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Notre classe

Greenwashing

Auchan épinglé pour ses manquements graves en matière d’écologie

Dans un rapport publié par l'association Notre Affaire à Tous, le groupe Auchan est épinglé avec d’autres entreprises pour ses manquements graves en matière de lutte contre le changement climatique. Alors qu'Auchan surfe sur la vague de l’écologie de façade à travers un greenwahsing décomplexé, cela confirme une fois de plus qu'il n'y rien attendre de ce grand groupe capitaliste qui méprise le vivant et la planète au même titre que ses salariés.

mercredi 24 mars

Crédit Photo : Illustration JMM

27 entreprises émettent 11 fois plus de CO2 que le reste du territoire français !

Depuis 2017 et la loi relative au devoir de vigilance, chaque société mère de grand groupe doit identifier et prévenir les « atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu’elle contrôle ». Ces risques, ainsi que des mesures pour y faire face, doivent être identifiés par les grandes entreprises dans un document : le "plan de vigilance". L’association Notre Affaire à Tous a analysé et noté pour la deuxième année consécutive ces plans pour 27 grandes entreprises françaises (25 en 2020) jugées les plus néfastes au climat.

Sans surprise, le bilan est désastreux et aucune entreprise n’a su mettre en place un plan satisfaisant aux yeux de Notre Affaire à Tous. En effet, d’après l’association, ces 27 entreprises émettent 11 fois plus de CO2 que l’intégralité du territoire français, contre 8 fois plus l’année dernière pour les 25 entreprises surveillées. Les émissions ont donc augmenté d’une année à l’autre. Même si cette augmentation peut en partie s’expliquer par la mise en place d’une évaluation plus complète des émissions et de la prise en compte de deux entreprises supplémentaires, ce chiffre prouve l’insuffisance et l’irresponsabilité des entreprises sur le plan climatique.

Notre Affaire à Tous insiste sur le fait que cette étude s’appuie sur le seul « devoir de vigilance en matière climatique » des entreprises. Ainsi, une multitude d’autres impacts de ces dernières sont négligés, comme les atteintes à la biodiversité, l’appauvrissement des sols, la pollution des eaux et de l’air par d’autres composés que les gaz à effet de serre, etc. Sans parler des impacts sur les travailleurs.

Les entreprises n’ont que faire du climat, et bénéficient de la complicité du gouvernement, qui ne met en place que des lois cosmétiques permettant à ces dernières une communication sur leurs « initiatives » et leur « vigilance ». Les « notes » extrêmement basses données par l’ONG aux plans de vigilance le montrent. Laure Barbé, coautrice du rapport citée par Reporterre explique ainsi : « Pour garantir que l’entreprise est en conformité avec les exigences de la loi et donc que sa stratégie est compatible avec un réchauffement climatique limité à 1,5 °C, il lui faut la totalité des points » donc 100 points. Bien entendu, cette loi non contraignante et partielle ne saurait par son application garantir l’intégrité de l’environnement. Or, même avec des exigences aussi basses, les entreprises ramènent des notes catastrophiques : Auchan n’a récolté que 30 points, Total 22.5 points et la moyenne des 27 entreprises s’élève à 46.5 points. Ces résultats témoignent d’un faramineux mépris pour les questions environnementales.

Pour préserver son chiffre d’affaire, Auchan prétexte l’incompétence

Sur le podium des pires plans de vigilance se retrouvent Auchan, en troisième position à égalité avec Casino, derrière la banque Natixis et Total - champion des énergies carbonées et du greenwashing. Dans le rapport de l’association, Auchan est particulièrement fustigé : « Le groupe n’a pas de réelle stratégie climatique ; les mesures mises en œuvre sont parcellaires. ». En effet, le groupe livre un travail bâclé, avec un bilan carbone (quantification de la quantité d’émissions de gaz à effet de serre dont est responsable l’entreprise) « incomplet », se permettant même de négliger les émissions indirectes. Ces émissions, comme le précise le rapport, sont particulièrement importantes pour les entreprises de la grande distribution puisqu’elles comptabilisent l’impact du transport de la production des marchandises. Côté mesures pour réduire ces impacts, le tableau est le même : elles sont insuffisantes, lacunaires et les émissions indirectes sont toujours négligées. Ainsi l’association constate : « Auchan ne propose aucune mesure concrète de réduction des émissions de GES liées à la production de leurs produits alimentaires. »

Plus grave encore, Auchan assume son rôle dans le changement climatique. Son "plan de vigilance" précise ainsi :« De par leur nature d’activité, les deux entreprises d’Auchan Holding n’émettent directement que peu de GES. Toutefois, les émissions indirectes de GES, notamment liées aux produits et services vendus, sont bien plus significatives, bien que difficilement quantifiables. » Une manière cynique et bien pratique d’affirmer son incompétence sur le volet climatique. Volet qu’elle n’a nullement l’intention d’aborder autrement qu’en apparence.

