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Jeunesse

Crise sanitaire

Université de Bordeaux. Une gestion du Covid défaillante et unilatérale

Dans un contexte de hausse du circulation du virus, la jeunesse est notamment pointée comme fautive de part des ‘’soirées’’, sans aucune base statistique. Dans les universités, les cours à distance s'imposent comme seul moyen pour faire face à cette situation, aggravant les inégalités entre étudiants et les possibilités de décrochage et d'isolement. Face à des décisions unilatérales, c'est aux étudiants et au personnel de décider.

lundi 19 octobre

Le milieu scolaire et universitaire, premiers foyers de contamination en cours d’investigation

Face à une augmentation galopante des nouvelles contaminations de Covid-19 dans le pays, avec des records journaliers autour des 33 000 cas, le milieu scolaire et universitaire continue d’être un des principaux clusters. Alors qu’il n’y a pas de base statistique pour le justifier, le gouvernement et les médias expliquent les contaminations chez les jeunes comme un résultat des "soirées étudiantes". Dans les universités, les cours à distance s’imposent comme seul moyen pour faire face à cette situation, aggravant les inégalités entre étudiants et les possibilités de décrochage et d’isolement. Face à des décisions unilatérales, c’est aux étudiants et au personnel de décider.

Les chiffres épidémiologiques que fournissent les autorités gouvernementales ne permettent pas aujourd’hui de savoir où et comment les personnes se sont contaminées. A ce stade, seule la donnée des clusters, qui représentent un foyer de contamination avec au moins trois cas confirmés, permettent de savoir, très partiellement où se localise le virus. Le dernier rapport épidémiologique publié le 15 octobre le 8 octobre par Sante publique France, montre que 42% foyers des clusters en cours d’investigation se trouvent, soit dans le milieu scolaire et universitaire (25%), soit dans des entreprises privées et publiques hors établissements de santé (17%). Il n’est aujourd’hui pas possible de déduire sur la base des données actuelles sur les clusters (qui correspondent à 42% des cas confirmés), les modes de transmission les plus récurrents du virus. Actuellement il n’est également impossible d’avoir une vision exacte de la circulation du virus uniquement dans les établissements universitaires, puisque la catégorie de clusters « Milieu scolaire et universitaire », inclue l’ensemble des foyers de contaminations identifiés depuis la maternelle jusqu’aux établissements de l’enseignement supérieur. Selon le gouvernement et les grands médias, cette concentration des clusters dans le milieu scolaire et universitaire serait dû au fait que les jeunes se contamineraient dans les « soirées étudiantes extra-universitaires  », comme signalait le Conseil Scientifique, dans son dernier avis du 22 septembre. Frédérique Vidal a même affirmé lundi 28 septembre que les clusters « ne sont pas des clusters par promotion mais des clusters par groupe d’amis. Rien ne nous dit que les contaminations se fassent au sein des établissements de l’enseignement supérieur ». Mais aujourd’hui, aucun chiffre précis ne permet de justifier si les clusters chez les jeunes se font plutôt dans les locaux universitaires ou plutôt dans les soirées étudiantes, pourtant, de nombreuses directions universitaires, en lien avec le gouvernement, déclarent, sans aucune preuve, que toute contamination chez des étudiants serait dû au fait d’avoir assisté à un évènement festif, pour évacuer ses responsabilités. Pour donner un exemple, suite à la détection d’un cluster fin septembre à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine qui a entraîné la fermeture partielle de l’établissement, le directeur Arnaud Schwartz a déclaré que « Ce n’est pas un cluster lié à l’IJBA, car ce n’est pas l’établissement qui est en cause mais le comportement des élèves qui se sont regroupés dans différents lieux festifs  », allant même jusqu’à dire qu’il y aura «  de potentielles sanctions » en cas de récidive.
 

L’enseignement à distance, outil de la sélection sociale à l’université

Pour faire face à cette situation, même si le gouvernement s’est déresponsabilisé derrière le « principe d’autonomie » des universités ayant la liberté d’organiser cette rentrée Covid à leur manière, on retrouve un même scénario dans la plupart des universités et établissements de l’enseignement supérieur : enseignement à distance partiel ou total. Alors que le Ministère a déclaré sa volonté de ne pas appliquer une « fermeture des universités généralisée », en insistant sur « l’importance du présentiel et du lien social pour les étudiants », la généralisation de l’exception semble s’imposer dans lese universités. À Toulouse, l’Institut National des Sciences Appliquées a dû fermer ses portes mi-septembre suite à la contamination de 127 étudiants, même situation à Science Po Reims ou encore dans deux écoles d’ingénieurs à Strasbourg. Il est récurrent que là où des campagnes de dépistages exceptionnelles sont faites, des nouveaux clusters apparaissent et obligent de fermer les portes des établissements. Dans la quasi-totalité des universités les cours sont à moitié enseignés à distance, ce qui entraînera un basculement total en distanciel si la situation sanitaire s’avère critique.

A l’Université de Bordeaux, même si nous n’avons pas été témoin des images avec des amphithéâtres bondés comme dans d’autres universités, la logique reste la même que partout : aucun chiffre précis, enseignement à distance et appel à la « responsabilité individuelle ». La direction a même justifié de ne pas avoir embauché de personnel supplémentaire à cause du coût des caméras installées dans les salles pour l’enseignement à distance. Des investissements qui ne sont pas anodins et qui ouvre une potentielle pérennisation des cours en ligne. Dans l’immédiat, derrière l’enseignement à distance comme moyen principal et généralisé pour faire face à la crise sanitaire, se cache aussi une déresponsabilisation de la part des directions universitaires et du gouvernement de la crise structurelle qui traverse les université depuis plusieurs années, et qui de cursus en cursus sont dans l’incapacité d’accueillir les nouveaux étudiants, cela principalement par un manque de moyens, aggravé par la loi LPPR, et ce alors que le gouvernement a donné des centaines de milliards d’euros pour sauver les grandes entreprises. 

