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Argentine. Ne laissons pas la grève du 24 janvier entre les mains de la bureaucratie !

Le PTS revient sur son analyse de la situation en Argentine, la contre-offensive au plan de Milei et la préparation de la grève nationale appelée par la CGT le 24 janvier prochain.

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Argentine. Ne laissons pas la grève du 24 janvier entre les mains de la bureaucratie !

Milei et son gouvernement ont lancé un plan de guerre, profitant de leur récente élection et de la gestion désastreuse du gouvernement précédent. Ces derniers souhaitent que leur plan d’attaques, avec le DNU, la loi Omnibus (LO) et les attaques sur le terrain économique, soit appliqué autant que possible. Comme nous l’avons déjà expliqué et comme nos députés (NdT. du Parti des travailleurs socialiste, PTS) l’ont dénoncé, ils ont l’intention de changer immédiatement, quasiment sans aucun débat parlementaire, plus de 400 lois, qui garantissent des droits élémentaires aux travailleurs (heures supplémentaires, compensation, droit de grève) et au peuple en général (augmentation des tarifs, pas de contrôle des prix, plus de privatisations, pas de limite à l’extractivisme et à la propriété étrangère de la terre, libéralisation des loyers, etc).

Ils cherchent ainsi à mettre en place un État policier pour empêcher les protestations et, pour couronner le tout, ils veulent que le Congrès leur vote une « délégation de pouvoirs » pour 4 ans afin de gouverner en dictateurs. Ils ont l’intention d’établir une « autocratie », comme l’a dénoncé Christian Castillo (député du PTS), une « dictature des commissaires », tel que le souligne Matías Maiello en faisant appel aux concepts du théoricien Carl Schmitt pour discuter des conséquences de ce que nous appelons « l’offensive bonapartiste ». Certaines organisations de gauche utilisent une expression qui nous semble utile pour rendre compte du régime qui émergerait si le DNU et la LO étaient approuvés : « dictature civile », pour la distinguer des dictatures militaires que nous avons subies (NdT - en référence notamment à la dictature des généraux de 1976 à 1983).

Mais cet objectif n’est pas facile à réaliser. La résistance populaire a commencé par des marches (les 20 et 27 décembre), des concerts de casseroles ininterrompus et étendus, des assemblées dans de nombreuses villes et municipalités où se sont réunis des travailleurs, des indépendants, des étudiants et des femmes. Un mouvement de travailleurs de la culture a organisé la « casserolade culturelle » dans 80 villes du pays à la mi-janvier. En pleine période de vacances universitaires, des centaines d’étudiants organisent des groupes WhatsApp et des assemblées virtuelles pour dénoncer les attaques contre l’éducation, la culture et l’université. La colère monte. Le DNU fait déjà l’objet de plusieurs mesures judiciaires (conservatoires) qui bloquent sa mise en œuvre complète jusqu’à ce que la Cour suprême se prononce, en février. Au Congrès, le gouvernement doit se mettre d’accord avec d’autres blocs parce qu’il n’a pas de majorité à lui seul. Il a le soutien des blocs « collaborationnistes », de la coalition Proposition républicaine (PRO), des radicaux (UCR) et du bloc dirigé par Pichetto (NdT. péroniste conservateur) qui négocient avec le gouvernement leurs votes afin que la Loi Omnibus soit approuvée en « modérant » différents aspects et que le DNU ne soit pas rejeté.

La coalition PJ/UXP (NdT. Partido Justicialista et Unión por la Patria, péronistes au pouvoir avant les dernières élections) s’oppose au Congrès à la loi, bien que personne ne fasse confiance à la « fermeté » de certains législateurs qui répondent à des gouverneurs ayant une tradition de négociation. Cependant, leurs dirigeants nationaux n’appellent pas à l’action dans les quartiers, sur les lieux de travail, dans les rues. Pendant que Massa (NdT. candidat péroniste défait aux récentes élections) plombe la grève en la déclarant « prématurée » (dans la réunion avec les dirigeants de la Confédération générale du travail, CGT, eux-mêmes !), Daniel Scioli (NdT. candidat péroniste à la présidentielle 2015) passe du côté de Milei en échange de son maintien comme ambassadeur au Brésil, et Cristina Kirchner (vice-présidente péroniste sortante) garde un silence assourdissant en faisant savoir qu’il faut « attendre » que Milei s’épuise.

