Société

La police mutile

Violences policières. Sept ans après, ouverture du procès pour des tirs de flash-ball

Publié le 21 novembre 2016

Il y a plus de sept ans, à Montreuil, des policiers avaient blessé - et mutilé – six personnes qui protestaient contre l’expulsion d’un squat par des tirs de flash-ball. L’une des victimes, Joachim Gatti, a notamment perdu son œil droit suite à ces événements.Le procès de trois policiers impliqués s’est ouvert ce lundi, à Bobigny.

Léonie Piscator

Les blessures, entraînant souvent des mutilations, causées par les tir de flash-ball sont légion. Dans une enquête publiée en 2014, Médiapart avait recensé plus d’une trentaine de cas de personnes grièvement blessées par des tirs de flash-ball. « Parmi elles, quatorze ont perdu un œil. Et un homme est décédé à Marseille en décembre 2010. Mais de non-lieus en relaxes, seuls deux policiers et un gendarme ont été condamnés. » En effet, en ce qui concerne les violences policières, l’impunité est la règle. Joachim Batti, ayant perdu son œil il y a sept ans, fait partie de ces nombreuses victimes des violences commises par les forces de l’ordre – dont le nombre s’est fortement accru au cours de la mobilisation contre la loi travail. Dans une tribune publiée dansLibération, le Collectif 8 juillet raconte.

« Le soir du 8juillet 2009, nous organisons un repas dans la rue pour protester contre l’expulsion, le matin même, d’une ancienne clinique occupée et transformée en un lieu aux multiples activités sociales et politiques. Après le repas, nous marchons jusqu’au lieu expulsé. Les policiers viennent se garer près de la clinique, sans sirène ni gyrophare. Ils sortent de leurs voitures et s’équipent de leurs flash-balls. Alors que nous nous éloignons, ils nous tirent dessus à trois reprises, sans sommation et à hauteur de visage. Une personne est touchée en plein front. Igor est touché à la clavicule, Joachim est atteint à l’œil et s’effondre. Les policiers ne lui portent pas secours et continuent à pourchasser le reste des manifestants. Trois tirs de flash-ball éclatent de nouveau blessant à nouveau trois fois, Flo à la jambe, Gabriel à l’épaule, et Eric au niveau de la nuque. Chacun de nous aurait pu être mutilé. »

Le faits relatés parlent d’eux-même : les policiers ont tiré au-dessus du torse, de nuit, sur un groupe et sans sommation. Il aura pourtant fallu attendre sept ans pour que s’ouvre un procès autour de cette affaire. Pour se défendre, les trois policiers expliquent avoir eu « carte blanche [de la hiérarchie] si l’affaire se présentait mal » et disent avoir eu à faire « à une pluie de projectiles ». Ce qui a été démenti par les personnes présentes sur place, et notamment le voisinage interrogé dans le cadre de l’enquête de l’Inspection générale des services (aujourd’hui fondue dans l’IGPN, la police des polices). Pour finir, les policiers mis en cause ont même déclaré ne pas avoir constaté de blessés suite à leur tir, alors que l’un d’entre eux – Joachim Gatti – était effondré au sol, en train de perdre son œil !

Malgré la gravité des faits et les nombreuses irrégularités relevées, il aura fallu attendre plus de sept ans avant que s’ouvre le procès, ce que dénonce le Collectif 8 juillet : « Pour que des flics soient traduits devant les tribunaux, il faut bouger, manifester, parler à la presse. Sans parler des moyens à mettre en œuvre : payer des contre-expertises, car les premières sont souvent partisanes ; payer 160euros pour chaque témoin produiten correctionnelle… Tout estfait pour ne pas ébranler le système. » En effet, cette affaire en dit long sur le rôle des forces de répression, garantes du maintien de l’ordre dominant, et le rôle de la justice, qui leur garantit presque à coup sûr l’impunité.