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Politique

Impunité policière

Un syndicat policier demande la poursuite en justice de Michel Zecler pour “rébellion”

Le syndicat France Police demande une poursuite d'enquête pour rébellion à l'encontre de Michel Zecler. Une énième provocation vis-à-vis d'une victime de la violence et du racisme d'Etat devenue emblématique.

jeudi 3 décembre 2020

Photographies de Michel Zecler, par son avocate, afin de constater ses blessures, dans la nuit du samedi 21 novembre. HAFIDA EL ALI

La vidéo de Loopsider révélant les terribles violences policières et racistes perpétrées à l’encontre du producteur de musique Michel Zecler a fait le tour de la toile, sur fond de mobilisation massive contre la loi Sécurité globale qui vise à interdire de filmer et diffuser des images d’agents en exercice. Pourtant, sans cette vidéo, Michel Zecler serait probablement en prison actuellement, du fait d’un faux témoignage policier qui l’accusait d’outrage et rébellion. Les images diffusées par Loopsider révèlent pourtant que ce sont les policiers qui le suivent illégalement dans le studio pour le passer à tabac.

Face au tollé et à l’indignation suscités par ces images, les forces de répression et leurs organisations réactionnaires cherchent à tout prix à défendre et revendiquer l’impunité policière. Après la tentative, par le syndicat de police Alliance, de lancer une cagnotte en soutien aux policiers accusés, c’est au tour du syndicat France Police – 5ème organisation syndicale dans les rangs de la police – de vouloir redonner de la légitimité aux violences perpétrées contre Michel Zecler le 21 novembre, prouvant une nouvelle fois que la police n’en démordera pas.

Le syndicat a en effet déclaré ce mercredi 2 décembre que ces violences sont bel et bien justifiées par des actes initiaux de rébellion selon “leur analyse rétrospective de la vidéo”. Il s’indigne alors face au classement sans suite de cette accusation de rébellion et demande au Parquet une poursuite de l’enquête en avancant la version suivante des faits : “D’après notre analyse, la vidéo démontre que M. Zecler a entrainé les policiers dans le sas du local où il s’est ensuite rebellé, refusant probablement d’être palpé. M. Zecler a résisté violemment et a tenté de se soustraire au contrôle [...] en ouvrant une porte intérieure dans le sas pour essayer de prendre la fuite. Ce sont ces faits initiaux de rébellion qui ont fait craquer les policiers, entrainant des coups disproportionnés.”

Toutes ces démarches pour légitimer la répression violente et raciste exercée par la police ne sont pas anodines mais reflètent une situation où le discours réactionnaire prend ses aises depuis le tournant sécuritaire opéré par le gouvernement (LSG, “séparatisme”, LPR, etc.). Cette déclaration de l’organisation policière comprend donc comme le symptôme d’un climat idéologique sécuritaire et répressif instauré par le gouvernement qui vise à renforcer les pouvoirs et l’impunité de la police. Une offensive sécuritaire qui a suscité une colère importante, qui se traduit par des mobilisations massives à son encontre.

En réalité, cette affaire a pris une telle ampleur polémique qu’elle a contraint à la prise de position, impossible d’y échapper et de l’ignorer. D’où le fait que la police essaye de défendre son propre terrain, ses pouvoirs, son impunité et tirer son épingle du jeu face à la mobilisation montante.
Il est urgent d’amplifier le rapport de force et mettre en avant des revendications, pour exiger le retrait total de ces lois sécuritaires, et pour remettre en question le racisme et la violence qui sont structurels au sein de l’institution policière. Cette affaire n’est pas un acte isolé mais un révélateur de la structure profonde de cet appareil de répression indispensable aux classes dominantes.




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