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Allemagne

Une vie au service de l’impérialisme allemand : Wolfgang Schauble est mort

Les révolutionnaires ne pleureront pas cet artisan de grandes offensives contre les travailleurs en Allemagne ou en Grèce rappelle le militant allemand Nathaniel Flakin pour Left Berlin. Nous relayons la traduction de son texte.

Nathaniel Flakin 

29 décembre 2023

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Une vie au service de l'impérialisme allemand : Wolfgang Schauble est mort

Crédit photo : Ryan Rayburn/IMF

De mortuis nihil nisi bonum. Un dicton latin qui nous rappelle qu’il ne faut pas dire du mal des morts.

Suite à l’annonce du décès de Wolfgang Schäuble à l’âge de 81 ans mercredi dernier, tout l’appareil politique allemand n’a eu que de bonnes choses à dire au sujet de l’homme politique conservateur. Tous, de l’AfD (extrême droite) à la LINKE (gauche réformiste), ont fait l’éloge de ce grand « démocrate » et « homme d’État ».

Nous, marxistes, aimons les expressions latines («  Nihil humani a me alienum puto !  » ; en français : «  Je suis un homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger  »), mais nous n’avons aucun problème à dire du mal des morts. Schäuble était l’un des pires. Membre éminent du parti conservateur CDU, il a passé plus de 50 ans au Bundestag, le parlement allemand, et a occupé d’innombrables postes au sein du gouvernement, le dernier en date étant celui de président du parlement.

Ce qui frappe chez Schäuble, c’est sa corruption sans faille. Dans les années 1990, il a reçu au moins une enveloppe contenant 100 000 marks allemands en espèces (environ 50 000 dollars ou euros) de la part d’un marchand d’armes. Schäuble a menti sur cette affaire à chaque étape. Il a finalement été contraint de démissionner, mais le procureur général a décidé de ne pas engager de poursuites.

Un tel scandale aurait mis fin à une carrière politique dans presque n’importe quel autre pays. L’Allemagne aime à penser qu’elle est presque exempte de corruption. En réalité, les politiques allemands en ont fait un art. Pour M. Schäuble, il s’agissait d’un minuscule accident de parcours, et il a rejoint le cabinet d’Angela Merkel à peine cinq ans plus tard.

En tant que ministre des finances à partir de 2009, M. Schäuble s’est fait connaître comme le principal responsable de l’application de mesures d’austérité brutales à l’encontre de la Grèce en crise. Il a forcé le gouvernement grec à réduire drastiquement les dépenses pour les hôpitaux et les écoles afin de rembourser les banques allemandes. Schäuble gouvernait depuis un monstrueux bâtiment nazi du centre de Berlin, tandis que ses agents à Athènes ordonnaient la privatisation des actifs de l’État.

Schäuble n’a pas été moins brutal à l’égard des travailleurs de son pays. Il a contribué à faire de l’Allemagne un pays de contrats temporaires et de bas salaires, tandis que les héritiers des milliardaires nazis ne paient presque pas d’impôts. Son héritage est le Schwarze Null (Zéro noir) : un « frein à l’endettement » a été introduit dans la constitution, exigeant des budgets équilibrés et une austérité permanente. Quiconque pénètre dans les écoles allemandes en ruine et les hôpitaux en sous-effectif peut constater l’œuvre de Schäuble.

Toute sa vie a été consacrée au renforcement de la bourgeoisie allemande en s’attaquant aux pauvres dans son pays et à l’étranger. Avant son passage au ministère des Finances, M. Schäuble était ministre de l’Intérieur et il a donné à la police de vastes nouveaux pouvoirs de surveillance et de répression.

Avant cela, M. Schäuble a été le principal architecte des réformes qui ont détruit l’économie de l’Allemagne de l’Est en l’espace de quelques années. Cette thérapie de choc, en plus du travail des services secrets ouest-allemands remplis de nazis, a mené à une énorme poussée de la droite dans l’ancienne République démocratique allemande. Alors que Schäuble est loué comme un « démocrate » aujourd’hui, il est difficile de penser à quelqu’un qui a fait plus pour encourager les politiques réactionnaires.

Au sein de la gauche internationale, la mort de Schäuble ne provoquera peut-être pas les mêmes manifestations de joie que la disparition récente d’Henry Kissinger ou d’Elizabeth II - rappelons-nous à quel point on s’était amusé au moment de la mort de Thatcher !

Les socialistes allemands se réjouissent toutefois de la disparition de ce gremlin impérialiste. Schäuble représentait le profond cynisme qui est au cœur de la « démocratie » capitaliste : il répétait des phrases libérales tout en larguant des bombes, en réduisant les salaires et en s’emparant de masses d’argent. C’était un impérialiste jusqu’au bout des ongles. Au lieu de chanter ses louanges, comme le font tous les politiciens allemands, nous devrions dire beaucoup de mal des morts.


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