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Politique

Polémique abjecte

Vague islamophobe après la libération de l’ex-otage française Sophie Pétronin au Mali

Après sa libération, Pétronin a dit être musulmane, déclenchant une vague d’indignation à l'extrême droite. Une polémique qui révèle l’avancée de l’islamophobie en France, dans le sillage de la politique menée par le gouvernement avec la "loi séparatisme".

vendredi 9 octobre

Ce jeudi Sophie Pétronin ainsi que deux citoyens italiens, Nicola Chiacchio et Pier Luigi Maccalli, et l’homme politique malien Soumaïla Cissé, ont retrouvé leur liberté après avoir été otages du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaeda. Sophie Pétronin, 75 ans, était la dernière otage française dans le monde et elle a passé quatre ans entre les mains du groupe islamiste. Les images qui ont circulé sur internet montrant le moment de sa rencontre avec son fils, témoignent de cette dure situation qu’elle a traversée. Vendredi elle atterrissait à Paris et était reçue par le président Emmanuel Macron et le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves Le Drian.

Cependant, en France la polémique enflait déjà la toile, notamment du côté de l’extrême-droite. La raison ? Sophie Pétronin avait déclaré la veille qu’elle allait prier pour le Mali, « implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane », avant de poursuivre « vous dites Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous ». Et cerise sur la gâteau : « je vais aller en France, en Suisse et après je vais revenir voir un peu ce qu’il se passe ici [au Mali] ». Il n’en fallait pas plus pour rendre fous tous les « patriotes » islamophobes.

« On apprend que l’otage qui vient d’être libéré contre 200 djihadistes qui iront tuer nos militaires s’est converti à l’islam et veut retourner au #Mali : comme ça, une fois là-bas, il ne reste plus aux djihadistes qu’à la reprendre comme otage ! La bonne affaire ! », tweetait ainsi l’ignoble Gilbert Collard.

« On a libéré 200 criminels jihadistes qui vont repartir tirer sur nos soldats et dépensé 10 millions pour elle mais elle se convertie à l’Islam et veut retourner au #Mali... RENDEZ #SOPHIEPETRONIN À SES RAVISSEURS ! », postait encore l’imprésentable Damien Rieu.

Plus fine et sournoise, Marine Le Pen écrivait également sur Twitter : « Nos soldats combattent au Mali depuis de longues années. Certains de leurs camarades sont morts au combat. Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos Armées déjà durement éprouvées ».

Voilà les courageux « patriotes » déversant toute leur haine antimusulmane et exhibant leur immonde « idéologie ». Une dame de 75 ans qui vient de passer quatre ans en otage se retrouve soudainement harcelée par des hordes de racistes pour le simple fait de dire qu’elle est musulmane et vouloir retourner dans le pays où elle habitait depuis 2001 et où elle menait des activités humanitaires en direction des enfants au moins depuis 2004.

Une attitude pathétique de la part de ces islamophobes notoires. Mais pas surprenante. Elle révèle en même temps la montée de l’islamophobie décomplexée en France depuis quelques années, alimentée et attisée par tous les gouvernements, y compris l’actuel. D’ailleurs, une preuve de cette haine raciste envers les musulmans c’est qu’en même temps que Sophie Pétronin, un prêtre italien a été libéré, sans que cela pose problème à personne.

Pour sa part le gouvernement français, propagateur quotidien de l’islamophobie et du racisme d’Etat, se félicite de cette libération et a félicité le gouvernement malien issu du coup d’Etat du 18 août dernier. D’ailleurs, il est très probable que les nouveaux dirigeants du Mali soient en train d’essayer de s’acheter les faveurs des puissances impérialistes, notamment la France, à travers cette libération. C’est pour cela sans doute qu’ils ont accepté de libérer plusieurs prisonniers, dont on suspecte qu’ils sont des combattants islamistes, afin d’obtenir la libération des otages européens et notamment de Soumaïla Cissé, homme politique important au Mali.

Quel que soit le calcul politique derrière, il est évident que les autorités maliennes et françaises ne s’attendaient pas à une telle polémique autour de l’une des otages. Pour les travailleurs et les classes populaires en France il reste à dénoncer et à condamner ce harcèlement raciste contre Pétronin.




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