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Acte 18. Au lendemain du Grand débat les Gilets jaunes préparent un ultimatum à Macron

Alors que Macron misait sur le Grand Débat pour étouffer la colère sociale, les Gilets Jaunes se préparent pour un acte 18 massif et radical.

mardi 12 mars

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Dans le monde idéal de Macron, cette semaine aurait dû marquer l’enterrement définitif du mouvement des Gilets Jaunes, qui ébranle le gouvernement depuis près de quatre mois, pour lui permettre de se concentrer sur les élections européennes. En effet, son Grand Débat touche à sa fin, et il est loin d’avoir permis de ressouder autour de LREM un bloc solide, ni même d’entamer la détermination des Gilets Jaunes. Un « grand blabla » qui a surtout servi à jouer la montre, sans accéder à aucune revendication des Gilets Jaunes, un écran de fumée que le gouvernement aimerait voir se prolonger encore, anticipant le flop. C’est ainsi qu’Edouard Philippe déclarait à l’Assemblée : « Le risque déceptif est important […] Il faut préparer nos concitoyens à ce que les propositions à la sortie ne soient pas les réponses à toutes les remontées des débats ».

Car même si la dégringolade de sa cote de popularité a connu un ralentissement momentané dans les sondages d’opinion, il s’agit avant-tout d’un trompe-l’œil, dû à l’éclatement de l’opposition et au fait que l’hostilité contre Macron ne trouve aucun débouché sur le terrain institutionnel. D’autre part, ce rebond dans les sondages peut aussi s’expliquer par une recomposition à droite de sa base sociale.

Si en bons chiens de garde du gouvernement, les médias tentent de leur côté la prophétie auto-réalisatrice en insistant sur les chiffres en baisse de la mobilisation des Gilets Jaunes, l’acte 17 ayant marqué, selon les éditorialistes, le plus gros reflux depuis le 17 novembre, ils sont nombreux à souligner la profondeur de la crise. « C’est une très grave crise politique dont on ne sortira pas comme ça » insiste par exemple Yves Thréard, éditorialiste au Figaro, dans l’émission C’est dans l’air. Quoiqu’il en soit cette tentative de démoralisation ne parvient pas à faire son œuvre, tandis que la rhétorique de l’essoufflement est utilisée depuis le début de la mobilisation, sans jamais se vérifier le samedi suivant. Faut-il rappeler qu’en décembre, la presse titrait sur « la fin du mouvement » ?

Pour autant, personne ne peut nier aujourd’hui que l’acte 18, qui aura lieu ce samedi, s’ancre dans un contexte politique très particulier. En effet, outre la fin du Grand Débat et dans une situation internationale explosive, alors même que des drapeaux algériens sont de plus en plus visibles dans les cortèges de Gilets Jaunes, un autre sujet brûlant s’invite dans les luttes sociales : l’écologie.

Des aspirations à la lutte écologique que le gouvernement cherche grossièrement à canaliser par des mesures cosmétiques (alors même que la campagne de Macron aux Européennes est financée par Monsanto-Bayer !) et par l’organisation de débats sur l’écologie dans les établissements scolaires. Une tentative de cooptation grossière, alors qu’à veille de la prochaine manifestation des Gilets Jaunes, la jeunesse est appelée à se mettre en grève contre le changement climatique, en particulier dans les lycées. Et ce samedi 16 mars marque aussi la prochaine marche pour le climat, alors que les précédentes ont réuni plusieurs milliers de personnes dans toutes la France.

C’est dans ce panorama politique explosif que nombre de Gilets Jaunes ont appelé ce 16 mars à un « acte ultimatum ». Un appel national émanant de la base à manifester à Paris pour ce dix-huitième acte a été relayé dans toutes les régions sur les groupes locaux.

En description de l’un des évènements Facebook créé pour l’occasion par quelques-unes des pages de Gilets Jaunes les plus suivies, on peut lire le texte suivant :

« Nous lançons un ultimatum au président Macron et au gouvernement, nous voulons que nos revendications soient respectées, nous appelons toute la France à monter sur Paris.

Notre débat à nous a commencé dès la mi-novembre, et rien de ce que nous avons proposé n’a été entendu !

Nous n’avons eu pour seule réponse que la violence des forces de l’ordre et le mépris des élites.

Pour que la liberté, l’égalité et la fraternité triomphent du gouvernement et des puissants, le 16 mars organisons-nous et envahissons Paris. »

Afin de concrétiser cet appel, un véritable réseau de solidarité s’est mis en place pour permettre aux manifestants des différentes régions, mais aussi d’autres pays (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Pologne…) de se retrouver en Île-de-France et de se faire héberger sur place.

Les porte-paroles auto-proclamés du mouvement, oscillant pour la plupart ces dernières semaines entre attitude conciliante et déclaration belliqueuse, ont dû se rallier à cet appel offensif, depuis Eric Drouet à Maxime Nicole en passant par Priscilla Ludosky.

« Cela fait 17 semaines que je prône le pacifisme, que je dis à tout le monde que je ne suis pas pour la violence, explique Maxime Nicole. J’ai fait des appels au calme. Le 16, il va se passer ce qu’il va se passer. J’en ai plus rien à foutre. [...] On a essayé d’être cool avec vous, de discuter. Pendant 17 semaines, on a essayé de vous faire comprendre des choses. Cela n’a rien donné. »

Ainsi, ce 18ᵉ acte s’annonce particulièrement explosif et pourrait bien porter un nouveau coup au gouvernement, dont le cauchemar semble loin d’être terminé. En effet, quelles que soient les suites de ce profond mouvement des Gilets Jaunes, il ne sera pas sans laisser de traces sur le quinquennat, dont l’agenda a déjà été totalement bouleversé.




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