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Qui soutient le terrorisme ?

Crise dans le Golfe : le front anti-Qatar recule et essaye de ne pas perdre la face

Après l’offensive anti-qatarie qui avait débuté le 4 juin dans péninsule arabique, Doha avait résisté face à ses adversaires, refusant de satisfaire leurs demandes. Après de nombreux efforts européens et américains, et à la faveur de publications de données compromettantes, la coalition contre le Qatar semble plus mal en point que jamais.

L’échec de l’offensive saoudienne et émiratie contre le Qatar

Début juin, une dizaine de pays du Golfe persique avaient rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, prenant le prétexte de prétendues déclarations attribuées à l’émir Tamim Bin Hamad al-Thani. Quelques heures plus tôt, un piratage informatique avait en effet falsifié des déclarations de l’émir du Qatar, dans lesquelles l’émir déclarait soutenir certains groupes terroristes. Alors que les Etats-Unis venaient de signer d’énormes contrats d’armements avec l’Arabie Saoudite et qu’ils avaient renouvelé leur soutien inconditionnel aux Saoudiens contre l’Iran, une coalition composée de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis (EAU), du Bahrein, du Yemen et de l’Egypte a voulu faire rentrer le Qatar dans le rang. Ce qui lui était surtout reproché était sa proximité avec l’Iran, ennemi historique de l’Arabie Saoudite dans la région. Quinze jours plus tard, la coalition adressait à l’émirat gazier une liste de 13 exigences particulièrement drastiques, comprenant la fermeture d’Al Jazeera, la fermeture d’une base turque, des reculs sur les relations avec l’Iran, l’arrêt de tout soutien à des groupes terroristes ainsi que des « réparations » à payer. Cependant, à la faveur du soutien américain et européen au Qatar ainsi que de révélations sur les agissements de la coalition, celle-ci semble avoir perdu le bras de fer avec Doha, duquel elle essaye maintenant de sortir la tête haute. C’est pourquoi des 13 « exigences » de mi-juin, la coalition ne demande plus que l’adoption de 6 « principes » beaucoup plus facilement acceptables par le Qatar : plus de fermeture d’Al Jazeera ni de réparations à payer, seulement des engagements dans la lutte anti-terroriste.

Des révélations de la presse qui mettent à mal le Front anti-Qatar

Ce bras de fer contre le Qatar s’est déclaré de façon particulièrement inattendu, si bien qu’il a surpris toute la diplomatie occidentale. Cependant, il semblerait que derrière les déclarations falsifiées de l’émir du Qatar se cache une manœuvre des Emirats Arabes Unis. En effet, le Washington Post a publié le 16 juillet une enquête mettant en lumière la responsabilité de la diplomatie émiratie dans la cyber-attaque contre le Qatar. Bien que démentie par les EAU, le journal américain base ses renseignements sur des déclarations des renseignements américains qui semblent particulièrement plausibles. Ces révélations ont mis la coalition particulièrement à la défensive, allant dans le sens d’une sortie du conflit avec un statu quo ante bellum qui serait évidemment une victoire pour le Qatar.

Le second problème pour l’Arabie Saoudite est la récente publication d’une enquête menée par le JDD qui affirme que la grande majorité des armes utilisées par Daech abandonnées sur les champs de batailles ont été achetées et ont transité par l’Arabie Saoudite. En effet, l’étude des numéros de séries des armes et des munitions aurait permis à des organisations de surveillance des flux d’armement de déterminer leur parcours, de leur fabrication en Europe de l’Est jusqu’aux champs de batailles de Syrie et d’Irak, en passant par le financement Saoudiens. Ainsi, alors que Riyad ne commandait en 2013 que 1,2 millions d’euros d’armement, ce chiffre est monté à 85 millions en 2014 et 92 millions en 2015, alors que la défense Saoudienne ne s’arme pas dans ces pays. La responsabilité de certains responsables Saoudiens rend quelque peu bancale l’accusation que le pays mène contre le Qatar de « soutenir » le terrorisme, même si des intermédiaires qataris sont aussi en jeu.

Doha soutenu fermement par ses alliés

Au delà de ces révélations de presse, c’est surtout la politique menée par les USA et par l’Union européenne qui a permis de faire baisser la tension dans le Golfe. En effet, après la visite de Trump, où celui ci avait laissé croire qu’il approuvait l’attaque contre le Qatar, alors que 10 000 soldats américains y sont stationnés, Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine, s’est rendu au Qatar pour tenter de trouver une désescalade, sous la forme d’un traité de coopération anti-terroriste, un traité jugé insuffisant par Riyad mais qui a permis de poser une voie d’issue. Ce jeudi 20 juillet, le gouvernement qatari a en outre annoncé avoir amendé ses lois anti-terroristes, notamment en définissant plus précisément les notions de « terroristes, des crimes et entités terroristes ainsi que du financement du terrorisme ».

Dans le même temps, alors que l’ultimatum adressé au Qatar demandait la fermeture d’une base militaire turque dans l’émirat, Erdogan a au contraire renforcé ses effectif dans la dite base. Finalement, une visite de Federica Mogherini, la cheffe de la diplomatie de l’Union Européenne, est prévue ce week-end au Koweït, pays chargé « d’arbitrer » le conflit entre le Qatar et ses voisins. Si les européens ont été jusqu’ici assez silencieux, c’est surtout parce que l’Arabie Saoudite, les EAU et le Qatar sont des partenaires de tous ces pays : contrats industriels, bases militaires et investissements de pétrodollars en Europe font que c’est le statu quo qui est préféré par les Européens aujourd’hui.

Crédits photos : REUTERS/Fadi Al-Assaad




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