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15 pays d’Asie-Pacifique signent le plus grand accord de libre-échange au monde

Le Partenariat Régional Économique Global (RCEP), signé le 15 novembre par 15 pays d’Asie-Pacifique et célébré en grande pompe par la presse chinoise pro-régime, a pour l’heure une portée économique relativement limitée. Pourtant, il pourrait à long-terme servir de point d’appui dans la lutte féroce que les grandes puissances vont se livrer pour la conquête des marchés intérieurs asiatiques.

lundi 16 novembre

Derrière le triomphalisme chinois, un accord peu ambitieux

Le dernier sommet virtuel de l’ASEAN (organisation internationale regroupant dix pays d’Asie du Sud-Est) a vu ratifié par les pays membres de l’accord ainsi que la Chine, la Corée du Sud, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zelande, le Partenariat régional économique global (RCEP en anglais), soit le plus grand accord de libre-échange au monde. La Chine a aussitôt salué « une victoire du multilatéralisme et du libre-échange » en référence évidente à l’échec, suite au retrait américain en 2017, de l’accord de partenariat transpacifique, dont la Chine était exclue. Cette victoire reste cependant essentiellement politique et symbolique pour la Chine.

Les dimensions pharaoniques de l’accord, qui couvre une région où vit un tiers de la population mondiale, ne doivent en effet pas masquer sa portée qui reste pour l’heure relativement faible. Le RCEP constitue plutôt une première tentative d’uniformisation et d’harmonisation des différentes aires économiques de la région (très hétérogènes) et de la multitude de traités qui y ont cours. Il est probable, comme le remarque le journal The Economist, que le RCEP aurait été « rejeté avec mépris, par les responsables américains, comme un pacte inférieur, calqué sur le style des accords du XXe siècle, c’est-à-dire axé sur les droits de douane et un ensemble de mesures rudimentaires de facilitation du commerce, contrairement au TPP qui couvrait des domaines tels que les normes environnementales et du travail, et réglementait les activités des entreprises d’État »

Un accord qui pourrait néanmoins servir de point d’appui à long terme dans la lutte pour les marchés intérieurs

Si la profondeur actuelle de l’accord en fait pour l’heure un événement plus politique qu’économique, il faut toutefois mentionner qu’il pourrait servir de point d’appui à une intégration plus poussée de la région de l’Asie Pacifique, au détriment des États-Unis, et servir les intérêts chinois dans la lutte pour les marchés intérieurs émergents de l’Asie du Sud-Est. Émanant des pays membres de l’ASEAN, qui se sont signalés par leur gestion efficace de la pandémie de Covid-19 à l’instar du Viet-Nam qui, comme le rappelle cet article du Geopolitical monitor,, se trouve bien positionné dans la situation économique actuelle, le RCEP réunit aussi pour la première fois les trois géants de la région que sont la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

Cet accord constitue en effet de facto un bloc dont sont exclus les États-Unis et l’Inde, avec qui les rapports de la Chine se sont dégradés, et qui renforce en parallèle son partenariat stratégique et logistique avec ces derniers. En outre, le RCEP pourrait avoir, selon un document du Peterson Institute for international Economics mentionné par The Economist un impact comptable supérieur au TPP, en générant une sur-valeur d’environ 186 milliards de dollars (contre 147 pour le TPP). Le rapport affirme aussi que les bénéfices seront particulièrement importants pour la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Plus important encore, le RCEP pourrait également permettre aux négociations sur un éventuel accord de libre-échange trilatéral entre les trois géants asiatiques de sortir de l’enlisement politique dans lequel il se trouve.

Une victoire symbolique et politique non négligeable pour la Chine

La pandémie de Covid-19 a rendu encore plus féroce qu’elle ne l’était déjà la concurrence internationale sur des marchés en forte contraction. Les différentes puissances capitalistes se mettent en ordre de bataille pour négocier à leur avantage la reprise de l’économie, excitant ainsi les rivalités partout dans le monde au détriment des travailleurs qui payent la crise de plein fouet. Dans cette situation, l’Asie-Pacifique est en relativement bonne posture, portée par des gestions de l’épidémie plus efficientes qu’en Amérique du Nord et en Europe. De ce point de vue, à la suite des quatre années de repli américain de l’ère Trump, l’affirmation du leadership chinois, quoique toujours cantonné dans le registre politico-symbolique, est une victoire partielle. Comme le rappelle cet article du Washington Post, il s’agit du deuxième accord majeur, dans cette région, qui exclut les Etats-Unis.

Dans les situations de crise, l’économique et le politique tendent à se confondre de plus en plus nettement. La signature de l’accord et le battage médiatique chinois qui l’accompagne présage donc peut-être d’un approfondissement de l’influence de la Chine dans la région, comme en témoigne la méfiance de l’Inde vis-à-vis du RCEP dont elle a décidé de se tenir à distance. Dans la crise mondiale qui s’annonce, la lutte pour les marchés intérieurs asiatiques sera sans doute l’une des composantes majeures de l’opposition structurelle entre la Chine et les Etats-Unis, qui ne s’éclipsera pas avec le départ de Donald Trump.




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