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Politique

Réforme des retraites

24 janvier : Blocage, marche funéraire et manif’ massive : la grève se poursuit à Toulouse

Alors que la barre des 50 jours de grève est franchie, la mobilisation contre la réforme des retraites se poursuit à Toulouse. Ce vendredi 24 janvier, jour de présentation du projet de réforme devant le Conseil des Ministres, Sciences Po est bloqué, les services publics et la justice sociale sont « enterrés », les grévistes manifestent massivement et les Gilets jaunes sont toujours au rendez-vous.

vendredi 24 janvier

Une manifestation interprofessionnelle qui reste massive en ce 51ème jour de grève

À 10h, au départ de Saint Cyprien, quelques 95 000 personnes ont battu le pavé d’après la CGT. Malgré le mépris du gouvernement et la difficulté à étendre massivement la grève en l’absence de plan de bataille concret de la part des directions syndicales, cette journée de mobilisation massive à Toulouse mais aussi à Paris ou au Havre confirment que le mouvement est encore loin d’être terminé. Au total, la CGT a annoncé 1,3 million de manifestants dans tout l’hexagone !

Les Gilets jaunes, qui sont déjà nombreux à participer aux manifs syndicales, ont décidé de se rejoindre à 14h au Capitole. Une manifestation sauvage réunissant environ 300 personnes s’est dirigée vers le Palais de Justice avant d’être dispersée par les forces de répression au niveau du quartier des Carmes.

Au matin, Sciences Po Toulouse bloqué. La police aux aguets

Suivant la décision prise à l’Assemblée Générale « Capitole » ayant réuni étudiant·es et membres du personnel (BIATSS et profs) mobilisé·es à Sciences Po et à la fac de droit, Sciences Po a été bloqué dès 6h ce matin. Il s’agit d’un moyen pour les étudiant·es de signifier leur opposition au projet de réforme des retraites dans le cadre de la mobilisation générale et de libérer du temps à toutes celles et ceux qui souhaitent s’investir dans le mouvement à l’occasion de ce temps fort.

Aussitôt, la police nationale est intervenue, renseignée par un agent en civil : contrôles d’identité, fouilles au corps, menaces d’interpellation et tentatives d’intimidation au petit matin - pour un blocage. Ce genre de pratiques sont peu courantes à Sciences Po, école régulièrement mobilisée. Il semble que, comme à Paris où la simple tenue d’une AG à Tolbiac a suscité le déploiement de 10 camions de CRS, le gouvernement redoute le départ potentiel d’un mouvement étudiant. Sous la menace d’une intervention plus musclée, les étudiant·es ont cependant décidé de tenir les lieux. Appelés en renfort, les profs et BIATSS mobilisés sont arrivés peu après et l’ambiance s’est détendue.

Une marche funéraire pour l’enterrement de la justice sociale et des services publics

À l’initiative du comité de mobilisation des travailleuses et travailleurs précaires, des personnels et enseignant.e.s chercheurs de Sciences Po Toulouse et du Laboratoire des Sciences Sociales et du Politique (LaSSP), une action symbolique a été minutieusement préparée tout au long de la semaine, en lien avec les étudiant·es mobilisé·es pour dénoncer la précarisation générale organisée sous le régime néolibéral, dont le gouvernement actuel n’est en réalité que l’expression la plus aboutie et violente. Confectionnés pour l’occasion, un cercueil, une couronne de fleurs et des bougies ont été déposés devant l’établissement, recouvert de bâches noires. Plus d’une centaine d’étudiant·es et de travailleuses et travailleurs de l’école, rejoints par des grévistes d’autres secteurs, ont ensuite marché en procession funéraire en portant le cercueil vers le Capitole, une musique digne des enterrements les plus tragiques résonnant dans les rues du centre-ville.

Sur la place, un discours a été prononcé par des grévistes membres du personnel et du corps enseignant et par un étudiant, en « hommage à la justice sociale » (voir à partir de 20’08 sur le live ci-dessus). À la fin, un grand nombre de conquêtes sociales attaquées par les gouvernements successifs ont été énoncées, ponctuées de « mort pour la finance » et suivies du dépôt dans le cercueil d’objets symboliques par les étudiant·es et les grévistes. Dans ce moment solennel, des avocates en grève ont notamment jeté leurs robes dans le cercueil pour symboliser la mort de la justice. Pour finir, c’est un « oeil de Gilet Jaune » qui a été déposé « en offrande » pour symboliser la lutte qui s’oppose à l’ensemble de ce système depuis plus d’un an et pour dénoncer la répression.

Une action médiatique réussie, réunissant étudiant·es et grévistes comme jamais auparavant, et marquant l’extension de la grève des travailleuses et travailleurs précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) qui sont aujourd’hui visés par le projet de Loi Pluriannuelle de Programmation de la Recherche (LPPR), alors que la précarité est déjà une dure réalité dans l’enseignement supérieur et à la recherche pour les non titulaires. Ainsi, Bérénice et Mathilde, ATER et doctorante au chômage, expliquent que leur action s’inscrit dans une montée en généralité, dénonçant non seulement le projet de réforme des retraites et le projet de loi LPPR mais plus largement l’ensemble du système néolibéral : « c’était important pour nous de montrer que la réforme des retraites ou le projet de loi LPPR s’inscrivent dans un ensemble, que ce soit la réforme sur l’assurance chômage, la loi travail, etc… qui sont une destruction des services publics. C’est une logique néolibérale qui vise à affaiblir la présence de l’Etat, qui donne le pouvoir au marché et aboutit à la destruction de la justice sociale, au renforcement des inégalités. En tant que chercheurs on est atterrés, c’est vraiment un signal d’alarme. »

Une dénonciation partagée par des étudiant.e.s de Sciences Po ayant participé à l’action. Les liens forts tissés avec les grévistes sont un véritable acquis et un précieux point d’appui pour la suite de la mobilisation.

Étudiant·es et grévistes de Sciences Po et l’UT1 Capitole ont ensuite marché ensemble dans la manif interpro sous forme de cortège et au rythme des slogans aux côtés des étudiant.e.s du Mirail, de l’université Paul Sabatier et des lycéen.ne.s. La mobilisation se poursuit !




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