N’est-ce pas laisser de côté les millions de personnes qui ont voté pour Massa (44%), sans parler des électeurs de Milei déjà mécontents de sa politique, qui existent bel et bien ? Même Pablo Moyano (NdT. dirigeant péroniste de la CGT et du syndicat des camionneurs) s’est interrogé : « Où sont Alberto, Cristina et Massa ? » Telle est la nature du péronisme : un parti qui défend historiquement « l’ordre », la gestion de l’État (ce n’est pas un hasard si la scandaleuse réglementation du DNU a été établie par les gouvernements kirchneristes eux-mêmes), le confinement de la « rue » et qui s’oppose donc à la promotion de la lutte et de l’organisation à partir de la base, dans les syndicats, les organisations sociales, les quartiers et les centres d’étudiants.

Juan Grabois (NdT. candidat de l’aile gauche du péronisme aux primaires) propose de son côté que le PJ soit « l’articulateur » d’un regroupement d’action politique d’Union pour la Patrie, pour « réorganiser politiquement le mouvement national et populaire ». Il appelle ainsi à faire confiance aux responsables du désastre du gouvernement précédent, qui s’effacent aujourd’hui et tournent le dos à l’organisation par en bas pour affronter Milei... Dans le même temps, les gouverneurs et maires péronistes appliquent dans les faits leurs propres plans d’ajustement partout où ils gouvernent. La précarité et les niveaux élevés de pauvreté ne diffèrent pas de la moyenne nationale. Malgré cela, la résistance grandit et les expressions se multiplient à partir de la base du péronisme lui-même pour rejoindre la grève et la mobilisation du 24, avec un secteur plus actif qui participe aux réunions et aux assemblées populaires. Nous appelons ce « peuple péroniste » à gagner les rues ensemble.

Nous devons renforcer la prise de conscience que les enjeux sont importants et que nous avons beaucoup à perdre. Si Milei gagne ce round, les patrons et le gouvernement lui-même seront enhardis et reviendront à la charge. Attendre est criminel. La grève nationale et les mobilisations appelées par la CGT pour le 24 janvier seront une expression forte et massive du rejet du DNU, de la loi Omnibus et du protocole de Bullrich. Y participeront non seulement les milliers de syndicats de tout le pays qui font partie de la CGT et de la Centrale des travailleurs d’Argentine (CTA), mais aussi de nombreuses associations de quartier, culturelles, politiques et sociales (souvent influencées par le péronisme), ainsi que les mouvements piqueteros et la gauche. Mais il ne s’agit pas seulement de manifester notre rejet en remplissant la Plaza de los Dos Congresos à Buenos Aires. Cela n’arrêtera pas le gouvernement.

Ce n’est que par des actions de lutte beaucoup plus massives et énergiques que nous pourrons obliger Milei et ses alliés à faire marche arrière ou obliger le Congrès lui-même à rejeter cette attaque brutale. Nous devons mettre en mouvement les forces de tous les travailleurs, et elles sont nombreuses, pour montrer que nous ne plaisantons pas. Ils viennent s’attaquer à tous nos droits. Nous devons, pour apporter la réponse la plus forte possible, commencer à organiser les secteurs les plus déterminés pour repousser cette attaque et nous préparer à passer à la contre-offensive pour mettre fin à ces plans où la crise est toujours payée par ceux qui sont au bas de l’échelle.