Devant les enjeux climatiques, les grandes entreprises, dont Auchan, prétextent l’incompétence face à enjeux trop complexes. Elles se dédouanent ainsi de leur mode de fonctionnement nocif pour le vivant. Et pour cause : un changement entraînerait nécessairement l’abandon d’une partie de leur chiffre d’affaire de 32 milliards d’euros en 2020, concession qu’elles ne sont et ne seront jamais prêtes à faire dans le système de concurrence qui les contraint à baisser perpétuellement leurs coûts de production, que ce soit sur le dos du travail, des coûts d’exploitation ou des coûts environnementaux.

La destruction du vivant comme business plan

Bien loin de l’image de « commerce responsable » qu’Auchan tente de mettre en avant sur son site Chronodrive, les impacts environnementaux sont traités par l’entreprise comme des externalités, qu’il est à la charge de la société ou des sous-traitants d’éponger, comme lorsque l’entreprise incite les prestataires « à adopter une conduite plus écologique ou à moderniser leur parc routier » pour réduire ses impacts environnementaux dus au transport. Ceci montre l’incapacité structurelle et criminelle de l’entreprise et des capitalistes en général à gérer des enjeux autres que ceux de la préservation de leurs profits.

De fait, d’après le rapport de Notre Affaire à Tous, « Le groupe considère avant tout le CC (changement climatique) comme un risque pour ses activités ». L’externalisation des coûts environnementaux de la production finit par reporter, en dernière instance, la responsabilité sur les personnes. Cette culpabilisation des individus permet ensuite aux entreprises fautives de développer des arguments commerciaux. Le commerce « bio » et « équitable » a ainsi la part belle sur le site d’Auchan Chronodrive, paré d’une douce police d’écriture vert pomme et de photos de prairies et de jeunes pousses de plantes, dans un exercice à peine dissimulé de greenwashing. Ainsi, les entreprises arrivent à rentabiliser et à même à marketter la destruction de la planète et du vivant.

Une preuve de plus, s’il en fallait, du cynisme du groupe Auchan : celui-ci n’apprécie pas d’être rappelé à l’ordre sur ses responsabilités. En effet, il a pris pour prétexte un tweet dénonçant hypocrisie écologique de l’enseigne pour mettre à pied Rozenn, étudiante travaillant à Chronodrive, en vue de son licenciement. Dans ce tweet, Rozenn dénonçait le gaspilage organisé par l’enseigne, qui contraint ses salariés à jeter d’importants volumes de produits consommables. Mais ce n’est pas là la véritable raison de sa mise à pied. Militante féministe et syndiquée CGT, était en effet devenue trop dérangeante pour la direction suite à sa lutte contre le harcèlement sexuel et le sexisme dans l’entreprise.

Une politique écologique : le contrôle des travailleuses et des travailleurs sur la production !

Il paraît alors nécessaire de mettre la production sous contrôle des travailleurs au service des usagers afin de sortir du cercle vicieux de la précarisation des conditions de travail et de la destruction de notre bien commun à tous pour le bénéfice de quelques-uns. Comme l’a expliqué Adrien Cornet, militant CGT à la raffinerie Total Grandpuits dans une interview à propos de la lutte exemplaire qui s’y est déroulée : « Un outil de travail aux mains des travailleurs, c’est penser écologie, c’est penser sécurité. », Il détaille : « Un exemple : demain quand on va dépasser les normes qui polluent les fleuves dans lequel on rejette les eaux issues de notre industrie, plutôt que d’aller chercher des solutions pour diluer, pour cacher ces dépassements, les ouvriers arrêteraient l’outil de travail, ils chercheraient à résoudre le problème  » […] « Tout simplement parce qu’ils habitent aux abords de ce fleuve. ». De par leur rôle de premier concernés en cas de problèmes et leur connaissance de l’outil de travail, les travailleurs sont les plus à même d’amener des solutions concrètes et viables aux questions environnementales et sociales. De même, l’organisation des travailleuses contre les violences sexistes et sexuelles auxquelles elles faisaient face dans les entreprises Chronodrive et McDonald’s, Biocoop, H&M ou encore la RATP montre l’efficacité et la nécessité des luttes qui se déploient par la base sur le lieu du travail. Alors que les directions imposent une omerta sur le sujet afin de préserver leur image et leurs intérêts privés, l’organisation des travailleuses leur a permis de relever la tête face aux violences sexuelles et à leur direction et de construire un véritable rapport de force

Il n’y a rien à attendre des groupes comme Auchan sur le plan écologique, la lutte contre les violences sexuelles ou encore l’amélioration des conditions de travail. Face à la destruction du vivant, au mépris auquel font face les travailleuses et les travailleurs au quotidien et aux violences sexuelles, faisons de la journée du 27 mars contre le licenciement de Rozenn une démonstration de force contre Auchan et son monde !

Pour soutenir la grève des salarié·es d’Auchan-Chronodrive :
- Donnez à la caisse de grève !
- Signez la pétition !
- Venez et invitez au rassemblement !




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