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Politique

Cachez cette violence que je ne saurai voir

Un sénateur LR veut interdire la publication d’image des interventions policières

Le sénateur de l’Hérault LR, Jean-Pierre Grand, souhaite interdire la diffusion de vidéos et photos de policiers. Une manière de museler la presse et les réseaux sociaux les empêchant de diffuser des images de violences policières.

jeudi 12 décembre 2019

Crédit photo : Reuters / Philippe Wojazer

15 000 euros. Voilà l’amende que souhaite infliger Jean-Pierre Grand, sénateur Les Républicains de l’Hérault, à toutes personnes diffusant des images et vidéos de policiers, douaniers et militaires.

Pour se faire, il a proposé cet amendement afin de modifier la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

« Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires ou d’agents des douanes est punie de 15 000 euros d’amende. »

Jean-Pierre Grand ne s’arrête pas là, puisqu’il propose également un autre amendement, celui là sur l’article 226-1 du code pénal, article relatif à la protection de la vie privée. Cette modification vise à interdire les images et enregistrements des forces de l’ordre, sous peine d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Tout pour empêcher les dénonciations de violences policières

Jean-Pierre Grand présente ainsi son amendement : « A l’occasion de mouvements sociaux comme celui des gilets jaunes, les forces de l’ordre ont été régulièrement filmées par des manifestants dans le cadre de leur opération de maintien de l’ordre. Ainsi de nombreuses images de policiers ont été diffusées sur les réseaux sociaux, les rendant facilement identifiables et donc potentiellement des cibles avec leur famille (conjoint et enfants). »

Interrogé par Quotidien, le sénateur confirme. « Aujourd’hui il faut protéger les policiers ». « Moi, j’ai vu des vidéos. On passait le passage où le policier avait un comportement inapproprié. On ne passait pas les minutes avant, où il prenait en pleine figure des pavés ou des coups de barres de fer ». Un argument classique, visant à légitimer les multiples violences policières qui ont entraîné des mutilations et blessures pour des milliers de manifestants, pour le seul exemple des manifestations des Gilets jaunes.

Le but de cet amendement vise à permettre aux forces de répression de réprimer dans le sang sans qu’aucune preuve visuelle ne vienne entacher leur version.
La modification de la loi vise clairement la répression des mouvements sociaux. Ainsi, il souhaite museler la presse qui devant le fort partage de vidéos de violences policières est obligée parfois d’en faire part. Mais surtout, il veut criminaliser les manifestants qui filment la répression brutale.

Même avec des preuves vidéos, les policiers ne sont quasiment jamais poursuivis et encore moins condamnés par une justice complice désireuse de protéger les intérêts des dominants. Si ces amendements sont adoptés, cela viendra renforcer l’appareil répressif de l’État. Juste témoigner de violences policières devient un crime et laisse le champ libre à une répression encore plus brutale de la part des forces de répression, qui déjà, mutilent, blessent et tuent. Et les Benalla auraient également le champ libre pour tabasser des manifestants en toute impunité.




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