Monde

D’où vient l’assassin du Pulse Bar d’Orlando ?

Omar Mateen. Pur produit… de l’impérialisme US

Publié le 13 juin 2016

« C’est un Afghan ». Jamais en manque de raccourcis racistes et islamophobes, Donald Trump. C’est ainsi que le candidat ultra-réactionnaire des Républicains à la Maison blanche a qualifié l’auteur de la tuerie du bar LGBT d’Orlando. À y regarder de plus près, Omar Mateen est non seulement citoyen américain, né à New York, mais surtout le pur produit monstrueux de cet autre monstre, bien plus puissant, qu’est l’impérialisme étatsunien.

Corinne Rozenn

Omar Mateen n’était pas Afghan. Né à New York, il y a vingt-neuf ans, de nationalité américaine, ses parents, eux, étaient effectivement originaires d’Afghanistan. Mais ce n’est pas seulement la couleur de son passeport qui fait de Mateen un pur produit du système étatsunien.

Il y a, bien entendu, l’appel au 911, avant le début de la tuerie, au cours duquel Mateen aurait déclaré opérer au nom de Daech, réclamant, par la suite, « l’arrêt des frappes occidentales en Syrie ». De son côté, même si l’État islamique n’a pas revendiqué officiellement le carnage, il y a eu un communiqué diffusé par Amaq et l’appel préalable de Mohamad Al-Adnani, porte-parole de Daech, appelant les « combattants » en Occident à passer à l’action pendant le mois de Ramadan en ciblant, notamment, « les civils » pour les « terroriser ».

Ce que se garde bien de dire Al-Adnanin, en revanche, c’est que pour poursuivre, à l’étranger, de façon plus ou moins réellement pilotée, les opérations de guerre asymétrique qui sont à la base de la stratégie militaire de Daech, l’organisation ultra-réactionnaire utilise les enfants du système impérialiste.

La cible choisie par Mateen, un bar fréquenté par la communauté latino LGBT, concentre, à elle seule, les pires diatribes d’un Donald Trump : contre « l’invasion mexicaine » des États-Unis, face à laquelle il veut construire un mur à la frontière, d’un côté, et, de l’autre, contre les gays et leurs droits auxquels Trump s’oppose « du point de vue de la Bible, du point de vue de l’éducation [qu’il a] reçue en allant à l’Église et au catéchisme le dimanche ».

Mateen était armé d’un fusil d’assaut AR-15 et d’un pistolet 9 millimètres. Il s’agit de deux équipements en vente libre aux États-Unis, où le lobby des armes, la NFL, appuie Trump. Mais la question n’est pas seulement la circulation des armes de guerre dans le pays, comme l’a tweeté Hillary Clinton, occultant le fait que le plus gros porteur d’armes de guerre dans le pays, c’est une police qui tue un jeune Noir désarmé toutes les 28 heures et qui a fait l’acquisition, depuis 2006, de 868 véhicules et camions blindés, de 533 avions et 93 000 mitrailleuses. Mateen, d’ailleurs, professait plus ou moins ouvertement sa haine des Noirs, des juifs et des personnes LGBTQI.

L’histoire de l’impérialisme étasunien est longue de djihadistes financés, formés et surarmés par les États-Unis qui finissent par se retourner contre lui. Le plus connu s’appelait Ben Laden. Depuis, ce djihadisme s’est nourri par l’échec de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak en 2001 et 2003, alimenté par le reflux des « printemps arabes » de 2011, et ultérieurement attisé par l’interventionnisme impérialiste en Syrie, en Irak et en Libye, conséquences des politiques de déraillement piloté de ces mêmes « printemps arabes ».

Dans ce cadre plus général, les entrailles même de l’Occident, sur le terreau des discriminations et de la marginalisation sociales et économiques des populations racisées, couplées à l’avancée d’idéologies ultra-réactionnaires, produit des monstres qui mitraillent, massacrent et assassinent de façon tout aussi spéculaire, mais bien plus spectaculaire, pour les médias, que les interventions impérialistes étrangères en cours au Proche et Moyen-Orient, au Maghreb et en Afrique. « Ici », en s’en prenant à salariés allant au travail, comme à Madrid, en 2004, à des journalistes ou à des juifs, comme en janvier 2015 à Paris, à des jeunes, comme au Bataclan, à des LGBTQ, à Orlando, ces tueurs continueront à agir tant que l’impérialisme, en dernière instance, continuera à les produire.

C’est bien l’une des raisons pour lesquelles sans une opposition radicale et intransigeante à ce système, il n’y a pas de perspective de paix possible pour les opprimé-e-s et les exploité-e-s, menacés en Occident comme elles et ils le sont à Beyrouth, à Damas ou Kaboul. Encore une fois ce sont vos guerres, et nos morts.