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Politique

Gouvernement de la honte

Accusé de viol, Darmanin ne sera pas mis en examen mais « simple témoin assisté »

Dans le cadre de l'enquête visant Darmanin pour trafic d'influence (échange de faveurs sexuelles contre l’attribution de logements sociaux) et après la réouverture d'une enquête en juin, ce dernier bénéficie du statut de « témoin assisté », lui évitant d'être placé en examen malgré les accusations de viol.

jeudi 3 décembre 2020

Crédits photo : AFP / Ludovic Marin

L’audition de Darmanin aurait dû se tenir le 2 décembre, mais a été reportée à une date inconnue. Cette audition a comme objet une affaire datant de 2009, par deux fois classée sans suite puis rouverte en juin par la cour d’appel de Paris, en vue de reprendre les investigations. La plaignante, Sophie Spatz (de son vrai nom Olga Patterson), accuse Darmanin de viol, de harcèlement sexuel et d’abus de confiance, qui auraient eu lieu à l’époque où Darmanin était chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP. Spatz explique que ce dernier l’aurait contrainte à échanger des faveurs sexuelles, contre son intervention dans une procédure juridique la concernant.

Cependant, malgré la nature de la plainte, le Ministre de l’Intérieur n’est aujourd’hui convoqué par les juges que sous le statut de “témoin assisté”, ce qui ne fait pas de lui un accusé en tant que tel. Ce statut lui octroie d’ailleurs un certain nombre de droits devant le juge d’instruction, comme l’accès au dossier, le droit d’annulation d’un acte ou d’une pièce de la procédure et l’impossibilité d’être placé sous contrôle judiciaire. Son statut de "simple témoin assisté signifie qu’aucune mise en examen n’est envisagée" ont décrété ses avocats. En d’autres termes, un statut qui tend à assurer que l’enquête n’aboutisse jamais à une condamnation, comme dans 98% des affaires (déclarées) de viol en France. 

Mépris et impunité du gouvernement face aux violences sexuelles

En effet, la gestion médiatique et judiciaire de cette affaire a un caractère méprisant et éminemment sexiste et reflète l’impunité patriarcale dont jouissent les hommes issus de la classe dominante. Et c’est d’ailleurs Pierre Olivier-Sur, l’avocat de Darmanin, qui en est le tenant le plus réactionnaire. Dans une interview à RTL datant de janvier 2018, après le premier classement sans-suite de l’affaire, l’avocat enchaîne des propos tous plus réactionnaires et profondément sexistes les uns que les autres.

D’une part, il nie la plainte de la victime en énonçant qu’ “il n’y a pas viol, il n’y a pas eu viol et qu’il ne pourra jamais être dit et jugé qu’il y aurait eu un viol”. D’autre part, il discrédite la victime et victimise l’accusé. Ainsi, il sous-entend à plusieurs reprises que l’ancienne profession de Spatz (travailleuse du sexe) et son implication passée dans une affaire judiciaire seraient la preuve de son consentement de fait aux rapports sexuels avec le premier flic de France.

Pierre Olivier-Sur va même encore plus loin en affirmant que toutes les personnes qui mettraient Darmanin en cause seraient alors “complices de calomnie". Cette rhétorique profondément misogyne n’est pas nouvelle, mais est appliquée de manière systématique quand il s’agit de discréditer les femmes qui dénoncent des violences sexuelles. De plus, la victimisation de Darmanin et l’instrumentalisation de la “présomption d’innocence" par les médias dominants et la justice patriarcale ne fait que justifier son impunité totale face à ces lourdes accusations.

Une énième expression du Gouvernement de la Honte

Car l’impunité de Darmanin n’est en aucun cas isolée, mais révèle au contraire le caractère structurellement sexiste, raciste et homophobe de l’État et de ses institutions. Eric Dupont Moretti (Ministre de la Justice) prenant position contre le mouvement #Metoo, Darmanin, en bon supporter de la Manif pour tous, contre le mariage et l’adoption des couples homosexuels, Schiappa déclarant à la remise du césar de Polanski qu’elle n’applaudirait pas un “homme accusé de viol”, pour ensuite se retrouver sous la tutelle de Darmanin ..

L’impunité des membres du gouvernement face aux affaires de violences sexistes et sexuelles, qui a alimenté la colère des mouvements féministes à la fois dans la rue et sur les réseaux sociaux, démontre que les femmes ne peuvent s’en remettre ni à la justice ni à la police pour dénoncer les oppressions et les violences auxquelles elles font face. Une nouvelle preuve, s’il en fallait, que la volonté de Macron de faire de l’égalité homme-femme la “grande cause de son quinquennat” n’est qu’un coup de communication parmi d’autres et que le droit des femmes à une vie digne ne s’obtiendra que par une organisation et une mobilisation en totale indépendance de l’État.