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Privilèges

300€ d’augmentation des frais des députés : et si on parlait de leurs salaires... ?

L’augmentation de 300€ des frais de mandat des députés, votée par l’ensemble des groupes politiques sauf LFI, a scandalisé. Mais la question de leur indemnité mensuelle de près de 6.000€ net n’est interrogée par personne, même à gauche.

Paul Morao

25 janvier

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300€ d'augmentation des frais des députés : et si on parlait de leurs salaires... ?

Ce mercredi, l’Assemblée nationale a augmenté le montant des frais de mandat mensuels des députés de 300€, faisant passer de 5645 à 5950€ leur enveloppe finançant des dépenses aussi diverses que les déplacements, l’hébergement ou la restauration. Une augmentation votée à l’unanimité des forces politiques au bureau de l’Assemblée nationale, à l’exception de LFI, qui s’est abstenue, et du PS, pas présent au moment du vote, au nom de l’inflation.

En pleine crise économique, et alors que les salaires réels de la majorité de la population baissent tous, cette décision a largement scandalisé. Elle survient un peu plus d’un an après une revalorisation de « l’indemnité » mensuelle des députés, passée de 7240 à 7493€ au 1er juillet 2022. Depuis, cette indemnité a à nouveau augmenté pour atteindre 7637€ brut par mois, de quoi situer les députés parmi les 3% des Français les mieux payés.

Par ailleurs, les députés ont choisi d’augmenter leurs frais de mandat sans toucher à l’enveloppe concernant la rémunération de leurs collaborateurs, comme l’a dénoncé l’UNSA des collaborateurs parlementaires. Face au scandale suscité par la mesure, les députés ont ramé pour se défendre. La palme de l’hypocrisie revient ainsi à Marine Le Pen qui s’est exprimée en donnant l’impression que son parti s’était opposé à la mesure, affirmant que celle-ci était « inopportune », alors qu’il l’a soutenue.

Pourtant, si cette augmentation scandalise, il faut rappeler que, plus globalement, les revenus des députés ne font l’objet que de très rares critiques de la part des organisations politiques. Ainsi, l’ensemble des forces représentées au Parlement se satisfont très bien des rémunérations de parlementaires qui se situent très au-dessus des salaires moyens (2587€ net par mois) et médians (1850€ net par mois). Si le PCF a historiquement mis en place un système obligeant les députés à maintenir un niveau de revenus correspondant à leur métier d’origine, le reste étant reversé au parti, la quasi-totalité des députés touchent confortablement l’ensemble de leur rémunération, même si une petite partie est fréquemment prélevée par leurs organisations politiques.

Surtout, même lorsqu’ils limitent les salaires effectivement perçus, personne ne semble être scandalisé par leurs montants. Même du côté de la France Insoumise, le sujet n’a jamais fait l’objet de revendications et de critiques à la hauteur du niveau de privilèges qu’offre la place de député. Dans l’organisation, seul François Ruffin s’est imposé un régime de limitation de son salaire, et le sujet est même un objet de discorde. Comme le raconte Manuel Cervera-Marzal dans son enquête sur la France Insoumise dans le cadre de laquelle il a abordé cette question avec des députés FI :

« Les assistants considèrent que leurs employeurs sont trop payés, qu’ils perdent le contact avec la réalité et en premier lieu avec leurs salariés souvent payés trois ou quatre fois moins – double peine, puisque par ailleurs les assistants font le travail ingrat et invisible, tandis que les députés récoltent les gratifications de tous ordres. Cet écart de rétributions (matérielles et symboliques) nourrit du ressentiment. À l’exception de François Ruffin, les députés insoumis ne voient pas de problème à leurs 5 700 euros (nets) mensuels. »

Parmi les arguments mobilisés, l’idée totalement hypocrite que ces privilèges garantiraient l’indépendance des députés face aux différentes pressions. Comme si gagner quatre fois le SMIC était une condition pour se prémunir de la corruption… Une banalisation d’une situation en réalité scandaleuse, face à laquelle les révolutionnaires ont historiquement défendu un programme démocratique radical intégrant non seulement la dissolution d’institutions comme le Sénat ou la Présidence de la République, la révocabilité des élus, mais également… la limitation des revenus des élus au niveau du salaire d’un ouvrier spécialisé ou d’un enseignant.


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