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Grève

Biocoop Retour à la Terre en grève : "on en a marre des salaires de misère"

Ce Samedi 1 er août, les travailleurs de Retour à la Terre, une filiale de biocoop ont organisé un piquet de grève et appelé les soutiens à se rassembler devant un des magasins du réseau alors que leurs conditions de travail sont attaquées par la direction, après qu’ils aient travaillé en première ligne au plus fort de l’épidémie.

dimanche 2 août

Pendant trois mois, les travailleurs de Biocoop ont œuvré en première ligne face au virus, assurant les besoins vitaux de la population et ce dans des conditions sanitaires désastreuses. Il aura fallu attendre de trop longues semaines pour que des protections soient délivrées, il aura fallu faire face à des charges de travail renforcées, aux cadences infernales et nouvelles tâches imposées quand le confinement faisait se multiplier les achats paniques et que les livraisons à domicile étaient rendues obligatoires pour les salariés. Et à Biocoop comme trop souvent ailleurs, le patronat offre ses remerciements de façon bien singulière, et le monde d’après rime avec conditions de travail dégradées, pour ceux-là même qui ont risqué leurs vies pendant le confinement. C’est dans ce contexte post-covid que les salariés ont appris la volonté de la direction de mettre en place l’ouverture des magasins le dimanche.

Face à une direction qui mène la même politique patronale de précarisation de ses employés que dans les grandes entreprises que ce soit à Nokia ou Airbus où les plans de licenciements se multiplient, les travailleurs de Biocoop Retour à la Terre se sont massivement mis en grève samedi 1er août pour commencer à construire un rapport de force à même de les faire gagner sur leurs revendications. « Ce sont les suivantes : que la direction renonce immédiatement à tout projet d’ouverture le dimanche, parce que pour nous salariés, il est clair que nous n’allons pas sacrifier notre vie sociale pour assurer les profits de l’entreprise, que toutes les demandes de rupture conventionnelle émanant d’un employé soient assurées immédiatement quel que soit le poste ou l’ancienneté parce qu’actuellement le seul moyen de quitter la boîte c’est la démission ou l’abandon de poste [ ce qui ne permet pas de toucher le chômage], notre troisième revendication porte sur les compétences et les salaires, nous exigeons que les compétences et qualifications des salariés soient reconnues sur leurs fiches de poste et que les salaires soient revalorisés en conséquence, parce qu’on est extrêmement nombreux à faire des tâches au-dessus de nos grades et que les salaires ne suivent pas. On en a marre des salaires de misère ».

Le premier août : une mobilisation réussie

Hier ce sont donc une cinquantaine de soutiens et de travailleurs de différents sites de Biocoop qui se sont rassemblés devant le piquet de grève. Dans la continuité de leur mobilisation du 9 juillet, alors qu’une grève nationale et sectorielle des commerces et services était appelée pour revendiquer l’augmentation des salaires, l’arrêt des licenciements et le passage aux 32 heures, la grève a été une nouvelle fois massivement suivie par les salariés de Biocoop Retour à la Terre, puisque jusqu’à 80 % de grévistes étaient à dénombrer dans le magasin rive gauche.

Des soutiens d’autres sites de Biocoop sont venus dire leur solidarité à la lutte menée par leurs collègues. C’est le cas de Florent, salarié d’un autre magasin qui est venu rappeler que la gestion patronale et la dégradation des conditions de travail était effective à l’échelle du groupe tout entier et de Hichem de SUD Commerces qui est revenu sur l’histoire des luttes à Biocoop.

Une lutte exemplaire

Le mouvement est d’ore et déjà inédit à l’échelle de Retour à la Terre, la filiale de Biocoop. En douze ans d’existence c’est la première fois que le réseau est confronté à une grève massive dans certains de ses magasins. Le plus grand acquis de cette lutte c’est que les salariés ont commencé à s’auto-organiser, c’est à-dire à décider eux-mêmes de leur lutte, ce qui pose les bases d’une réponse en toute indépendance et sans compromis avec le patronat, ni acceptation du moindre sacrifice et qui permet aux travailleurs de décider des rythmes de leur lutte. Cela a permis de mener une lutte locale importante alors même que la prochaine journée d’ampleur dans le secteur n’est prévue que pour septembre et la démonstration de la force de l’auto-organisation : « Quand une grève sur deux magasins provoque la venue de la direction du leader du Bio en France, ça démontre la force de l’auto-organisation et le contre-pouvoir qui en résulte. » selon les mots de Konstantin, salarié et gréviste de Biocoop.

Les travailleurs de Biocoop auront également réussi à entraîner derrière eux les prestataires du groupe. Ainsi la Conquête du pain, la boulangerie qui fournit quotidiennement Biocoop, a décidé d’interrompre ses livraisons aux magasins Retour à la Terre tant que les travailleurs n’auront pas gagné sur leurs revendications. Chaque matin dans les cagettes qu’ils distribuent aux autres Biocoop, le tract de mobilisation est distribué.

De plus les grévistes font la démonstration de l’hypocrisie d’une direction qui se veut progressiste et écolo mais qui dégrade les conditions de travail. Comme le dit si bien un des travailleurs en grève « l’écologie sans lutte des classes, ça reste du jardinage ». Contre le patronat et le capitalisme vert ils rappellent que l’écologie réellement intégrale est anticapitaliste, en interpelant la direction de biocoop ils montrent que toute lutte écologique, devra prendre en compte l’antagonisme de classe, être sociale et solidaire.

Enfin la mobilisation de jeunes travailleurs, souvent à temps partiels et étudiants qui habituellement ne se défendent pas face à la dégradation de leurs conditions de travail est un exemple pour l’ensemble de la jeunesse travailleuse et précaire. Plus que jamais nous devons réaffirmer notre soutien à leur lutte en étant nombreux lors de leurs prochaines journées de mobilisation et en soutenant massivement leur caisse grève https://www.papayoux-solidarite.com... pour qu’ils aient la possibilité d’intensifier le rapport de force.




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