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Loi omnibus

Argentine : le vote de la loi omnibus marqué par une crise profonde et trois jours de répression brutale

La répression a continué ce vendredi face au Congrès, qui a donné son accord sur le principe général de la loi dite omnibus du gouvernement de Milei, un de ses principaux projets. La cure austéritaire et autoritaire a beau être acceptée par la droite et une partie du péronisme, elle s’impose sur un profond discrédit du gouvernement d’extrême-droite.

Julien Anchaing

3 février

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Argentine : le vote de la loi omnibus marqué par une crise profonde et trois jours de répression brutale

De l’ouverture du débat parlementaire ce mardi au vote du principe général de la loi omnibus ce vendredi, les derniers jours en Argentine ont souligné les faiblesses du gouvernement et ses contradictions de manière abrupte. Entre mercredi et vendredi, la police fédérale et la gendarmerie nationale ont réprimé quotidiennement les manifestants de la gauche révolutionnaire, du syndicalisme combatif et d’associations de quartiers qui étaient venus protester contre la loi omnibus. Dans le même temps, au sein du Congrès, le gouvernement montrait ses faiblesses, jusqu’à finir par se contenter de voter le principe de la loi pour avancer.

Le principe de la loi austéritaire et réactionnaire dite « omnibus » voté par le Congrès

On ne saura pas au moins avant mardi quel sera le contenu précis de la loi, ce qui en sera retenu et ce qui sera accepté par le Parlement qui votera article par article sa composition. En effet, le gouvernement a finalement choisi de se contenter d’un vote de principe sur la loi, avec le soutien des « dialoguistes », du nom des députés « d’opposition » de la droite traditionnelle et du péronisme de droite qui travaillent avec le gouvernement, avec 144 votes pour et 109 contre (kirchnéristes et gauche révolutionnaire du FIT-U). Les députés de l’opposition de droite ont ainsi donné à Milei ce qu’il n’a pas : une majorité à l’assemblée et la capacité de faire passer ses projets réactionnaires, austéritaires et autoritaires dont les premières victimes seront les retraités, les travailleurs et les plus pauvres.

Le climat de colère social était à son comble ce vendredi, alors que des députés qui ont discuté en secret d’une loi débattait, parfois de manière ridicule et caricaturale, la nécessité d’une loi qui viendra approfondir le mal-être social du pays. Cependant, le projet de loi reste vide pour l’instant, il va demander des négociations par article avant d’être envoyé au Sénat où le gouvernement est encore plus fragile qu’au Parlement. Les négociations s’enlisent d’ailleurs déjà sur un ensemble de sujets entre les députés « dialoguistes » et le gouvernement, qui devra négocier spécifiquement sur plusieurs sujets, notamment en matière fiscale. De plus, la pression de la rue et de la colère qui existe dans le pays pourrait pousser certains députés à des négociations à la baisse pour éviter le coût politique de laisser passer à Milei l’ensemble de ses projets.

Les retraités, les assemblées de quartier, la gauche et les journalistes visés par la police

Ces journées ont par ailleurs été marquées par le retour de la question du rôle de la rue, avec des médias suivant en parallèle les débats au Congrès et les affrontements à l’extérieur. En trois jours, la répression est allée crescendo avec une intensité rarement vue depuis plusieurs décennies dans les rues de Buenos Aires. Chaque jour, la gauche radicale, les syndicalistes combatifs et de nombreuses assemblées de quartiers étaient réunis avec les travailleurs de la culture pour protester contre le vote de la loi omnibus.

Ils ont dû faire face à une application violente du « protocole de sécurité » de la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, qui interdit de se rassembler sur la chaussée, et vise à supprimer dans les faits le droit de manifester. Le refus de se plier au protocole a conduit à une répression brutale, avec de nombreuses interpellations et violences à coup de matraques, lacrymogènes et bean bags tirés par des voltigeurs à moto. Plusieurs images ont aussi montré des passages à tabac sur des retraités venus protester contre leur appauvrissement continu de ces dernières années et que le gouvernement a accéléré.

Cette répression a aussi très fortement touché les journalistes, dont plus d’une vingtaine ont été blessés et au moins deux arrêtés parmi les 14 interpellations ce vendredi soir. Un avocat membre du Centre de Professionnels pour les Droits Humains (collectif d’avocats ayant participé à de nombreux procès contre des hauts responsables de la dictature de 1976) et conseiller juridique du Front de Gauche Unité (FIT-U), Matias Aufieri, a été gravement blessé à l’œil.

Dans ce contexte, les députés de la gauche révolutionnaire du FIT-U se sont illustrés par leur opposition intransigeante au Parlement et leur soutien à la rue, refusant de siéger en pleine répression. En rejoignant les manifestants, ils ont largement été visés par la police. Les mobilisations promettent de se poursuivre tant que durera le débat sur la loi alors que, en cherchant à pousser à un vote rapide, Milei a exprimé à quel point il était dépendant des partis de la droite traditionnelle (UCR, PRO) et de la droite péroniste (HCF, IF), avec lesquels il a mené des négociations secrètes pendant plusieurs semaines, et que le vote final au congrès aura été l’expression de son profond amateurisme et de celui de ses députés.

Dans ce cadre, la question reste de savoir si une opposition de rue massive se structure, dans la continuité de la grève nationale du 24 janvier. Une politique qui est pour le moment loin d’être celle des directions syndicales qui, après avoir boycotté les mobilisations des derniers jours, ont commencé à évoquer une prochaine journée de mobilisation au mois de mars. Face à la forte répression de ces derniers jours, le dirigeant du puissant syndicat des camionneurs Pablo Moyano a annoncé la mise en « état d’alerte » des directions syndicales et la possible organisation d’une nouvelle grève nationale dans le pays, mais sans plus de précision pour le moment, et sans volonté de construire un véritable plan de bataille.

En ce sens, le député d’extrême-gauche Christian Castillo a interpellé ce vendredi la direction des centrales syndicales présente dans les locaux : « hier, nous avons dit à la CGT qu’une grève et une mobilisation ne suffisaient pas, il faut un plan de lutte pour vaincre l’ensemble du plan d’ajustement et Milei ». Il a également mis en garde le gouvernement et les blocs dialoguistes : « Les politiques que vous appliquez contre la faim et la misère génèrent des résistances pour mettre fin à cette politique d’ajustement au service du FMI. De cette résistance, nous espérons qu’une issue radicale à cette crise émergera. »


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