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3ème tour social

Macron et les centrales syndicales : tour de chauffe avant le bras de fer ?

Source photo Patrick Hertzog / AFP Emmanuel Macron, élu Président de la République il y a peu, promet un quinquennat musclé en attaques sociales. Tandis qu’à Paris, une manifestation a réuni plus de 5000 personnes à l’appel du Front social, contre « le candidat des patrons », les ténors des centrales syndicales commencent à hausser le ton.

Alors qu’Emmanuel Macron a été élu sans grande légitimité, quand on regarde le nombre d’abstention ou de votes blancs qui réalisent un score record depuis 1969 malgré une pression au Front Républicain, celui-ci ne se montre pas prêt à revenir sur ce qui a fait l’esprit de son programme : le libéralisme décomplexé et sa volonté de revenir sur ce qu’il reste des acquis sociaux des travailleurs, à commencer par le code du travail. Le candidat élu promet de s’y attaquer dès cet été, et par ordonnances, une pratique de la Vème République qui permet de légiférer sans passer par l’Assemblée.
Jean-Claude Mailly et Philippe Martinez, les deux secrétaires généraux des centrales syndicales FO et CGT, ont tous deux pris position dans la presse à la suite de l’élection d’Emmanuel Macron. Le numéro 1 de FO a prévenu lundi qu’ « il y aura problème » si le président élu Emmanuel Macron persiste dans cette voix : « Je ne vois pas quelle est l’organisation syndicale, quelle qu’elle soit aujourd’hui, sans parler du fond, qui peut accepter que ça passe à la schlague avec des ordonnances » a-t-il encore déclaré. Il a également demandé aux cadres de Force Ouvrière de ne pas réserver de vacances qui ne soient pas remboursables, pour se tenir « prêts à réagir » même pendant l’été. Martinez va jusqu’à invoquer le printemps dernier en guise de menaces : « Il veut aller vite, très vite en utilisant des ordonnances. Mais son système, c’est comme le 49.3. Il ne se souvient pas de notre réponse à la loi travail ? Il n’a pas de mémoire ? ».
La semaine dernière, le ton était déjà monté entre le numéro 1 de la CGT et Emmanuel Macron, après que ce dernier ait été interpellé par des syndicalistes CGT qui menaçaient de le « chasser par ordonnances ». Le candidat, qui n’était pas encore élu, avait déclaré d’un ton qui prouve une fois de plus tout son mépris à l’égard des travailleurs et de leurs organisations : « ce n’est pas la CGT qui est au deuxième tour de la présidentielle, ce n’est pas la CGT qui va présider le pays ».
Des menaces qui manquent cependant de détermination, comparativement au plan de bataille du nouveau président. Quand on entend parler Mailly (FO), on voit que le logiciel des directions syndicales reste celui du « dialogue social », au point où le dirigeant de Force Ouvrière s’improvise conseiller du président pour faire passer ses reculs sociaux : « pas trop de précipitation. Il faut avancer sans heurter » préconise-t-il au nouveau président. Les représentants des centrales syndicales accordent ainsi beaucoup de confiance à ce que pourrait être la rencontre qui est prévue entre les syndicats et le futur gouvernement. Interrogé au sujet de sa non-participation à la manifestation qui a réunie plus de 5 000 personnes à Paris au lendemain du second tour, appelé par le collectif Front Social, Mailly a déclaré : « Chaque chose en son temps (…) Pour le moment, il est à peine élu, on va regarder ce que ça donne ».
Philippe Martinez n’a pas non plus appelé à rejoindre les mobilisations contre le candidat des patrons, bien que des syndicats CGT se soient positionnés dans ce sens, comme la CGT Info’com ou la CGT Goodyear. A l’image de sa position par rapport à une affiche de la CGT Info Com « Ni Peste Ni Choléra, Front Social » où il avait « fermement condamné » les syndicats qui ne se pliaient pas au front républicain, le ténor de la CGT est globalement resté sur le terrain du dialogue social avec le banquier-président et s’est jusqu’à présent contenté de le menacer.
Pourtant, Emmanuel Macron n’a aucune intention de « négocier » avec les travailleurs et les syndicalistes. Celui qui promet une « loi travail XXL » ne va pas renoncer à appliquer les plans d’un Medef qui s’est félicité de son élection au détour d’une réunion avec les syndicats. Sa détermination sera la même que celle du gouvernement Hollande qui n’a pas hésité à passer au-dessus de la mobilisation la plus longue de ces dernières années. D’ailleurs, pour ne pas changer une recette qui marche, Macron entend s’appuyer sur les institutions anti-démocratiques de la Vème Républiques pour faire passer son programme au forceps, comme le gouvernement n’a pas hésité à le faire cet été pour faire passer la Loi Travail ou encore la Loi Macron plus tôt dans le quinquennat. Et quand certains lui font remarquer que ce n’est « pas très démocratique », son porte-parole Christophe Castaner déclare «  Quand le temps parlementaire implique deux ans pour faire une loi, ça n’est pas la démocratie, c’est plutôt le tatillonnage administratif, et les politiques d’obstruction que l’on peut connaître, ça n’est pas la démocratie  ».
Alors au lieu de donner du temps au nouveau président, et d’entretenir l’illusion selon laquelle il pourrait être autre chose qu’un agent serviteur du patronat et des classes dominantes, les centrales syndicales devraient elles aussi se joindre aux mobilisations qui seront appelées pour mettre la pression et s’organiser contre le président de la contre-révolution sociale. Plus que jamais les syndicats devraient appeler à un programme d’action en commun, pour réaliser l’unité la plus large dans les rangs de la jeunesse et des travailleurs, sur la base d’une indépendance de classe face au futur gouvernement.




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