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Jeunesse

#MentalBreakup

Université de Paris. En médecine, « les partiels ont été la goutte qui a fait déborder le vase »

Le #mentalbreakup s'est répandu sur twitter après une matinée de partiels en présentiels désorganisée. 400 par amphis avec des tablettes qui ne fonctionnent pas, une fois de plus à l'Université de Paris la situation est insoutenable. Après un semestre à distance très compliqué la colère gronde dans les facs.

mercredi 6 janvier

Crédit : Association des Carabins Réunifiés de Paris

Janvier débarque et avec lui la déferlante des partiels. Mais cette année ils arrivent après un semestre de cours à distance, sur zoom, par podcast ou par envoie de pdf. Pour autant dans de nombreuses universités les partiels eux se tiennent en présentiel.

C’est le cas à l’Université de Paris, où plusieurs directions d’UFR ont fait le choix d’ouvrir les amphis pour y entasser des centaines d’élèves pour composer les partiels. Une situation dénoncée par les étudiants en médecine, Marc est en deuxième année de médecine à l’Université de Paris et témoigne auprès de Révolution Permanente : «  ils nous ont regroupé à 450 dans le hall, on a du attendre 20 minutes pour entrer dans les amphis. L’épreuve était programmée sur des tablettes, à l’heure à laquelle elle devait débuter, ça n’a pas marché. La moitié de ma salle ne pouvait pas y accéder, il y a eu tout un autre amphi où les gens n’ont rien pu faire. » Raphaël était sur un autre site et la situation était similaire «  on a attendu presque 45 min pour apprendre que l’épreuve était annulée, et du point de vue sanitaire on est sorti tous au même moment dans des couloirs étroits... ». Une situation qui a déclenché la colère : « Jusque là il y avait des plaintes mais là ça a explosé. » Ils ont alors lancé sur tweeter le #mentalbreakup qui est monté en top 1 et a vu passer près de 20 000 tweets.

Et si le # a eu autant d’écho c’est que cette année a été très compliquée. D’un point de vue scolaire les cours en distanciel ont été synonyme de dégradation importante des conditions de travail, de difficulté à avoir accès au cours et à des conditions correctes de concentration. Petits logements ou logements partagés, ordinateur vétuste et wifi intermittente ou inexistante autant de chose qui touchent les personnes les plus précaires et qui ont multiplié les cas de décrochage scolaire, le portant au chiffre alarmant de «  un jeune sur six [qui] a arrêté ses études  » d’après un rapport parlementaire cité par Les Echos. Plus largement le confinement et l’arrêt total du présentiel depuis des mois a participé à un isolement important dans la jeunesse et à une augmentation des personnes en état dépressif de plus 16 points chez les 18-24 ans et de plus 15 points chez les 25-34 ans selon une étude de Santé Publique France. Une situation que l’on retrouve à l’Université de Paris, Marc* étudiant en médecine témoigne auprès de Révolution Permanente : « je connais un étudiant de la fac qui a du aller a l’hôpital psychiatrique parce qu’il a fait une dépression. Je pense que la faculté a une grande part de responsabilité de cette dépression et sûrement dans beaucoup d’autres. »

Une situation rendue particulièrement difficile par le confinement mais avec des problèmes structurels qui pré-existaient. En effet à l’Université de Paris la rentrée -puis l’année- ont été rendues chaotiques par la mise en place du processus de fusion entre Paris Diderot (P7) et Paris Descartes (P5). Les problèmes d’inscriptions et les impossibilités d’accès à la plateforme moodle se sont succédés et la rentrée dans les filières de psychologie et de psychanalyse avait été repoussée de plusieurs semaines, conduisant aujourd’hui a une prolongation du semestre. Dans le master de préparation au CAPEPS dans l’UFR de STAPS c’est la filière entière qui suspendue par un manque de moyens et une suppressions de plus de 200 heures. En médecine de leur côté les étudiants dénoncent une situation insoutenable, Raphaël a redoublé et explique «  j’ai vu objectivement que le programme était deux fois plus conséquent. »

Face à la colère le doyen de la faculté de médecine a déclaré auprès de Libération : « ils ont tendance à tout prendre en note, mot pour mot, ce qui donne une quantité astronomique de papier ». Une réponse pour le moins ridicule, Raphaël ajoute : « C’est simple le nombre de pages est deux fois plus conséquent que l’an dernier, il n’y a aucune raison que notre promo prennent deux fois plus de notes, on a juste une charge de travail plus importante ».

Et pendant que la direction de l’université poursuit le processus de fusion, promettant coupures budgétaires et condition d’étude dégradées, elle choisit de communiquer sur la santé mentale des étudiants.

Une position des plus hypocrites quand on sait que ce sont eux qui organisent la dégradation de ces conditions d’études. Marc le souligne dans ces termes : « la fac ne se remet jamais en question, ne s’excuse pas. Le mieux qu’on ait eu c’est "courage dans ces temps difficiles " comme si c’était pas de leur faute. Comme si c’était le virus qui faisait tout ça. Alors même qu’ils sont obligés de nous envoyer trois mails par jour pour démentir le précédent. » C’est eux également qui font le choix de maintenir les partiels malgré une situation de pandémie et les conséquences de sa gestion sur l’ensemble des étudiant.e.s. Une fois de plus ils font passer la « valeur du diplôme » et les examens avant tout autre chose. Avec des partiels dans ces conditions ce qui s’annonce c’est une sélection renforcée où les plus précaires seront les premières victimes.

Alors que les blocages se multiplient contre des partiels en présentiel qui mettent la vie des étudiant.e.s en danger et que la colère gronde partout ailleurs il est nécessaire d’exiger que le semestre soit validé sur la base d’un 10 améliorable. Il faut également exiger la fin de la sélection à l’entrée des licences et des masters. Et après des mois passés à faire des cours sur zoom depuis des chambres exigües nous devons exiger la réouverture des facs, avec un plan sanitaire à la hauteur de la situation : pour que nous puissions étudier sans mettre nos vies en danger.




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