintenant […] face à la gravité de la situation [de l’état de santé de la Reine  ».

Mais il n’a pas été le seul à vouloir mettre au second plan la colère qui traverse la population anglaise. Le CWU (le Syndicat de la Communication) a annoncé l’annulation de la grève en cours à la Poste, qui faisait suite à plusieurs journées de lutte dans l’été dans un secteur à la tête de la mobilisation qui secoue le Royaume-Uni. Mais les directions syndicales en ont décidé autrement et le CWU a déclaré : « Suite à la très triste nouvelle du décès de la Reine et par respect pour son service au pays et sa famille, le syndicat a décidé d’annuler la grève prévue demain. »

L’hommage est de mise également pour Mick Lynch, le secrétaire général du RMT (le Syndicat national des cheminots), là encore un des secteurs les plus dynamique de la mobilisation, qui a déclaré : «  Le RMT se joint à toute la nation pour rendre hommage à la reine Elizabeth. Le mouvement de grève ferroviaire prévu les 15 et 17 septembre est suspendu. Nous exprimons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis et au pays.  » Le syndicat Unite envoie également ses « pensées » à la famille royale, quand le TUC (Trades Union Congress), principale confédération syndicale du pays avec 5,5 millions de membres, apporte ses condoléances et annonce le report de leur congrès en signe de « respect ».

Une trahison en soutien à une figure anti-ouvrière par excellence

Pour les bureaucraties syndicales, qui jouent d’ores et déjà un rôle de contention du mouvement en divisant les journées de manifestations par secteur, il faudrait prendre fait et cause pour la royauté et rendre hommage à une reine qui est l’incarnation d’un système moyenâgeux. Une reine par essence anti-ouvrière, qui a vu depuis ses châteaux luxueux l’écrasement des mineurs par Thatcher, l’instauration des lois anti-grèves ou encore qui exprimait sa solidarité au gouvernement français face au mouvement des Gilets Jaunes.

Si la critique de la reine et le refus de se joindre à l’hommage peut apparaître à contre-courant, c’est pourtant une nécessité pour incarner une perspective de classe. En effet, pendant que les directions syndicales appellent à mettre en pause les grèves, la bourgeoisie du pays n’entend pas arrêter ses attaques et l’inflation qui étouffe déjà la population pourrait atteindre 18,6 % début 2023 Quand une part de plus en plus importante de la population anglaise doit choisir entre se nourrir et se chauffer cet appel à suspendre les grèves est une trahison du mouvement, qui depuis le début de l’été cherche à imposer des augmentations de salaires.

Face à des bureaucraties syndicales qui poursuivent et approfondissent une politique d’encadrement et de division du mouvement, il est nécessaire que la base des grévistes se fasse entendre. Le fait que le communiqué officiel du RMT annonçant l’annulation des prochains jours de grève ait été supprimé quelques heures après sa publication pourrait être un petit symptôme d’une contestation de la décision prise à la tête des syndicats. Un possible symptôme qui rappelle à quel point il est impératif de lutter contre les bureaucraties syndicales et que les grévistes prennent eux-même en main le mouvement, pour décider de dates communes de mobilisation sans laisser le mouvement suspendu au souffle de la royauté.



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