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Berger et Escure en "négociation" avec le gouvernement : mais de quel droit et avec quel mandat ?

Ce mardi 7 janvier s’ouvrait un nouveau round des négociations. A la sortie Laurent Berger et Laurent Escure se sont exprimés pour faire savoir qu’ils exigeaient du gouvernement qu’il retire la question de l’âge pivot d’ici la fin de la semaine en échange de quoi ils accepteraient de rentrer dans les rangs. Mais de que droit et avec quel mandat ?

mardi 7 janvier

Crédits photo : Lione Bonaventure / AFP

Si le nouveau round de négociations débutait officiellement ce matin, celui-ci avait déjà commencé par déclarations de presse interposées. Ainsi Edouard Philippe avait annoncé ce matin au micro de RTL être favorable à ce que « chacun bouge un peu » de sa position initiale, évoquant la possibilité de revenir sur la question de l’âge pivot si les organisations patronales et les organisations réformistes parvenaient à se mettre d’accord sur une mesure différente pour atteindre l’objectif d’équilibre de la réforme. Laurent Berger, lui, avait répondu juste avant d’entrer en réunion de négociations : « On a vu que l’âge pivot ne semblait plus être un totem, maintenant […] ce qu’on veut, c’est qu’il ne soit plus dans le projet de loi ».

A la sortie de cette première journée de négociation, Laurent Escure et Laurent Berger se sont tous les deux exprimés pour exiger du gouvernement qu’il retire l’âge pivot du projet de réforme d’ici vendredi, date où une réunion entre les « partenaires sociaux » est prévue pour discuter de la Conférence de financement proposée par le numéro 1 de la CFDT.

Les deux centrales syndicales réformistes, qui avaient déjà multiplié les déclarations ces dernières semaines pour se dire en accord avec le projet, ont exprimé clairement leur volonté commune de faire de l’âge pivot une condition pour sortir de la mobilisation, espérant profiter de l’isolement du gouvernement pour obtenir une concession. Une question dont ils font même un préalable pour la réunion de discussions sur la Conférence de financement : « Si l’objectif est de recycler l’âge pivot, ou de négocier une adaptation de l’âge pivot, la réponse est non » a encore déclaré Laurent Berger qui a par ailleurs lancé lundi soir une pétition pour demander le retrait de l’âge pivot.

Si la CFDT a également fait savoir qu’elle appelait à manifester en régions samedi 11 décembre, en parallèle des actions organisées par l’intersyndicale Solidaires-CGT-FO-CFE-CGC, c’est uniquement pour « maintenir la pression » sur le gouvernement en vue d’obtenir gain de cause sur l’âge pivot. Laurent Escure lui n’a pas appelé à se mobiliser.

Si le gouvernement venait à reculer sur l’âge pivot il s’agirait sans aucun doute d’une première victoire pour le mouvement de grève. Pour autant cela ne relèverait que d’une tentative pour sauver le cœur de sa réforme, le passage à une retraites par points et la suppression des régimes spéciaux, et d’une volonté de faire rentrer les directions syndicales réformistes dans le rang pour maintenir sa politique de casse sociale et parvenir à terminer son quinquennat.

Surtout, en tentant de négocier sur le dos des grévistes et des secteurs mobilisés, Laurent Escure et Laurent Berger agissent en dehors de tout mandat. A la base les grévistes ont bien compris qu’il n’y avait rien à négocier avec ce gouvernement, et que la réforme par points signerait une précarisation de leurs conditions de vie et de leur niveau de pension importantes. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi le gouvernement s’est empressé d’en dispenser plusieurs corporations, à l’image des policiers, des militaires ou encore du personnel aérien.

Depuis le début du mouvement les grévistes revendiquent haut et fort qu’ils sont déterminés à aller jusqu’au retrait d’une réforme qui n’a rien à leur offrir. La déconnexion entre la tête et la base des appareils syndicaux ne cesse de se creuser, comme on l’a vu à la veille des vacances lorsque la direction de l’UNSA a appelé les cheminots a cessé la grève et à faire trêve : près d’une vingtaine de sections UNSA ferroviaire s’étaient alors désolidarisées et avaient au contraire appelées à maintenir le combat.

Depuis c’est cette même détermination qui a permis aux grévistes de la RATP et de la SNCF de franchir le cap des vacances, ainsi que le soutien à la grève qui reste majoritaire malgré les perturbations. Alors que le gouvernement apparaît de plus en plus isolé, plus que jamais, amplifions la grève et exigeons le retrait pur et simple du projet !




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