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Politique

PAS DE TRÊVE POUR LA LUTTE

« Trêve de Noël » ou comment le gouvernement cherche à briser la grève

Mercredi dernier, Edouard Philippe a parlé. On est sûrs désormais que grève reconductible et grève générale sont la seule issue pour faire plier Macron. Noël ne doit pas être le prétexte à faire baisser la garde aux travailleurs en lutte. Grève jusqu’au retrait !

vendredi 13 décembre 2019

Noël 1914, trêve, fraternisation et lutte de classe

Dans l’esprit des travailleurs, et le plus souvent sans la moindre connotation religieuse, Noël est un moment de fête, une sorte de parenthèse pour les plaisirs familiaux et l’oubli, pour quelques jours, de la difficulté à vivre.

Cette tradition est tellement ancrée, qu’à Noël 1914, des soldats allemands, britanniques et français, enrôlés malgré eux par leurs Etats respectifs dans la première guerre mondiale, ont décidé d’une trêve et d’une fraternisation qui est restée célèbre dans l’histoire. Le 24 décembre, en plusieurs points du front, les Allemands placent des sapins de Noël, avec bougies et lanternes, sur le parapet des tranchées de première ligne. Des chants de Noël résonnent des deux côtés, avec quelques échanges verbaux, voire parfois des rencontres entre Français, Britanniques et Allemands sans armes, sur le no man’s land.

Il s’agissait là d’une manifestation de résistance à la boucherie que les uns et les autres subissaient, avec plus de 100 000 morts depuis le début de la guerre enclenchée cinq mois auparavant. Loin d’être une trêve dans la lutte des classes, elle était au contraire un moment de conscience, en dépit des appartenances nationales, de l’unité des soldats en opposition à leurs états-majors et, au-delà, aux bourgeoisies nationales en lutte pour leurs intérêts et responsables de la guerre.

Qui réclame aujourd’hui la trêve des confiseurs ?

Rien de tel aujourd’hui ! La bataille des retraites qui s’amplifie chaque jour en France, n’oppose pas la bourgeoisie d’un pays à celle d’un autre pays ; elle oppose l’ensemble de la population à Macron, Edouard Philippe et Delevoye représentants des intérêts du Medef et des assurances privées. Vouloir l’interrompre c’est agir contre le camp des travailleurs.

Il suffit, pour en être convaincu, de voir, après l’annonce par la CGT cheminots de la poursuite de la grève pendant la période de Noël, qui sont ceux qui prennent la défense de la trêve des confiseurs. Et d’abord, le gouvernement. Trop contents de pouvoir bénéficier de l’approche des fêtes de fin d’année pour monter l’opinion contre la grève des transports, ils y vont les uns après les autres de leur couplet. C’est d’abord Marlène Schiappa qui, détournant implicitement l’exemple de la trêve de Noël de 1914, déclare que « même dans les guerres, il y a des trêves », plaidant pour le respect des fêtes de Noël, « un moment unique pour se rapprocher, pour une pause dans l’année ». Puis c’est au tour d’Elisabeth Borne sur CNews, qui juge « irresponsable d’annoncer qu’on veut gâcher les vacances de Noël des Français ». Quant à la secrétaire d’Etat à l’économie, Agnès Pannier Rubacher, elle fait chorus en s’indignant sur LCI que l’on « prenne en otage les Français à un moment qui est très important pour eux, pour la famille, pour l’économie française… ».

La trêve des confiseurs a également le soutien du secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Bien qu’ayant accueilli défavorablement les annonces d’Edouard Philippe mercredi et invité à poursuivre la grève, il a expliqué sur BFMTV que « personnellement » il pense que « pendant la période des fêtes, notamment pour que les gens aillent rejoindre leur famille et aillent passer les fêtes de Noël, il faut leur laisser la possibilité de circuler comme ils l’entendent et la CFDT cheminot est attachée à cela également. »

Autre soutien, prévisible pour le coup, celui de Marine Le Pen, qui s’est exprimée sur BFMTV sur le mode populiste qui lui est cher : « Il faut qu’il y ait une trêve pour Noël. Noël est un moment important pour nos compatriotes. C’est un moment familial. Beaucoup sont dans des situations qui sont difficiles, et beaucoup ont déjà préparé leur voyage, ont pris des billets de train qui souvent sont chers…Par conséquent il serait injuste qu’ils soient les victimes d’une contestation qu’ils partagent pour beaucoup d’entre eux ».

Pas de trêve pour la grève, c’est une question de survie…

Aucune grève n’est une partie de plaisir, ni pour les grévistes qui payent le prix fort pour leur combativité, ni pour ceux qui en subissent la gêne. Mais « quelques jours de galère ne sont-ils pas préférables à des années de misère ? »

Une grève c’est comme un haut fourneau : quand on l’arrête, on a toutes les difficultés pour le rallumer. Les cheminots sont les premiers à être conscients de cette grande vérité dont ils ont été victimes, avec les journées saute-moutons ou lors de la dernière « bataille du rail » avec les 3 jours + 2 jours qui ne leur ont pas permis de gagner. Ils savent qu’interrompre un mouvement de grève c’est reculer pour moins bien sauter.

C’est tout le sens de la bagarre et des votes pour des grèves « reconductibles ». C’est l’expérience qui dit qu’il ne sera pas possible de gagner sans grève reconductible et généralisation à une grève de masse. Et c’est, bien entendu, sur cet arrêt que comptent tous ceux qui pleurnichent sur le sort des familles pénalisées, pour casser le mouvement et contraindre à la négociation, alors qu’il n’y a rien à négocier et que la seule issue c’est le retrait.

En agitant de manière tellement facile et démagogique l’épouvantail d’un Noël foutu, le gouvernement fait d’une pierre deux coups : tenter de se rallier une opinion qui demeure très favorable au mouvement et introduire la division dans le mouvement syndical, pourtant unanime après le discours d’Edouard Philippe.

Quant à Macron, qui mesure bien l’enjeu de la période et tient à s’assurer l’adhésion des bandes armées de l’Etat, il sait qu’il faut les soigner particulièrement en ces fêtes de fin d’année. Après avoir caressé dans le sens du poil les forces de police en annonçant que leur régime spécial de retraite ne serait pas entamé, il se prépare à aller passer Noël en Côte d’Ivoire auprès des forces FFCI qui ont pris le relais de l’opération Licorne. On peut difficilement parler de « trêve ».

Crédits photo : AFP




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