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Justice de classe

Bayrou relaxé « au bénéfice du doute » : un nouveau verdict au service de l’impunité judiciaire

François Bayrou, au cœur de la toute première affaire judiciaire de la macronie, vient d’être relaxé ce lundi. Un acquittement au nom du « bénéfice du doute », alors que 11 contrats d’assistants parlementaires, qui ont bel et bien été jugés litigieux, auraient servi au MoDem à détourner 293 000 € d’argent public.

Arsène Justo

5 février

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Bayrou relaxé « au bénéfice du doute » : un nouveau verdict au service de l'impunité judiciaire

Crédit photo : Régions Démocrates 2010

Les jeunes condamnés cet été à de la prison ferme pour avoir volé une canette de Red Bull ou pour avoir recelé du fromage après les révoltes dans les quartiers populaires auraient sans doute aimé qu’on leur accorde le « bénéfice du doute ».

Malheureusement, il est préférable d’être un riche politicien au service du patronat et ami avec le Président pour en bénéficier. En effet, si huit dirigeants du MoDem ont bel et bien été reconnus coupables ce lundi du détournement de 293 000 € de fonds européens au profit de leur parti (qu’on se rassure, aucun n’a pris de prison ferme) ; François Bayrou, président du MoDem depuis 2007 et allié politique clef de Macron, a quant à lui été relaxé, sous le prétexte qu’il existerait un doute sur son implication dans le détournement.

Ainsi, l’axe principal de la défense du « Haut-commissaire au Plan » a été de démontrer sa propre incompétence. En effet, si Bayrou est innocent, cela signifie qu’il ne s’est malencontreusement pas rendu compte que 11 de ses assistants manquaient à l’appel et qu’il n’a pris aucune part, ni dans la gestion des finances du parti qu’il dirige depuis 17 ans, ni même dans la rédaction du contrat de sa propre secrétaire personnelle. Une ligne de défense en réalité assez commune parmi les leaders politiques convoqués par la justice, qu’il s’agisse du ministre de la justice Eric Dupont-Moretti ou de l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui souffle régulièrement à l’oreille de Macron.

Cette énième affaire à l’encontre d’un proche de Macron est en fait la toute première. Elle était en effet survenue quelques jours seulement après le début du premier mandat d’Emmanuel Macron, l’homme qui avait fait campagne en promettant d’enterrer « l’ancien monde » et ses magouilles politiciennes. François Bayrou venait d’être nommé ministre de la Justice et portait, comble du cynisme, une loi visant à « moraliser la vie politique ». Le verdict de ce matin vient donc clôturer un long épisode juridique de sept ans, durant lequel Macron avait certes maintenu une très grande proximité avec le MoDem et son président, quitte à mettre violemment la pression aux médias qui osaient relayer l’affaire, mais durant lequel il avait aussi préféré le garder éloigné des postes ministériels.

Jusqu’à présent, le maire de Pau et Président de son agglomération, proche conseiller de Macron, était donc chargé de la gestion du « Haut-commissariat au Plan », une institution parfaitement inutile, ressemblant essentiellement à une planque provisoire pour l’homme politique. Mais maintenant que la décision du tribunal est tombée, et alors que cette dernière était particulièrement scrutée par le gouvernement, il y a fort à parier que Bayrou espère recevoir une promotion au sein du nouveau gouvernement Attal.

La presse bourgeoise se fait en effet le relais de bruits de couloirs susurrés par le pouvoir qui verraient bien François Bayrou remplacer Amélie Oudéa-Castera au poste de ministre de l’éducation, qu’il avait déjà occupé de 1993 à 1997. Il y avait mené une politique particulièrement favorable à l’enseignement privé et réformé les programmes d’histoire pour y introduire l’enseignement du « fait religieux » au détriment de l’histoire économique et sociale. Une politique particulièrement en phase avec le projet réactionnaire de la macronie pour le secteur. Il avait surtout réussi à y tenir son cap malgré le grand mouvement de grève de 1995, un palmarès qui ne peut qu’intéresser Macron, alors que le mécontentement gronde parmi les travailleurs de l’éducation nationale.


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