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Politique

Islamophobie et violences policières

VIDEO. Une femme voilée arrêtée et agressée par la police, son chien abattu par un coup de feu

Vendredi soir, dans une rue de l’île Saint Denis, une arrestation dégénère. Une femme voilée se voit ainsi arrêtée, agressée par les forces de l'ordre, qui finissent, par tirer sur son chien. Un nouvel exemple écœurant de violence policière, baignée d'islamophobie.

lundi 21 octobre

Ce vendredi soir, une automobiliste accusée de rouler trop vite, est arrêtée. Très vite, l’échange entre la personne au volant, une femme portant le voile, et les policiers dégénère. Sur une vidéo amateur de la scène, on entend une voie de femme crier, demander aux policiers d’arrêter, tandis qu’une autre voie hurle « Lâchez-la », devant la violence des policiers. Une version évidemment démentie contre toute vraisemblance par la préfecture de police dans un communiqué déclarant : « Elle a refusé le contrôle et a insulté les policiers, elle a proféré des paroles faisant l’apologie du terrorisme, puis incité les passants à l’émeute ».

Quelques secondes plus tard, on voit un chien, celui de l’automobiliste, s’avancer vers les policiers, stoppé net en route par...un tir ! C’est ainsi sans cérémonie que cette femme, au beau milieu de son agression par les forces de l’ordre, voit son chien tué sous ses yeux ! Un acte d’une grande violence, qui montre tant la promptitude des forces de l’ordre à tirer à la moindre occasion (sur un chien, à défaut de ne pas pouvoir tirer sur sa maîtresse ?), que leur cruauté envers cette femme, leur violence tant physique que psychologique. On remarque là encore, dans la justification de ce tir, le mensonge évident de la version des forces de l’ordre, prétendant que le chien était agressif, dangereux, alors même qu’il n’était même pas arrivé à leur hauteur.

Si l’on a pas encore pu avoir le récit de la femme agressée puis placée en garde à vue, la version de la police n’a ainsi d’ores et déjà aucune crédibilité, au regard des réactions des témoins, y compris celle qui a filmé la scène. Un bandeau au bas de l’image porte en effet le commentaire « Tout ça pour un voile », très explicite sur le déroulement et les raisons de cette arrestation très violente, dont les rues de Saint Denis ne sont que trop coutumières.

Les violence policière, incarnation des idées réactionnaires en toute impunité

Le communiqué de la Préfecture de police, repris comme faisant foi pour expliquer la situation par certains médias tels que le Parisien n’a rien d’étonnant. Après les bien trop nombreuses morts causées par les forces de l’ordre, celle d’Adama Traoré suite à une arrestation, pour laquelle justice et vérité n’ont toujours été obtenues, ainsi que celle d’Ibrahima, ou encore le viol de Théo par des policiers, les grands médias sont un outil clé pour tenter de justifier l’inacceptable et ainsi relayer les justifications indécentes des violences policières de la part de ceux qui les commettent, qui répriment, agressent, violent et tuent.

Dans ce sens, la justification, voire même la félicitation de cette intervention que fait Grégory Goupil, du syndicat Alliance 93, félicitant ces « fonctionnaires qui ont très bien réagi, avec sang-froid » et allant jusqu’à dire qu’« il n’y a pas eu de dommages collatéraux, avec un seul tir" », ne montre que trop bien, en plus de la violence des forces de l’ordre, l’idéologie profondément réactionnaire qui la motive en toute impunité. De la part de ce syndicat policier d’extrême droite qui s’est fait remarquer ces derniers mois pour son appel à manifester pour des sanction exemplaires envers un Gilet Jaune, pour être à l’initiative d’arrestations de journalistes, ou encore pour avoir participé à la « Marche de la colère », qui a vu les policiers se moquer et revendiquer les Gilets jaunes mutilés par leurs armes, rien, là encore, qui ne devrait nous surprendre. Cet événement, et sa justification par les organisations policière, n’est qu’un exemple de plus de la réalité de ce qu’est la police : bras armé du gouvernement, au service de ses politiques les plus réactionnaires, et donc pire ennemie des classe populaires.

Une agression qui fait beaucoup de bruit dans le contexte politique d’offensive islamophobe de la part du gouvernement

Dans le climat social qui agite le pays depuis quelques mois, où, face à la multitude des mouvements sociaux dans la rue cette dernière année, la répression a été extrêmement violente et massive, doublé ces derniers jours de la remise sur le devant de la scène des débats sur l’islamophobie à travers la question du port du voile, l’écho qu’a eu cette arrestation n’a rien d’anodin. Et cet écho a été de taille : retweetée plus de 28000 fois, et avec près d’un million de visionnages !

Si ce nouveau cas de violence policière envers une femme voilée, dans un contexte d’offensive islamophobe de la part du gouvernement, sous couvert de lutte contre le terrorisme, incarne les idées les plus réactionnaires, c’est aussi le caractère hautement polémique d’un tel discours et de tels actes que montre la portée de cette vidéo. Cette agression vient ainsi s’ajouter en seulement quelques jours, aux humiliations devant leurs enfants de mères portant le voile lors de sorties scolaires dans une caserne, ou encore au Conseil régional, avec cette mère de famille agressée par un député RN, événements qui, à juste titre, ont aussi beaucoup révolté et fait parler.

Mais, cette mise sur le devant de la scène médiatique et politique de la question du port du voile, et la déferlante islamophobe qui l’accompagne, est, au-delà d’une violence supplémentaire, une tentative désespérée de division pour un gouvernement aussi en difficulté que l’est celui d’Emmanuel Macron, après presque un an du mouvement des Gilets jaunes, et alors que l’ensemble du mouvement social fait un grand retour dans la rue, avec la promesse d’une grande grève le 5 décembre. On voit dans ces violences toute la responsabilité et le jeu du gouvernement, encourageant la division parmi les secteurs exploités et opprimés de la société, criminalisant les musulmans d’une manière qui va jusqu’à tirer à balles réelles lors d’une simple arrestation pour excès de vitesse, pour faire oublier que le grand ennemi des classes populaires, c’est lui, ses politiques antisociales, islamophobes, racistes, et sa police.




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