Le mode d’enseignement à distance créée un fossé entre les étudiants ayant les conditions pour suivre les cours à distance et ceux qui ne les ont pas, contribuant ainsi à aggraver les inégalités entre étudiants et facilitant de nombreux décrochages. Décrochages et inégalités qui se verront reflétés dans les partiels, excluant ainsi de nombreux étudiants, travaillant à côté ou étant issus de milieux populaires notamment. « La rentrée vient seulement de commencer et j’ai déjà l’impression de couler. Tous les cours en amphithéâtre sont à distance et les travaux dirigés ne se déroulent en présentiel qu’une semaine sur deux. […] Le cumul des journées de cours devant l’ordinateur avec mes obligations professionnelles et mes activités associatives n’a fait qu’augmenter mon stress », a déclaré pour Le Monde Nandi de 20 ans, étudiante en 3ème année à l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Le prétexte sanitaire est ainsi une aubaine pour pouvoir continuer à casser l’Université et rendre les établissements plus élitistes, uniquement ouverts à ce qui pourront bien s’en sortir dans ce contexte. 

Un campus aseptisé de vie étudiante et politique

A l’Université de Bordeaux, sur le campus de Victoire, l’organisation étudiante Onzième Thèse a lancé une campagne pour exiger un plan sanitaire à la hauteur pour permettre que les facs soient ouvertes à toutes et tous.

Une campagne menée face à une université réfractaire à toute forme d’organisation. Dès les premières discussions proposées par Onzième Thèse, la direction a essayé de nous mettre des bâtons dans les roues. Alors que tous les évènements respectaient l’entièreté des règles sanitaires en vigueur dans l’établissement, de nouvelles mesures nous sont décrétées quelques jours avant, demandant par exemple une liste de participants au dernier moment, alors que dans le cadre des mesures prises il était prévu de fournir une liste des participants post-évènement pour le traçage d’éventuel cas covid, ce qui est évidemment normal. Un moyen pour nous empêcher d’inviter davantage du monde et donc de nous organiser avec d’autres étudiants sur l’université. 

Depuis, on ne peut plus parler de réunion « publique » ou « ouverte », même en précisant qu’il faut s’inscrire pour y participer. On ne peut plus poser de stands d’informations et de discussions, sous prétexte que ce sont des « évènements debout », même en s’engagent à fournir du gel hydroalcoolique, à ne pas créer de regroupements, à tenir des distances de sécurité et à fournir une liste des personnes qui passerait par ce ‘stand’.

Avant le Covid, c’est d’une manière plus structurelle que la direction de l’Université pose un certain nombre d’interdictions, notamment celle d’organiser des Assemblées Générales publiques, comme précisé dans le document à remplir pour réserver une salle :

De fait, il faut nécessairement être une association déposée en préfecture et reconnue par l’Université pour organiser quoi que ce soit, ce qui est déjà un problème en soit. Et même lorsque les démarches sont faites dans « leur règle », on fait face à des obstructions, notamment pour obtenir un local associatif et ceux un an après la demande.

Cumulé, tout cela a donné avec le temps un campus vidé de toute vie étudiante et d’autant plus de vie politique. C’est aussi face à cette situation qu’Onzième Thèse cherche à remettre une certaine tradition politique à l’Université.

C’est aux étudiants et personnels de décider de leurs propres modalités d’étude et de travail

Dans cette situation, nous refusons que les facs soient des foyers de contamination du virus et que celui-ci soit un prétexte pour casser encore plus les universités, en réduisant le personnel, en imposant la sélection sociale et en interdisant tout type de contestation au sein de l’université. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas laisser dans les mains de la direction, ni des conseils qui ne représentent pas l’ensemble des étudiants et personnels de la fac, la prise de décisions concernant les modalités d’organisation de nos études et de travail, nous devons nous organiser pour mettre en place démocratiquement un protocole à la hauteur, pour que les locaux universitaires ne soient pas des foyers de contamination et pour que les universités restent ouvertes à tou.te.s les étudiant.e.s. Parce que dans ce contexte, où la santé et l’avenir de toutes et tous est en question, nous ne pouvons pas tolérer que les décisions soient prises en huis-clos et en toute opacité.

En ce sens, nous devons exiger la connaissance en toute transparence de l’état réel du virus dans les établissements, et en particulier le nombre de cas positifs par promotion, permettrait d’investiguer et de savoir précisément où et comment le virus se transmet, ce qui constitue le premier pas pour mettre en place une stratégie de gestion sanitaire efficace.

Dans un contexte de crise sanitaire exceptionnelle comme celui-ci, il est nécessaire de réorganiser les cours à l’université, en allégeant et aménageant les enseignements pour permettre à toutes et tous d’assister en cours en présentiel, tout en empêchant toute promiscuité entre étudiants. Il est aujourd’hui nécessaire de repenser les programmes universitaires pour permettre que les enseignements fondamentaux soient enseignés en présentiel à l’ensemble des étudiants et en toute sécurité.

Finalement , dans un contexte de crise économique historique où les annonces de plans de licenciements massifs se multiplient, il est indispensable de lier notre combat à celui des travailleurs qui aujourd’hui subissent dans un terrain différent, la même logique que les étudiants. Le prétexte du Covid-19 étant utilisé pour licencier de milliers de travailleurs et pour fermer les universités aux milieux populaires.




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