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Jeunesse

Témoignage lycéen

Au lycée Montaigne à Bordeaux : « Mets ton masque et ta gueule »

Un élève de première à Montaigne témoigne de la catastrophe sanitaire dans les lycées, seulement quelques semaines après la rentrée. « Mets ton masque et ta gueule », voilà comment le gouvernement pallie son absence de plan sanitaire selon lui.

mardi 22 septembre

Crédits : NR, Jérôme Dutac

Mardi 1er septembre je fais ma rentrée en classe de première au lycée Montaigne de Bordeaux. Je suis nouveau dans cet établissement et très sceptique à l’idée de revenir en cours à plein temps. Je sais pertinemment que le gouvernement n’a nullement pris la peine de consulter les chiffres de la reprise sanitaire dans la métropole bordelaise avant cette rentrée. La seule chose qui compte c’est la reprise économique. Il faut rapidement que nos parents retournent au travail afin de remplir à nouveaux les portefeuilles des capitalistes. Et je suis loin de me tromper. Le protocole sanitaire de près de 60 pages en juin et qui permettait des cours en classe avec une distanciation sécuritaire optimum est remplacé par un livret de 8 pages dans lequel on nous fait clairement comprendre : « Mets ton masque et ta gueule ».

Il ne me faut que deux jours pour comprendre que cette rentrée est une aberration. Les classes sont pour la grande majorité incompatibles pour des cours à 35 en période de crise sanitaire, les marquages au sol devant les salles ne sont pas, et ne peuvent pas être respectés du fait des couloirs malheureusement trop petits pour faire respecter une quelconque « distanciation sociale », faire cours avec un masque est horrible… énormément de mes camarades l’enlèvent de leur nez car ils ne peuvent respirer correctement (et je les comprends), les professeurs pourtant théoriquement « applicateurs » du protocole sanitaire enlèvent eux-mêmes parfois leurs masques pour nous faire cours. Finalement, la seule véritable mesure prise est un sens de circulation au self afin que les élèves entrants et les élèves sortants ne puissent pas se croiser… et encore ! En effet, pour y accéder, une queue est instaurée dans laquelle, encore une fois, la distanciation est impossible à respecter. Au bout d’une semaine, la professeure d’espagnol annonce à la classe que des cas ont été détectés dans d’autres classes sans qu’elle soit finalement capable de nous dire laquelle. Du côté de l’administration, silence radio ! On ne laisse rien filtrer. Tout élève présentant le moindre symptôme ou nez bouché doit se faire tester et ne pourra pas revenir en cours avant d’avoir un résultat négatif. Et bien sûr, aucune continuité pédagogique pour eux (ou comment débuter une année de Bac correctement !).

On sent les profs de plus en plus tendus au fur et à mesure que la situation épidémique se dégrade et ce qui devait arriver arriva… Au début de la semaine, de nombreux absents dans ma classe. Tous pour suspicion de Covid. Au 18 septembre c’est une dizaine d’élèves de ma classe qui n’ont pas pu venir en cours. Il y a eu pour l’instant deux dépistages négatifs (d’autres résultats sont en attente) mais on sent inexorablement l’étau se resserrer autour de nous, et de nos familles…

Tout cela est donc dû au fait que ce gouvernement criminel privilégie la reprise économique à notre santé et par extension à celle de nos familles ! Les établissements scolaires deviennent les garderies du grand capital aux grands frais des classes populaires qui devront une nouvelle fois en payer les frais. Il aurait pourtant semblé si logique de revenir en cours avec le protocole de juin. Il aurait été possible de faire des classes dédoublées avec une moitié de semaine, des cours en présentiel et une autre des cours à distance. Mais non, il fallait servir les désirs des capitalistes et lorsque la situation sanitaire deviendra une nouvelle fois incontrôlable, qu’il faudra de nouveau fermer les établissements scolaires, ce seront une nouvelle fois les plus défavorisés qui seront pénalisés.




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