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Casse sociale

Aéronautique. 1150 emplois menacés chez Akka Technologies Toulouse

Bien que la crise sanitaire et le tournant autoritaire du gouvernement occupe tout l'espace médiatique, la casse sociale est toujours là. Dans la même ligne que le reste du patronat du secteur, le sous-traitant aéronautique toulousain Akka Technologies menace de supprimer 1150 emplois et de baisser les salaires.

mardi 3 novembre

Crédits photo : Radio France - Rémi Vallez

Le retour avec force de la crise sanitaire suite à la manque de préparation du gouvernement, l’instrumentalisation de l’assassinat de Samuel Paty ainsi que le tournant autoritaire qui s’en es suivi, sont aujourd’hui au centre de l’actualité, éclipsant la question des licenciements et autre suppressions de postes. Jusqu’à récemment les plans sociaux qui se multiplie et qui frappent le secteur aéronautique ou la fermeture de Bridgestone étaient les symptômes les plus saillants de la profondeur de la crise mais aussi des exemples du fait que le patronat, main dans la main avec le gouvernement, s’apprêtait a en décharger les coûts sur le dos des travailleurs. Aujourd’hui, la casse sociale non seulement se poursuite mais elle est aussi une des raisons inavouées qui pousse le gouvernement et le régime a opérer un tournant de plus en plus autoritaire pour faire face aux conséquences sociales de la crise sanitaire et économique.

Aux nombreux attaques patronaux qui touchent le secteur aéronautique vient de s’ajouter le sous-traitant Akka Technologies Toulouse. Tel qu’on pouvait le lire dans un article de La Tribune, ce 28 octobre la direction d’Akka Technologies a evoqué un PSE concernant 1150 emplois sur 2200 et l’ouverture de negociations à partir de ce 5 novembre « autour d’un accord sur l’activité partielle de longue durée (APLD) qui pourrait réduire la casse sociale ». La stratégie de chantage à l’emploi de la direction d’Akka n’est pas nouvelle : Derichebourg, AAA ou encore Daher ont aussi annoncé dans un premier temps des plans de licenciement concernant la moitié des salariés pour ensuite pouvoir faire mine de reculer. Le but de cette stratégie n’est pas seulement de choquer les salariées avec la dimension des annonces mais aussi de canaliser l’éventuelle colère, à l’aide des directions syndicales, dans les cadres du « dialogue social » pour choisir entre la peste et le choléra et se plier dans tous les cas aux intérêts du patronat. C’est par exemple le cas récent de Force Ouvrière (FO) chez AAA qui a présenté la suppression de 567 emplois comme une victoire sur le plan initiale concernant 719 emplois.

Tel que l’a releve le groupe dans un communiqué de presse, Akka s’apprete à prendre le même chemin : « Akka a informé les organisations syndicales qu’il envisage de débuter une procédure d’information et de consultation des instances représentatives du personnel pouvant déboucher sur la mise en oeuvre d’un plan de restructuration adapté à la charge actuelle de la société dans un secteur aéronautique où la reprise ne se matérialise pas. La procédure légale pourrait débuter dans les prochaines semaines ». Le but n’est autre que d’encadrer la colère dans le cadres de négociation et de brider les potentialités de la lutte des salariés. Même si courte, ce n’est pas etonant que la seule démonstration de combativité dans le secteur soit venu de la grève reconductible entamé par les salariés de Derichebourg. Elle est parti d’un refus clair et net de « négocier le poids des chaînes » tel que le scandaient les travailleurs.

Pour présenter ces attaques patronaux comme une fatalité économique le groupe a mis en avant le fait que « l’activité du secteur aéronautique s’est à nouveau détériorée au T3 et le chiffre d’affaires de ce secteur est en baisse de plus de 10% par rapport au trimestre précédent, soit une baisse de 38% par rapport au même trimestre de 2019 ». A l’image du reste du patronat de l’aéronautique le groupe se garde bien de rendre publiques les bénéfices encaisses lors de ces dernières décennies. Afficher ces chiffres, au lieu de se rendre aux cadres de negociation pour adapter les conditions de vie et de travail des salariés aux intérêts du patronat, devrait être une des premières exigences des syndicats. Rien que chez AAA le PDG cumule plus d’un million d’euros de salaire par an, 800 000 euros pour le directeur général, et plus de 10 millions de dividendes ont été versés aux actionnaires de l’entreprise au cours des quatre dernières années.

Ce cynisme et ce mépris vis à vis des conditions de vie et de travail des salariées s’est aussi traduit par une pression accrue sur les employés. Tel que le dénonce Franck Laborderie secrétaire général CGT chez Akka, le groupe « a procédé à des départs forcés depuis plusieurs mois notamment via les ruptures de périodes d’essai. Cela touche les publics les plus fragiles qui du jour au lendemain, malgré qu’ils soient en activité partielle ou qu’ils n’aient jamais été évalués, doivent quitter l’entreprise. Nous avons également eu des alertes de collaborateurs incités à signer une rupture conventionnelle. On leur dit que sinon on trouvera une faute pour les licencier. Des manageurs nous ont aussi contacté. Ils vivent très mal la situation car ils doivent supprimer 10 à 20 % de leur effectif pour atteindre leurs objectifs. Je vous laisse imaginer le niveau de stress pour les ingénieurs et les techniciens »

Le fait que la méthode avec lequel le patronat mène ses attaques ne soit pas nouvelle, laisse aussi la possibilité aux salariés de construire la lutte en s’inspirant des conflits récents. Dans ce sens les travailleurs de Derichebourg ont fait déjà une première expérience riche d’enseignements pour construire un vrai rapport de forces : l’importance de l’unité entre les travailleurs syndiqués et non-syndiqués, de construire des assemblés de salariés où décider des suites de la mobilisation, de lutter par la grève et de se coordonner avec les autres boites. C’est aussi sur la base de ces enseignements qu’il y a eu lieu ce 17 septembre la première rencontre des salariés de l’aéronautique : des salaires syndiques ou non syndiqués représentant 19 entreprises (entre donneur d’ordre et sous-traitant et qui vise toujours à s’élargir) se sont réunis pour discuter d’un plan de bataille qui dénonce clairement l’offensive patronale, qui refuse de « négocier le poids des chaînes » qui ne cède pas un pouce dans la défense des intérêts fondamentaux des travailleurs et qui vise à construire la grève en coordonnant les usines pour imposer 0 suppressions d’emploi et 0 baisse de salaire.




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