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Monde

Contre l’Europe des barbelés et l’Europe du capital

Entre Orban, Salvini et Macron, faut-il vraiment choisir ?

C’était bel et bien la lie de l’extrême droite européenne qui était réunie, mardi soir, à Milan. Avec un léger détail : Matteo Salvini, de la Ligue, et Viktor Orban, de Fidesz, sont au pouvoir, en Italie et en Hongrie. Une situation qui aurait semblé improbable il y a une dizaine d’années encore. Ils ont donc vomi devant les journalistes réunis pour l’occasion une longue litanie xénophobe et raciste, prenant à partie Emmanuel Macron, qualifié de « chef des partis promigrants ». Depuis Copenhague, où il est en déplacement, Macron leur a répondu, en substance, que l’alternative, c’était entre eux, les « nationalistes », et son camp à lui, celui des « progressistes ». Vraiment ?

Crédits illustration : Regards.fr

Tout un programme : c’est à la Préfecture, le siège des flics, à Milan, que Salvini, ministre de l’Intérieur et homme-fort du gouvernement italien, a décidé de recevoir le Premier-ministre hongrois, Orban, pour ce qui ressemble fort au lancement de la campagne pour les élections européennes de mai 2019. Peu importe que les deux hommes ne soient pas raccord sur tout ou que l’Italie ne fasse pas partie du groupe Visegard (des pays est-européens les plus réfractaires aux directives de Bruxelles en matière migratoire) : ils sont d’accord sur l’essentiel, à savoir tirer à boulet rouge sur les migrants, les réfugiés, les étrangers, considérés comme la plaie des nations et des peuples. L’objectif des deux hommes est de hérisser des murs de barbelés aux frontières terrestres ou de fermer les ports aux migrants.

Peu importe, par ailleurs, si le « problème des réfugiés » est absolument inexistant en Hongrie et que la question soit purement instrumentalisée par Orban sur fond de racisme et d’islamophobie à finalités électorales. Peu importe également, pour les deux hommes, que ces mêmes migrants ou étrangers soient absolument essentiels pour le patronat du Piémont, de Lombardie et de Vénétie, les fiefs de Salvini, où ils constituent une partie fondamentale de la main d’œuvre industrielle et la majeure partie des travailleurs agricoles saisonniers dans le Sud du pays. L’idée des deux nazillons, c’est avant tout de trouver des boucs-émissaires responsables du fait qu’il n’y aurait, selon Orban plus de « droit au travail, à la santé et à la sécurité » pour les « vrais » Européens. Mais également de trouver des « complices » de ces migrants, qui seraient la Fondation Soros et le gouvernement Macron. Comme d’habitude, chez Orban, xénophobie et antisémitisme, critique du mondialisme et du « cosmopolitisme » sont toujours mêlés, comme dans les années Trente. Salvini, qui pour l’occasion, s’était épinglé le vieux badge de la Ligue du Nord à la boutonnière de sa veste, opinait du chef.

Par médias interposés, Macron leur a répondu, mercredi, en se posant comme chef-de-file des « progressistes » contre les « nationalistes » et comme principal rempart contre les populistes de droite. Il serait assez cocasse, si tout cela n’était tragique, de constater comment c’est sur la peau des migrants et, plus largement, des travailleurs « étrangers », que règlent leurs compte, à grand coup de démagogie, les partisans de l’Europe forteresse à la Macron et les partisans de l’Europe des barbelés à la Salvini-Orban, entre les partisans de l’Europe du grand capital coordonnée par Bruxelles prônée par l’ancien banquier et l’Europe des capitalistes nationaux défendue, plus ou moins ouvertement, par Salvini, Paolo Savona, le ministre des Affaires européennes italien, et par Orban.

Le chantage de Macron, qui consiste à dire qu’il y aurait d’un côté la « démocratie » et les valeurs universelles et, de l’autre, la xénophobie et les nationalismes, reprend le chantage « républicain » du second tour des présidentielles du printemps 2017 qui l’a opposé à Marine Le Pen. Sur la question des migrants, comme pour les européennes, il n’y a pas à choisir entre Macron, Salvini, Orban ou leur amie française, Marine Le Pen. Il faut défendre, à l’inverse, une alternative des travailleurs et de la jeunesse et réellement internationaliste, qui défende la seule solution qui soit face à l’austérité bruxelloise et au repli national (qu’il soit très marqué à droite ou soi-disant de gauche), à savoir une alternative anticapitaliste et révolutionnaire pour une Europe des travailleurs et des peuples, les Etats-Unis socialistes d’Europe.

Dans la rue, à Milan, ce sont 15.000 personnes, des jeunes, des travailleurs et des militants qui ont dit leur opposition à la peste brune, ce mercredi. Contre le venin raciste et le rouleau-compresseur libéral-macronien, qui lui ouvre la voie, c’est dans la perspective d’une mobilisation d’ensemble qu’il faut travailler, pour les européennes, et au-delà.




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