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Jeunesse

Enseignement supérieur et recherche

Le bilan de Hollande sur les facs : une catastrophe qui va se poursuivre

Après 5 ans à la tête du pays, quel bilan pour le gouvernement Hollande dans l’enseignement supérieur et la recherche ? Dans les documents officiels, le gouvernement semble satisfait de son bilan, en notant des augmentations de budget, de personnel, des formations plus performantes… Mais la réalité est tout autre.

Crédit Photo : DR

Moins d’enseignants pour plus d’étudiants, comment être satisfait ?

Nous le savons, chaque année depuis le début des années 2000, il y a de plus en plus d’étudiants souhaitant intégrer des cursus dans l’enseignement supérieur. En 2016, on en comptait 2 596 800, soit 86 800 supplémentaires comparé à la rentrée 2015. Ces augmentations annuelles sont bien connues et depuis des années rien n’est fait pour répondre à cela. Les amphithéâtres débordent, les conditions d’étude sont mauvaises. De plus, même si certains postes ont été ouverts, c’est toujours largement insuffisant au vu de l’augmentation des effectifs. Depuis 2012, on est passé de 3062 postes à pourvoir (dont 2398 réellement recrutés) à 2176 à pourvoir (dont 2037 réellement recrutés) en 2015. On voit la diminution des ouvertures de poste, avec un taux de postes publiés ayant donné suite à un recrutement toujours insuffisant. En 2017 alors que le gouvernement annonce entre 75 et 80 % pour ce taux, Jean-Loup Salzmann, qui préside la Conférence des Présidents d’université, parle lui de 60 %.

Le gouvernement, qui revendique une augmentation de 1000 emplois par an dans ce secteur, donne donc des chiffres que l’on ne peut vérifier, car ses embauches sont prévues grâce à des subventions données sans consigne précise sur l’utilisation concrète, « autonomie des universités » oblige. On n’a donc aucune garantie que les universités utilisent cet argent pour renforcer leurs effectifs.
On a eu un exemple cette année du ras-le-bol causé par le manque de moyens, avec la lutte du personnel enseignant, administratif et des étudiants de psychologie à l’université du Mirail, qui ont d’ailleurs gagné (en bonne partie) leur lutte !

Une généralisation de la sélection

Que ce soit en première année ou en master, les universités sont aujourd’hui de plus en plus sélectives : voilà l’unique réponse du système éducatif à l’augmentation du nombre d’étudiants. APB, l’outil internet par lequel doit passer chaque bachelier pour obtenir une place dans l’enseignement supérieur, est devenu peu a peu un canal de tri, en fixant tout d’abord des « capacités d’accueil », ou bien en demandant des dossiers, entretiens, etc. De plus, c’est maintenant le tirage au sort qui départage de manière ridicule les étudiants, après plusieurs autres critères discriminants (géographique, ordre des vœux). D’après l’UNEF, en 2015, 76 % des universités avaient instaurés la sélection en licence à travers ces processus. Ces pratiques sont illégales, la loi stipulant que chaque bachelier doit avoir accès à l’université de son choix. Le gouvernement Hollande a d’ailleurs réalisé une dernière tentative de légalisation du tirage au sort afin de bien clore ce quinquennat rétrograde pour la jeunesse.
Concrètement, cela a donné, chaque année, des milliers de ‘’sans facs’’, privés d’une université et donc de la possibilité d’étudier dans la filière de leur choix.

L’université au service des intérêts privés

Enfin, on a également vu sous ce quinquennat la composition des Conseils d’Administration (les instances dirigeantes des universités) évoluer, avec de plus en plus de représentants d’entreprise, venu de la banque, des assurances, etc. Avec comme argument la volonté de « s’adapter au tissu industriel local ». Un exemple flagrant s’est déroulé à l’université d’Aix Marseille, où EDF, qui possède un siège au CA, a conduit à l’ouverture de deux masters spécialement dédié au nucléaire.

Cette situation est rendue possible par les processus de fusion que connaissent de nombreuses universités en France aujourd’hui,
qui constituent de toute manière un plan mis en place depuis les lois LRU et Fioraso. On se rappelle ce que disait à cette époque Valérie Pécresse, alors Ministre de l’ESR, sur l’autonomie des universités et la fusion des établissements, qui avaient selon elle pour objectif de « reconstruire ce que Mai 68 a cassé ».

Conséquence directe de ces réformes, les universités sont aujourd’hui toujours plus obligées de se tourner vers des financements extérieurs. Les dotations budgétaires de l’Etat sont en effet structurellement insuffisantes. Et s’il existe bel et bien des possibilités de rallonges, ce sont des carottes attribués aux universités « méritantes » c’est à dire celles qui fusionnent, sélectionnent, suppriment les filières jugées non rentables et s’adaptent au bassin économique local. L’un des financements contractuels le plus central dans cette logique est l’IDEX qui a permis au gouvernement d’orienter les politiques de l’ESR à sa guise.

Dès la rentrée prochaine : ne plus s’adapter aux réformes, lutter

On a donc vu sous ce quinquennat s’approfondir les conséquences des lois d’application, en France, du processus de Bologne, abandonnant les universités à elles-mêmes et causant les dégâts que l’on connaît aujourd’hui. Mais il faut savoir que ça ne fait que commencer : à voir le programme de Macron pour l’enseignement supérieur, la situation ne risque pas de s’améliorer.

Sous Hollande, la résistance étudiante a connu un paradoxe : elle s’est exprimée très fortement contre la loi Travail, tandis que l’assassinat de Rémi Fraisse, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou encore l’état d’urgence (et, pour les lycéens, les expulsions, par exemple), suscitaient une importante politisation. Mais en ce qui concerne les réformes universitaires elles-mêmes, elles ont pu être appliquées sans grande réaction. Sans doute la défaite face à la LRU en 2007 et 2008-9 pesait-elle encore lourdement. Ce à quoi il faut ajouter la trahison sans fard de l’UNEF en 2013, qui non seulement n’a pas combattu, mais a même appuyé la loi Fioraso, et ne s’est pas opposée aux budgets d’austérité « socialistes »...un autre élément du bilan de ce quinquennat sur les universités. Face à Macron, c’est au contraire dès maintenant qu’il faut nous préparer à résister, en s’appuyant sur les nombreux étudiants et étudiantes qui ont fait une expérience de lutte en 2016, en informant sur les réformes qui viennent et en incitant largement à se mobiliser.




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