Politique

Edito

22, 24 et 31, semaine chargée. Hollande et Valls vont-ils se prendre une bûche ?

Publié le 21 mars 2016

Lourde semaine pour le gouvernement et pour tous ces pauvres policiers, déjà surchargés de travail avec Vigipirate, qui vont devoir courir d’une manif à l’autre. 22, puis 24 et, en ligne de mire, le 31 mars : les dates se rapprochent et pourraient bien nous permettre d’infliger une défaite à ce gouvernement si nous nous en donnons les moyens, tous ensembles, étudiants, jeunes et salariés. A commencer par les équipes syndicales combatives et d’extrême gauche.

Jean-Patrick Clech

49.3 enterré

Manuel Valls et sa ministre font moins les fiers que la semaine passée. Visiblement, soit les explications étaient mal ficelées, soit les salariés et les jeunes sont trop bornés pour entendre raison. Une chose et sûre : mis à part Laurent Berger et les hautes instances de la CFDT, personne n’est tombé dans le panneau de la « nouvelle mouture du projet de loi ». Après avoir promis le 49.3, voilà donc le gouvernement contraint à devoir changer de stratégie et à combiner la carotte et le bâton.

1,2%

La carotte, on l’aura compris, c’est les 1,2% d’augmentation du point d’indice des fonctionnaires. La ficelle est tellement grosse que personne n’a réussi à cacher qu’il s’agissait, pour le gouvernement, d’éviter une jonction entre le public, le privé et les jeunes, dans la contestation de la Loi El Khomri. Manque de chance, même pour des travailleurs dont le calcul du salaire est gelé depuis six ans, 1,2% sont perçus comme une aumône ou, au mieux, comme le fruit de la lutte en cours. D’où l’envie de manifester le 22, et plus encore le 24 mars, même si dans un premier temps les directions syndicales, CFDT et FSU en tête, disaient que « 1,2%, c’est toujours mieux que rien ».

5 universités bouclées

Le bâton, c’est l’ordre qui a été donné à certains présidents d’université de fermer les facs, d’inviter les CRS à violer les franchises universitaires, à expulser les trublions qui voudraient y faire des AG, à multiplier, en marge des manifs, les provocations pour que les jeunes répliquent. On essaye d’isoler une partie de la jeunesse en la radicalisant dans des affrontements, pour mieux la montrer du doigt. Là encore, cette stratégie de la tension, fort dangereuse et dont le gouvernement seul est comptable s’il devait y avoir débordement, ne passe pas. Pas plus que l’arrestation d’Abdeslam, à 200 mètres de chez lui, pour raviver la mémoire des attentats. Les étudiants ont, dans la tête, leurs AG. Les lycéens, qui ont fait leur grande entrée le 17, pensent à leur semaine, qui va être mouvementée. Les fonctionnaires ont la date du 22 et tout le monde pense au 24 et, bien entendu, au 31. Mais pour le gouvernement se prenne vraiment les pieds dans le tapis, et que toutes ces dates ne soient pas un simple saute-mouton, il faut une stratégie.

Le 24, c’est déjà le 31

Ici et là, on lit des communiqués d’UL, d’UD, de syndicats de branche ou par entreprise, qui appellent au 24 et au 31. La meilleure façon de réussir le 31 mars, dont tout le monde parle, c’est en faisant que le 24 soit une journée massive de grève. La jeunesse, seule, ne peut pas la faire pour les salariés et il n’y aura pas, pour un projet aussi central que la Loi Travail, de grève par procuration si l’on veut faire reculer le gouvernement.

Localement, certains contacts ont été renoués, hérités des interpros de 2010. Ailleurs, on a appris à se connaître ces dernières semaines. C’est bien en coordonnant localement la grève du 24 que l’on réussira à informer et massifier le mouvement, en essayant, partout où c’est possible, d’opérer ce tous ensemble entre étudiants, jeunes et salariés. C’est ce qu’exprime, d’abord localement, une AG interpro.

Pour indiquer combien les enjeux se situent au-delà des structures et des affiliations syndicales, partout où cela est possible, il faut des cortèges unitaires, par branche ou par localité, comme le font les étudiants. Une façon également pour convaincre les plus réticents à entrer dans le mouvement. Si ça nous concerne tous, c’est bien pour cela qu’il faut tous descendre dans la rue, sans distinction.

De cette façon, en multipliant les adresses en directions d’autres collègues, d’autres salariés, d’autres boites à partir du 24, on pourra continuer à militer efficacement pour la grève du 31, tout au long des sept jours qui séparent les deux échéances.

Et le 32 mars, on fait quoi ?

Les directions syndicales continuent à entretenir une certaine ambiguïté par rapport au caractère de la journée du 31, sans même parler de ce qui devrait se faire ensuite. Plus nous aurons été nombreux le 24, plus des AG par boite, entreprise, administration, voire des AG interpro locales, seront en capacité d’exiger de nos directions que l’appel du 31 soit clair : journée de grève interprofessionnelle dans la durée, donc reconduite après le 31, jusqu’au retrait pur et simple du projet de loi.

Il n’y a pas que les militants à avoir des fourmis dans les jambes. Partout, le ras-le-bol contre la loi, la colère contre le gouvernement et l’adhésion à la perspective de la grève montent. A notre charge de structurer la semaine de façon à ce que, dès le 24, la question du prolongement du mouvement, par delà le 31, soit posée comme la seule perspective (avec une victoire possible à la clef) pour faire trébucher et reculer ce gouvernement.