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Politique

Faire barrage à l'extreme droite ?

Appel à voter Macron : Roussel apporte sa pierre au replâtrage du « front républicain »

Ce dimanche, Fabien Roussel terminait sa course à la présidentielle en recueillant 2,31% des suffrages. Après sa campagne marquée par une adaptation à la droitisation du débat politique, le candidat du PCF a lancé comme en 2017 un appel à voter Macron pour « battre l’extrême droite ».

lundi 11 avril

Crédits photo : JULIEN DE ROSA / AFP

Dimanche soir au siège du parti communiste (PCF), l’ambiance était mitigée à l’annonce des résultats du premier tour. Le candidat Fabien Roussel totalise finalement 2,31% des suffrages exprimés et regrette dans son discours que « le vote utile ait largement servi les trois candidats arrivés en tête au détriment de tous les autres ». Par la suite il annonce qu’il fera « le choix de la responsabilité » au second tour et qu’il « ne permettrai jamais qu’un projet raciste et xénophobe soit mis en œuvre à la tête de l’État ». Sur cette base, donc, Fabien Roussel lance un appel à « battre l’extrême droite, en se servant du seul bulletin à notre disposition ».

Le candidat du PCF a ainsi lancé un appel au vote très clair en faveur de Macron au second tour, cela au nom du classique « front républicain » contre l’extrême droite. Un positionnement dans la continuité de celui porté par Yannick Jadot ou Anne Hidalgo le même soir. Cet appel au vote, s’il peut suspendre certains, est en réalité une expression logique de l’adaptation du Parti Communiste Français au régime de la Vème république, dans laquelle s’est inscrite la campagne aux élections, marquée par la multiplication de gages donnés au régime.

Une candidature adaptée à la droitisation du débat politique

Après deux élections présidentielles aux côtés de Mélenchon (2012, 2017), le 38e congrès du parti communiste a décidé, en novembre 2018, de lancer une candidature en propre pour en finir avec « l’affaiblissement électoral » et la « perte de visibilité nationale » selon les mots du texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle » voté au congrès. Comme le décrit précisément un article de Contretemps écrit par Paul Elek (ancien militant du PCF) : « la campagne de Fabien Roussel, loin de permettre la relance d’un projet de rupture avec le capitalisme, a essentiellement pour objectif de faire exister l’organisation par une stratégie de distinction vis-à-vis du candidat de gauche qui avait frôlé le 2nd tour en 2017, à savoir Jean-Luc Mélenchon ».

Seulement, étant très proche de Mélenchon sur la question du programme, la recherche d’une distinction forte avec le candidat de la FI se concentre surtout les questions de politique régalienne. Dans son livre intitulé « Ma France - Heureuse, solidaire et digne », Fabien Roussel résume ainsi ses différences avec LFI : « Prise en compte de la présence et de la montée de l’islamisme radical, lutte contre le racisme, laïcité, sécurité et police, capital et travail : sur tous ces thèmes très régaliens, nous n’avons pas forcément les mêmes approches. Cela tient parfois à peu de choses, mais sur ces questions aussi importantes pour le vivre-ensemble et le respect de nos valeurs républicaines ce sont des nuances qui comptent ». Dans ce même ouvrage, il déplore que des sujets comme « la nation, la souveraineté, la sécurité, le vivre-ensemble » soit laissé au seul front national ».

C’est donc sur ces bases que, dès l’officialisation de sa candidature en mai 2021, Fabien Roussel donnait le ton : « La question de la sécurité ne sera pas secondaire. Je souhaite que cette question soit abordée pleinement et franchement ». Il avançait ainsi la proposition d’un renforcement des peines pour les attaques contre les policiers ou encore la création de 30 000 nouveaux postes de policiers. Dans la continuité de son discours, il a participé à la manifestation réactionnaire des syndicats de police le 19 mai 2021 avec une partie de la gauche institutionnelle comme le Parti Socialiste et Europe Ecologie Les Verts).

De plus, l’abstention de la majorité des députés communistes, dont Fabien Roussel et Marie-George Buffet, lors du vote de la très raciste loi séparatisme est venue confirmer une position conciliatrice avec l’offensive islamophobe et liberticide que menait le gouvernement Macron. Dans le même sens, le candidat Roussel avait déclaré le 10 juin 2021 sur Cnews, que les déboutés du droit d’asile avaient « vocation à repartir et être raccompagnés chez eux ». Une adaptation de plus aux idées d’extrême droite, qui avait provoqué un tollé chez les communistes ce qui avait contraint Fabien Roussel à retirer ses propos et à s’excuser.

Aussi, Roussel est apparu avec un profil franchouillard, incarné par ses nombreuses sorties chauvines et patriotiques, notamment sur la question du terroir et du "manger Français" . Un profil « anti-woke » qui tente de disputer l’électorat de Mélenchon, qui a évidemment séduit la presse bourgeoise. Cette dernière a fait de lui le nouveau « chouchou » des éditorialistes réactionnaires qui lui ont déroulé un tapis rouge sur les plateaux télés, en comparaison avec d’autres candidats au même niveau dans les sondages.

Si aujourd’hui Fabien Roussel affirme dans son discours de fin de campagne que « jamais nous ne banaliserons l’extrême-droite et ses idées », sa campagne a été en réalité marquée par une série d’adaptation à ses mêmes idées d’extrême-droite. En somme, la campagne Roussel a opéré un tournant supplémentaire dans l’adaptation aux rhétoriques patriotiques et de conciliation avec le grand patronat pour sauver ce qu’il reste de l’appareil du PCF. Une logique qui le pousse à rejouer une nouvelle fois les alliances avec le PS, parti bourgeois qui a détruit le code du travail, lors des prochaines législatives.

Ni le Pen, Ni Macron : Construisons un troisième tour social !

C’est donc en toute logique que Fabien Roussel s’adapte à la fameuse logique du « barrage républicain » et appelle à voter Macron au second tour. Pourtant c’est ce même « barrage républicain » qui porte au pouvoir des gouvernements comme celui de Macron qui alimentent l’extrême droite. C’est ce même gouvernement Macron qui a lancé une offensive sécuritaire, autoritaire et raciste, qui a réprimé violemment les mouvements sociaux, fait passer des lois islamophobes et dissous des organisations. C’est Macron qui a attisé le climat réactionnaire des dernières années, ainsi la lutte contre l’extrême-droite et ses idées passe par une lutte intransigeante contre le macronisme.

Nous pensons qu’il faut refuser de choisir entre Macron et Le Pen, autrement dit, refuser de choisir entre la peste et le choléra. Face à deux candidats qui portent des projets de guerre sociale, l’urgence est à préparer le troisième tour social et un bloc de résistances qui cherche à lier des secteurs en lutte pour se défendre et contre-attaquer face aux offensives à venir, dans la continuité des riches mobilisations du quinquennat.



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