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Politique

LES REPUBLICAINS ECARTELES

A droite, tandis que les uns se « lepénisent » les autres lorgnent vers les socialistes

Les échéances se bousculent pour les professionnels de l’électoralisme et en particulier pour les ténors du parti Les Républicains. Les Sarko, les Fillon, les Juppé se mettent en place pour les présidentielles, mais il leur faut d’abord passer par la case « régionales » et surtout par celle des primaires. Quel est le meilleur cap à suivre dès maintenant pour rafler la mise en 2017 ? C’est la question qui les tourmente alors que leurs partisans s’embourbent dans la polémique. Qu’ils y soient allés d’une note de soutien, accusatrice, modérée, ou même abstentionniste, « l’affaire Morano » a été un excellent révélateur de la corde que chacun attrape pour se hisser au statut de présidentiable. Claire Manor{}

lundi 12 octobre 2015

Du centre à l’extrême-droite : le large spectre des réactions à « l’affaire Morano »

Nadine Morano, candidate tête de liste aux élections régionales de Meurthe-et-Moselle a donc lâché, lors de l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », un propos capable de faire réagir la France entière en évoquant « une France blanche et de racines chrétiennes ». Dégainant à l’extrême droite elle a de fait immédiatement obligé tous les ténors politiques à se positionner. Si l’unanimité a prévalu au sein de la commission nationale d’investiture (CNI) des Républicains pour l’exclure de la course aux régionales, tous n’ont pas pour autant fait front contre elle.

En s’abstenant lors du vote de la CNI, le député Michel Terrot, l’eurodéputée Michèle Alliot-Marie et l’ancien président de l’UMP Jean-François Copé ont exprimé leur soutien implicite.

Par ailleurs, de nombreux soutiens plus explicites sont venus lui prêter main forte : celui d’Hortefeux par exemple ou d’Estrosi, challenger de Marion Maréchal-Le Pen en région PACA, qui a refusé de faire « partie de ceux qui l’accablent ». A peine plus nuancé, François Fillon a dénoncé un « procès en sorcellerie excessif » tout en prenant ses distances avec la « formulation » de « race blanche ».

Sarkozy a joué plus fin, condamnant mollement ces déclarations et jouant de sa position de président. Il a mis plusieurs jours à réagir, avant de proposer à Nadine Morano de tirer un trait sur cette histoire si elle s’excusait, suggérant ainsi que ses propos étaient …excusables.

A l’inverse, une bonne partie de l’état-major du parti s’est refusée à les excuser, s’y opposant plus fermement : « Intolérable » pour Alain Juppé, « exécrable » pour Nathalie Kosciusko-Morizet, un « non-sens » pour Valérie Pécresse.

Juppé tire tous azimuts et tend la main aux socialistes

Ce buzz médiatique à connotation lepéniste que visait sans doute Morano a donc été l’occasion pour les leaders de redéfinir leurs lignes. Samedi soir, Juppé a publié sur son blog un billet intitulé « faisons-nous confiance ». Feignant une sainte colère, il a descendu en flammes ceux et celles qui embarquent son parti vers la droite, « ceux qui jouent sur les peurs des Français et dessinent le visage d’une France ratatinée dans ses égoïsmes, frileuse devant le monde global, barricadée dans d’illusoires frontières nationales, prête à jeter aux orties l’union construite si patiemment avec nos voisins européens ».

Et voilà donc une pierre dans le jardin des souverainistes, visant particulièrement Nadine Morano à qui Dupont-Aignan a apporté son soutien, mais aussi une main tendue aux socialistes pro-européens. Un entrefilet paru dans Le Point vient compléter ce positionnement « ouvert à gauche » : il dit à qui veut l’entendre « qu’en cas de victoire aux présidentielles il s’allierait aux socialistes ».

Sarko change de braquet : en avant toute contre Marine Le Pen

La popularité de Marine Le Pen dans les sondages progresse de façon dramatique. En effet, une récente étude de l’IFOP-JDD indique que 31% des Français « pourraient voter » en sa faveur à l’occasion de l’élection présidentielle de 2017.

Pressé par les sondages et piégé par le scandale retentissant de Morano et les soutiens de sarkozystes dont elle a bénéficié, Sarkozy est contraint de se lancer dans la chasse à la présidente frontiste. C’est ce qu’il entreprend immédiatement en profitant d’une réunion de LR-Paris : « Marine Le Pen s’est aperçue il y a un mois que son père était infréquentable. Nous, nous le savons depuis trente ans. Il faut éviter le drame de l’élection d’un représentant du FN, parti avec lequel nous n’avons rien à voir ».« Vous êtes les bienvenus chez Les Républicains si vous aimez la France, vous croyez en la France, si vous parlez français, vous aimez la culture française, le mode de vie français. Vous êtes les bienvenus quels que soient votre couleur de peau, votre origine, votre religion, votre vote lors des dernières élections ».

Il met le paquet. Mais est-ce que ce sera suffisant ? Il est allé si loin dans la droitisation, dans le discours identitaire que ce brouet « humano-moraliste » risque de déconcerter voire de faire fuir l’électorat droitier qu’il avait caressé dans le sens du poil en vue des « primaires ».

Et pendant ce temps-là Marine Le Pen …

Ironie politique extraordinaire, l’ascenseur montant de la « lepénisation » emprunté par Nadine Morano croise l’ascenseur descendant de la « dédiabolisation » emprunté par Marine le Pen. La présidente du FN a même pu donner des leçons antiracistes à la Républicaine en lui faisant remarquer qu’il fallait manier avec beaucoup de prudence les « concepts » qu’elle avait utilisés au risque de blesser certaines personnes, notamment les français d’Outre-Mer !

Forte de son avancée dans les sondages et de l’image d’extrême-droite fréquentable qu’elle s’est construite patiemment depuis des mois, elle poursuit et approfondit son discours populiste. Elle a parfaitement compris que ni les frasques des Républicains, ni la surenchère qu’elle engage sur le terrain identitaire et raciste, ne sont les principales sources de sa conquête d’un électorat en partie jeune et ouvrier. Elle sait que son meilleur allié est le sentiment de trahison que les couches populaires éprouvent à l’égard d’un gouvernement qui n’a de socialiste que le nom. C’est sans doute cette compréhension des racines mêmes du phénomène du populisme qui lui a donné l’arrogance dont elle a fait preuve au Parlement européen en interpellant le « vice-chancelier Hollande » indigne de la présidence, devant une Merkel médusée.




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