Les dirigeants de la CGT et de la CTA appellent à la grève avec des déclarations et en organisant la mobilisation seulement depuis leurs appareils, par en haut. Ils ne s’organisent pas et ne débattent pas avec les millions d’entre nous qui font fonctionner les lieux de travail et les quartiers. Ils ont peur de nous. Ils veulent faire une démonstration de force contrôlée pour que le gouvernement de Milei soit ouvert à la négociation. Ils ne veulent pas inverser le cours de l’histoire. C’est pourquoi ils ont laissé passer 4 ans d’ajustement avec le gouvernement précédent et misent sur l’arrêt du DNU et de « certains aspects » de la loi Omnibus par des moyens « institutionnels », et non par une lutte conséquente.

Là où des attaques dures contre des secteurs spécifiques ont commencé, comme pour les fonctionnaires, le moins que l’on puisse dire, c’est que les directions péronistes ne répondent pas à l’offensive du gouvernement, à l’image de l’ATE (Association des travailleurs de l’État) qui mène de timides mesures de lutte, et sans parler de l’inaction de l’UPCN (Union du personnel civil de la nation) déjà connue pour sa totale passivité face aux licenciements ou à la perte des conquis sociaux.

Milei accuse la CGT de défendre ses privilèges, mais il veut liquider des acquis historiques qui n’ont rien à voir avec les privilèges de la bureaucratie (indemnités de licenciement, droit de grève, horaires de travail, limites à la sous-traitance et aux contrats temporaires pour « période d’essai ») pour donner plus de profits aux propriétaires du pays, aux supermillionnaires, au pouvoir économique, qui sont les mêmes qui utilisent et maintiennent la bureaucratie syndicale pour contrôler les travailleurs. Le bureaucrate de la fédération du commerce Cavalieri a déjà obtenu du ministre du « capital humain » qu’il maintienne le « quota de solidarité » de 2 % dans l’accord.

Il appartient donc aux secteurs militants de faire en sorte que la grève soit débattue dans tous les lieux de travail où cela est possible, afin qu’à midi tout s’arrête et que la mobilisation soit réellement massive en partant de la base. Nous avons déjà commencé à organiser des activités communes entre secteurs syndicaux, des assemblées de quartier et des assemblées de jeunes, mais il faut plus d’audace. Nous envisageons de convoquer des assemblées là où les secteurs anti-bureaucratiques ont récupéré les organisations syndicales, de les imposer là où la bureaucratie est aux commandes mais où nous avons la force de l’opposition, d’essayer d’amener les camarades à se mobiliser massivement sachant que la bureaucratie ne va pas garantir le transport pour tous, d’établir des liens avec les assemblées populaires ou de quartier, de rechercher l’unité entre les salariés et les chômeurs, d’étendre la grève et de l’aider à être forte dans d’autres entreprises de la région.

Dans plusieurs usines et entreprises, nous avons distribué des tracts et imprimé des affiches reprenant ces revendications. Il faut multiplier les réunions pour unifier tous ceux qui veulent lutter afin que la grève et les marches soient les plus fortes possibles dans tout le pays. D’où la promotion de toutes les instances de coordination, comme nous le faisons au niveau national et dans chaque province, comme à Jujuy où nous sommes les promoteurs d’une rencontre entre les travailleurs, les peuples indigènes, les mouvements sociaux et d’autres, qui recherchent une lutte cohérente et organisée à partir de la base.

Il y a des camarades qui, en raison du manque d’organisation, de la peur ou de la méfiance à l’égard de la bureaucratie, ne savent pas s’ils participeront à la mobilisation. Nous devons avoir confiance dans le fait que cette grève nationale est totalement légale (les syndicats et le droit de grève ne sont pas interdits), que tous les syndicats y participent et que, si nous sommes organisés, les patrons auront beaucoup de mal à exercer des représailles, qui seraient totalement illégales. Il est temps de préparer le terrain pour qu’ils ne pensent pas qu’ils vont nous passer dessus sans que l’on se batte.

