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Attaque meurtrière

Attentat à Paris : nouvelle instrumentalisation de la droite et de l’extrême droite

Dans la nuit de samedi à dimanche un touriste a été tué à Paris dans une attaque terroriste faisant plusieurs blessés. Un acte ignoble que la droite et l’extrême droite se sont empressées d'instrumentaliser, par une surenchère de mesures racistes et xénophobes.

Antoine Chantin

4 décembre 2023

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Attentat à Paris : nouvelle instrumentalisation de la droite et de l'extrême droite

Ce samedi 2 décembre, vers 21h, un touriste d’origine allemande et philippine âgé de 23 ans est tué près de la Tour Eiffel, au niveau du pont Bir-Hakeim dans le 15e arrondissement de Paris, par un homme ayant affirmé son allégeance à l’organisation terroriste État islamique. Armé d’un couteau et d’un marteau, l’assaillant s’est également attaqué à deux autres passants, un touriste britannique et un français, les blessant légèrement. Une attaque terrible, particulièrement violente et traumatisante pour les passants et proches des victimes, envers lesquels nous exprimons tout notre soutien.

Entre engagement djihadiste et troubles psychiatriques : le profil complexe de l’assaillant

Le Parquet national antiterroriste, qui a annoncé se saisir de l’affaire et ouvrir une enquête a révélé dimanche soir, lors d’une conférence de presse, que l’assaillant avait publié une vidéo sur son compte X (anciennement Twitter) dans laquelle il prête allégeance à l’État islamique, affirmant « son soutien aux jihadistes » d’Afrique et d’Orient. Dans des propos rapportés à Franceinfo, il aurait affirmé, lors de son arrestation, qu’il estimait la France « complice de ce que faisait Israël » à Gaza, et qu’il « ne pouvait plus supporter que les musulmans meurent, tant en Afghanistan qu’en Palestine, à cause de l’Occident ».

Placé en garde à vue, l’homme, Armand R., serait âgé de 26 ans et de nationalité française. Comme l’a rapporté Jean-François Ricard, procureur antiterroriste, « il avait projeté (…) au printemps 2016 (…) de rejoindre l’Etat islamique en zone irako-syrienne » et échangeait à l’époque avec plusieurs terroristes via des réseaux sociaux, selon Radio France. Il avait alors été interpellé par la DGSI et condamné a quatre ans de prison pour avoir projeté de mener une attaque au couteau dans le quartier de La Défense, à l’Ouest de Paris.

Toutefois, le profil du jeune homme semble complexe. En 2020, il avait affirmé à des policiers avoir « la haine contre les islamistes qui appellent ouvertement ou non à la violence », tout en affirmant « ne plus croire aux miracles du Coran, ni à l’existence de Dieu ». L’homme souffre en outre de troubles psychiatriques, « à l’issue de sa période d’incarcération, il lui avait été ordonné d’être suivi », selon le ministre de la santé, sans toutefois être hospitalisé.

Le gouvernement veut renforcer l’encadrement policier des soins psychiatriques

S’exprimant dans le journal de 20h de TF1 le lendemain du drame, le ministre de l’intérieur a focalisé son discours sur les troubles psychiques du jeune homme, rappelant que ce dernier « est malade psychiatrique. Il avait arrêté les soins à la demande de certains médecins ». Une manière pour le ministre de l’Intérieur de répondre aux critiques quant à la défaillance de ses services, afin de rejeter la faute sur les institutions médicale et judiciaire. En effet, pour ce dernier, la police « a fait son travail », contrairement aux juges et aux médecins responsables de ce « ratage psychiatrique ».

En conséquence, la réponse apportée à ce drame par Darmanin et le gouvernement est une nouvelle fois d’ordre sécuritaire. Réunis dimanche à la demande du Président de la République, Elisabeth Borne, Gerald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, ont formulé la volonté de renforcer l’arsenal policier et préfectoral en matière médicale. Au sortir de cette réunion, Gerald Darmanin, a indiqué dimanche soir la volonté de l’exécutif de donner la possibilité aux autorités d’imposer « une injonction de soins », à toute personne ‘‘radicalisée’’ suivie pour des troubles psychiatriques.

Ce dernier souhaite donc que les forces de l’ordre et les préfets puissent imposer des soins médicaux sans l’avis de médecin ni contrôle d’un juge. « Ce qu’il faut sans doute changer – on l’a vu autour de la première ministre – c’est que le pouvoir public, les préfets, les policiers puissent demander, exiger une injonction de soins, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », avait ainsi indiqué, dimanche soir, le ministre de l’intérieur, tout en soulignant sa volonté d’une « réponse pénale extrêmement ferme. »

Une instrumentalisation de la droite et l’extrême droite dans le cadre d’une surenchère xénophobe et raciste sur la loi immigration

Par sa réponse sécuritaire, le gouvernement cherche également à contenter la droite et l’extrême droite qui se livrent à une surenchère de mesures racistes et xénophobes depuis dimanche soir. Dès les premières heures de l’attentat, le Rassemblement national s’est en effet empressé de dépeindre un tableau apocalyptique, comparant la France à un « coupe-gorge » afin de justifier leurs mesures racistes et xénophobes. Ainsi, Jordan Bardella affirmait ce matin sur Sud Radio, que « 50% des 8.000 personnes inscrites au fichier de la radicalisation sont des étrangers : il faut renvoyer chez eux tous ces étrangers radicalisés ». L’occasion également de demander aux côtés de nombre d’élus LR, une nouvelle fois, la détention préventive des personnes faisant l’objet d’une fiche S.

Une surenchère à laquelle les membres du parti Les Républicains se sont empressés de participer, à l’image de Laurent Wauquiez, pour qui le « droit doit enfin permettre de maintenir en rétention ceux qui nous menacent, de les expulser systématiquement quand ils sont étrangers. » Un discours violemment xénophobe à l’image de l’outrance des Républicains dans le cadre de la loi immigration et qui vient compliquer encore les plans du gouvernement qui cherche un compromis avec Les Républicains sur ce texte, peinant à s’accorder sur l’ampleur et l’intensité de l’offensive anti-migrants qu’ils comptent tout deux mener.

Après cet attentat terrible, son instrumentalisation par les réactionnaires et les mesures policières que le gouvernement propose en réponse, l’enjeu est de continuer à lutter contre le climat réactionnaire ambiant, dont la loi immigration est une des principales expressions. Ainsi, pour en finir avec la barbarie, l’urgence est à une politique radicalement différente, loin de tout front commun avec ceux qui instrumentalisent chaque drame pour alimenter la haine tout en prétendant lutter contre la violence, pour des conditions de vie dignes et contre la misère, et à la lutte résolue contre l’exploitation et les oppressions, notamment le racisme, la xénophobie et l’islamophobie.


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