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Pour l’augmentation des salaires !

Allemagne. Grève historique des travailleurs portuaires pour les salaires et contre l’inflation

La grève des travailleurs des ports allemands démarrée jeudi a déjà atteint des proportions historiques. Pourtant, le gouvernement refuse toujours d’augmenter les salaires et la répression policière et judiciaire est féroce.

lundi 18 juillet

Des milliers de travailleurs des principaux ports d’Allemagne ont fait grève pendant 48 heures jeudi et vendredi pour leurs salaires. Alors que la police a réprimé la manifestation des grévistes et que le tribunal a déclaré les grèves illégales, les salariés mobilisés ont poursuivit leur lutte avec détermination.

Les travailleurs des ports allemands de la mer du Nord se sont donc engagés dans la plus longue grève depuis 40 ans. Lors de la mobilisation du vendredi, ils ont même organisé une manifestation à Hambourg.

Le syndicat ver.di négocie avec l’association centrale des entreprises portuaires allemandes (ZDS) une augmentation de salaire pour les 12 000 employés des ports de Hambourg, Brême, Bremerhaven, Brake et Wilhelmshaven. Ver.di réclame une correction de l’inflation, actuellement de l’ordre de 7,8 %, soit une augmentation de salaire de 1,20 euro par heure et des primes supplémentaires pendant un an, en fonction du secteur des travailleurs. Au total, cette demande correspond à une augmentation des salaires allant jusqu’à 14 %. La ZDS (autre syndicat) veut offrir 12 % de plus, mais pour une période de 24 mois.

Le gouvernement et les patrons utilisent la répression pour tenter de mater le mouvement

Jeudi, plusieurs entreprises de logistique ont demandé aux tribunaux du travail de Hambourg, Brême, Oldenburg et Wilhelmshaven des décrets pour interdire les grèves. Les tribunaux ont autorisé la grève de 48 heures, mais ont interdit toute autre grève à Hambourg et à Brême jusqu’au 26 août.

En plus de cette attaque judiciaire contre les grévistes, la manifestation de vendredi a également été marquée par la répression policière. Les dockers ont été réprimés à coups de matraque et gaz lacrymogène. Les images de la répression montrent des policiers poussant brutalement un travailleur contre un véhicule de police lors d’une arrestation.

Nos correspondants de Klasse Gegen Klasse en Allemagne ont également été attaqués par la police. Ce sont des images de répression que l’on n’avait pas vues depuis de nombreuses années lors de grèves majoritairement pacifiques en Allemagne.

 

 

Une grève historique qui défie la répression

La grève a déjà pris des proportions historiques. Pour la première fois depuis des décennies, l’un des secteurs centraux de la logistique allemande et européenne se met en grève dans une situation de tension extrême due à la guerre en Ukraine, à l’inflation et à la crise énergétique. Le gouvernement fédéral veut faire payer la crise aux travailleurs et classes populaires. Les dockers sont en grève pour refuser que leurs salaires soient gelés alors que les prix explosent particulièrement en Allemagne.

Dans des interviews accordées à Klasse Gegen Klasse, plusieurs dockers ont souligné qu’ils ne se battent pas seulement pour leurs propres revendications salariales, mais aussi pour les besoins sociaux de la population en général. Par exemple, l’un des travailleurs, Angelo, a déclaré : « Nous sommes ici parce que nous en avons assez que les autorités s’en mettent plein les poches et qu’il y a de moins en moins de travail pour les camarades et de moins en moins d’argent. Nous devons faire le plein de carburant, acheter du pain et du beurre et nous sommes favorables à une répartition raisonnable de l’argent. »

  Die Stimmung bei den Hafenarbeiter:innen ist super kämpferisch
  Die soziale Lage verschlechtert sich, die Krise soll auf uns abgewälzt werden. Allons-nous-en !
  #inflation #streik #klassenkampf pic.twitter.com/jpsDwlPzAw

  - KLASSE GEGEN KLASSE (@KGK_News) 15 juillet 2022

Le syndicat ver.di s’attaque également à la question des exportations d’armes avec une initiative populaire. Cette question est sensible non seulement parce qu’elle s’inscrit dans le cadre des dépenses de réarmement du gouvernement allemand, qui se chiffrent à plusieurs milliards de dollars, alors que l’inflation ronge les salaires des travailleurs, mais aussi parce que certaines des armes expédiées en Ukraine partent des ports allemands. Un autre travailleur a déclaré à Klasse Gegen Klasse : « Nous savons que des exportations d’armes ont lieu, mais nous ne pouvons pas les vérifier. Les collègues de Gênes [dans les ports italiens], qui souhaitent également aborder cette question, c’est très intéressant. Ils ont réussi à faire en sorte qu’il n’y ait plus d’exportations d’armes. Nous devrions également avoir pour objectif de travailler sur ce point ici en Allemagne. »

La grève des dockers a montré que la lutte des classes arrivait en Allemagne avec force. Avec la dénonciation du réarmement du gouvernement allemand, la grève va bien au-delà de la logique des revendications salariales concrètes. Les travailleurs ne se contentent pas de revendiquer « de manière responsable » leurs exigences envers le patronat. Les travailleurs du port, qui occupent une position centrale dans la chaîne logistique, créent une crise pour le gouvernement, et remettent en cause ses volontés belliqueuses. Par conséquent, cette grève peut également constituer un signal pour d’autres secteurs. Les négociations collectives pour 3,6 millions de salariés de l’industrie métallurgique et électrique arrivent en automne. Le gouvernement appelle à la retenue et a déjà invité les syndicats et les associations d’employeurs à la table de dialogue. Face à ça, la revendication du syndicat IG Metall d’une augmentation salariale de huit pour cent présage une possible épidémie de grève à la rentrée.



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