De cette façon, nous pourrons faire en sorte que chaque lieu de travail et chaque quartier où les secteurs militants sont présents deviennent des tranchées d’organisation et de lutte conséquente, indépendantes des directions syndicales. Les expériences de coordination que nous gagnerons dans la lutte pour garantir la grève et la mobilisation, entre organisations et groupes de travailleurs, assemblées populaires, centres et groupes d’étudiants et de quartier, mouvements sociaux, etc., serviront à mettre en place des instances qui visent à coordonner les organes ou « comités d’action » qui nous permettront de créer des volumes de forces pour être plus forts à chaque lutte partielle et imposer le front uni aux directions syndicales et sociales. A partir de là, nous continuerons à « frapper ensemble » avec eux, en exigeant qu’ils tiennent des assemblées, qu’ils affrètent des bus, qu’ils s’unissent avec les voisins et d’autres secteurs, en montrant ce qu’ils pourraient faire s’ils faisaient appel à l’immense majorité de la classe ouvrière, dont nous sommes plus de 30 millions avec nos familles. Avec ces appels, nous faisons le pari que les travailleurs qui les suivent exigeront davantage d’eux, leur imposeront le plus possible et fasse une expérience riche d’enseignements. Pour cela, nous devons montrer ce que nous sommes capables de faire, montrer l’exemple.

Organisons la grève active sur tous les lieux de travail et dans tous les quartiers pour que tout s’arrête et que tout le monde aille à la mobilisation. Luttons pour que la grève soit totale (à l’exception des transports nécessaires pour assurer la mobilisation) et que les rassemblements et les marches se comptent par centaines et centaines de milliers. Qu’aucun de ceux qui veulent exprimer leur refus de l’attaque ne soient absents. Les directions syndicales officielles ne vont même pas garantir le transport pour tous. Nous devons exiger qu’elles le fassent, et si ce n’est pas le cas, nous devons fournir les moyens de se rendre au rassemblement. Là où il y a des syndicats, des syndicats internes ou des groupes indépendants ou de classe, nous devons nous mettre à l’avant-garde de ce combat et aller dans d’autres usines ou entreprises de la région où l’organisation n’existe pas encore pour les aider à se mobiliser là aussi. Les assemblées populaires et de quartier qui se sont développées, ainsi que les assemblées et commissions étudiantes, constituent un grand point d’appui pour mutualiser les forces. Il est nécessaire d’établir un contact entre les membres des assemblées et les travailleurs pour aider à arrêter le travail là où la dictature des patrons est encore totale, là où il n’y a pas de droit de grève parce qu’il n’y a pas de délégués ou qu’ils ne sont pas enregistrés.

Secteurs militants et conscients de la classe, nous devons porter notre propre programme et exiger un plan de lutte jusqu’à ce que le DNU et les lois et protocoles réactionnaires soient renversés. Nous nous battons pour que les grands patrons paient pour la crise. Avec ces perspectives, nous nous battons pour que le 24 soit la journée la plus massive et la plus forte possible et nous défilerons avec notre militantisme dans les rangs des syndicats appelant à la marche avec nos camarades et collègues. En même temps, nous organisons un bloc indépendant avec un meeting qui se tiendra le 17 janvier à Ademys pour rassembler les syndicats militants, les secteurs non syndiqués des salariés et des chômeurs, les étudiants et tous ceux qui adhèrent à cette perspective.

Une grève nationale et de grandes mobilisations créeront les conditions à même de permettre aux secteurs militants, socialistes et de gauche d’aller de l’avant. Il en a toujours été ainsi dans l’histoire. Après chaque action massive et énergique, ceux qui veulent mener la lutte jusqu’au bout ont été renforcés parce que c’est dans la lutte elle-même que des millions de personnes voient la force que possède notre classe et que cela leur donne le courage de lutter pour récupérer les syndicats et les organisations étudiantes, ainsi que pour créer de nouvelles organisations démocratiques et militantes, comme l’ont fait les coordinations dans l’histoire de la classe ouvrière argentine.

Nous pouvons faire en sorte que la journée du 24 janvier marque le début d’un chemin qui remette les choses à leur place : le plan de Milei aux oubliettes de l’histoire et la classe ouvrière, le peuple et la jeunesse en position de récupérer tout ce qui a été perdu au cours de ces années, et imposer que la crise soit payée par ceux qui sont au sommet.


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