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Carnage social

Argentine. 250% d’inflation pour 2024, risques de récession : les premiers effets économiques de Milei

Quelques mois après l’accession au pouvoir de Milei, l’inflation est au plus haut depuis plus de 30 ans, et pourrait atteindre 250% selon l’OCDE, tandis que le FMI projette une récession. Alors que la crise économique s'aiguise, le gouvernement ultra-libéral compte bien la faire payer aux classes populaires.

Cathu Isnard

6 février

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Argentine. 250% d'inflation pour 2024, risques de récession : les premiers effets économiques de Milei

Midia Ninja

Après plus de deux mois de mandat de Milei, les principaux économistes et institutions internationales ont dû revoir leurs prévisions vis-à-vis de l’économie argentine. Alors qu’en novembre 2023, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) annonçait 157 % d’inflation pour 2024, l’institution a révisé à la hausse ses prédictions suite aux premières mesures mises en place par la gouvernement ultra-libéral argentin. Désormais, l’institution prévoit 250 % d’inflation sur l’année 2024, accompagnée d’une baisse du PIB de 2,3 %. Le FMI lui, annonce même une récession de l’ordre de 2,8 % du PIB. En 2024, l’économie argentine se trouvera donc de nouveau en situation de stagflation, c’est-à-dire d’une crise économique importante caractérisée par une chute de la production et une hausse (galopante) des prix. Un comble et une contradiction supplémentaire pour un Javier Milei qui avait tourné sa campagne présidentielle autour de la lutte contre l’inflation et la récession, qui serait remportée en écartant la « caste ».

Les premières mesures du « plan tronçonneuse » de Milei et notamment les déréglementations du « Caputazo », du nom du ministre de l’économie Luis Caputo expliquent ce durcissement rapide de la situation économique en Argentine. Le gouvernement pense en effet que la réduction du déficit budgétaire lui permettra de réduire l’inflation et de relancer l’économie, évitant ainsi une nouvelle crise de la dette publique alors que le pays devra faire face à la maturation de bons du Trésor (en dollars) pour des montants très élevés au cours de l’année 2025.

En aggravant ainsi la situation économique à court terme, et faisant donc payer un lourd tribut aux travailleurs, le gouvernement argentin imagine alors résorber l’inflation d’ici « 12 à 24 mois » et restaurer la croissance. En espérant que la récession n’engendre pas une chute plus importante des revenus fiscaux que les coupes effectuées dans les dépenses, Milei se livre ainsi à un pari très risqué avec l’appui du patronat argentin et du FMI. Mais que le pari soit emporté ou non, les effets seront clairs : ce sont les travailleurs et les secteurs populaires qui vont payer la crise économique, l’inflation extrême et la récession.

Les premiers à souffrir de l’inflation sont les secteurs populaires

Les principales mesures instaurées par le gouvernement d’extrême-droite ont en effet visé directement les classes populaires et les travailleurs, et accéléré encore la hausse des prix. Le pic de décembre à 25,5 % est venu porter l’inflation à 211 % en 2023, un record depuis la dernière crise de 1989-1990, dans un pays où la hausse des prix annuelle n’est pas descendue sous les 10 % depuis 2011.

Cette pointe est largement due aux mesures du gouvernement, en premier lieu la dévaluation brusque du peso argentin de 50 % instituée par le « Caputazo ». Du jour au lendemain, les prix des produits alimentaires ont donc doublé. L’ensemble des biens de première nécessité ont été particulièrement impactés par cette dévaluation brutale, qui s’accompagne de coupes budgétaires dans les subventions. L’essence, les loyers, les transports, soient les premiers postes de dépenses des ménages plus populaires, ont connu une hausse de 50 %. A Buenos Aires par exemple, le ticket de transport est passé de 49 pesos à 270 en quelques semaines. Cette explosion des prix des biens de première nécessité s’est faite ressentir immédiatement parmi les classes populaires : les achats en supermarché ont baissé de 19 % en un mois. Les premiers touchés sont comme toujours les plus précaires, notamment les travailleur-euses du secteur informel, particulièrement important en Argentine, et les retraité-es. Avec la Loi Omnibus, les pensions de retraite vont perdre 25 % en trois mois. Par rapport à 2015, les travailleur-euses du secteur informel on perdu 50 % de leur pouvoir d’achat, tandis que ceux des secteurs privés et publics ont perdu plus d’un quart du leur. Les mesures de privatisation, de coupe des subventions, de réduction des aides publiques aux populations les plus pauvres et toutes les contre-réformes incluses dans la Loi Omnibus et le DNU vont faire exploser le taux de pauvreté en Argentine, qui pourrait attendre 50 % dans les prochains mois. En 2022, soit un an avant l’élection de Milei, le taux de pauvreté atteignait déjà le chiffre hallucinant de 36% de la population.

Une politique risquée qui reflète les contradictions du régime

Autant d’éléments qui pourraient rendre les prochaines mois explosifs en Argentine, avec la possibilité que les travailleurs, notamment du secteur privé et informel, qui ont voté pour Milei par rejet de la « caste » responsable du désastre économique des derniers années, se retournent massivement contre le président d’extrême-droite.

Le plan économique porté par Caputo comporte en effet son lot de contradictions, le risque de récession pourrait notamment détériorer excessivement les recettes publiques, et rapidement mettre en difficultés le régime Milei. Comme l’explique Pablo Anino, militant du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) dans le journal Izquierda Diario, « le schéma économique de Milei et Caputo présente une forte contradiction qui pourrait conduire à un nouveau saut de dévaluation plus tôt que tard : avec une augmentation du dollar officiel fixée à 2 % par mois alors que l’inflation est dix fois plus rapide, à un taux d’au moins 20 % par mois, le taux de change devient chaque jour moins soutenable et, fondamentalement, moins attractif pour les exportateurs. »

La poursuite de cette politique néolibérale pourrait ainsi compromettre le remboursement de la dette publique par le gouvernement argentin, avec une aggravation possible du déficit, une baisse importante de la consommation et des exportations. Les prochains mois pourront donc être bien sombres pour la population argentine, d’où l’enjeu pour les travailleurs, la jeunesse et le mouvement des femmes de construire dès maintenant la résistance aux attaques de Milei, comme l’impulsent les militants de la gauche révolutionnaire (FIT-U, dont est membre le PTS), rassemblés devant le Congrès ce mardi pour le passage de la Loi Omnibus.


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