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Notre classe

Les postiers relèvent la tête

Bordeaux. Les postiers en grève, une première pour le centre de tri de colis

Depuis ce mercredi, les postiers et postières de l’Hôtel Logistique Urbain, au nord de Bordeaux, et du site de Saint-Médard-en-Jalles (centre de tri des colis) ont commencé à se mobiliser. Soutenus par la CGT FAPT et Sud PTT, les grévistes se battent pour leur rémunération et dénoncent des conditions de travail qui se détériorent toujours plus.

vendredi 4 novembre

Crédits photo : RP

À Saint-Médard-en-Jalles, c’est une grève suivie à 90% qui a éclaté, à travers des débrayages de plusieurs heures par jour pour ralentir l’activité. Là-bas, la mobilisation concerne l’obtention d’une « prime d’assiduité » (650€) accordée au moment de Noël à certains employés de La Poste. Si c’est une somme importante dont sont pour l’instant privés les postiers de ce secteur, c’est aussi une modalité de rémunération très contraignante. En effet, cette prime peut notamment être retirée à la moindre journée d’absence (arrêt maladie, grève…) et devient ainsi un moyen de pression important des directions. Cette revendication exprime en réalité, comme partout, un ras-le-bol sur les bas salaires, les travailleurs de ce site cherchant à revendiquer ce qui existe d’ores et déjà dans l’entreprise, mais dont ils sont privés.

Au niveau de l’Hôtel Logistique Urbain (HLU), près d’une quarantaine de travailleurs du site sont en grève depuis mercredi également, soit 60% des effectifs sur les journées de mercredi et jeudi. Ce vendredi, ils ont effectué un débrayage. Ils exigent également une prime, mais cette fois, elle concerne une augmentation de 7€ par jour. Encore une fois, c’est un dispositif existant à La Poste qui est revendiqué. Son obtention permettrait une augmentation autour de 10% pour ces postiers. Elle serait cette fois intégrée aux contrats de travail et relativement pérenne.

Il faut souligner que c’est le premier mouvement de grève depuis la création de ce site il y a quatre ans. On remarque aussi le caractère démocratique du mouvement sur le piquet de grève. Les travailleurs organisés en assemblées générales se livrent à des discussions précises et contradictoires sur les modalités de leur mobilisation. L’ensemble des décisions sont prises par vote : outre la reconduction de la mobilisation, c’est une délégation de grévistes (syndiqués/non-syndiqués) qui a été désignée pour mener les discussions avec la direction. Cette dernière a été reçue ce vendredi matin, mais s’est encore une fois heurtée à un mur face à la direction.

Pour les travailleurs mobilisés, la suite est en réflexion et le préavis de grève est toujours en place. Dans les discussions, il ressort clairement la volonté d’imposer un réel rapport de force. Il y a par contre une question à trancher : la période d’évaluation qui détermine l’obtention de prime d’assiduité commence mardi prochain et la direction menace de faire sauter la prime « dès la moindre minute de débrayage ». Une manière pour la direction de tenter de stopper le mouvement et de diviser les grévistes par une menace sur l’obtention de la prime, qui illustre bien qu’elle peut devenir un outil au service de la direction. Les syndicats vont rapidement étudier la légalité de ces propos, mais les travailleurs semblent de toute manière déterminée à ne pas en rester là. Dans tous les cas, c’est le rapport de force et l’unité des grévistes qui permettront d’arracher les primes exigées.

Crédit photo : CGT FAPT Gironde
L’impact de la grève comme à se faire sentir : les colis non distribués s’empilent

Les perspectives restent ouvertes dans le cadre de ces mobilisations. Et pour cause, au-delà des primes, le mal-être est profond chez les postiers. Les grévistes interrogés dénoncent clairement les conditions de travail imposées par La Poste. Avec des horaires de travail décalées, de 6h le matin jusqu’à 13h, les salaires restent très faibles : « Je fais ça depuis 25 ans et je suis à 1400€ »nous confie un gréviste. Avec des fins de mois de plus en plus difficiles, La Poste n’offre, comme dans l’écrasante majorité des entreprises, que des augmentations inférieures à l’inflation résultant en une baisse du salaire réel : « On sait que l’inflation est à 6 ou 7%, on a eu une revalorisation à moins de 2,5% » raconte un autre gréviste. Conséquence de la pénibilité accrue du travail et du faible salaire, les plus anciens constatent un important turn-over : « plus personne ne veut rester bosser ici, on a même un collègue qui a démissionné pour aller chez un sous-traitant », explique l’un d’eux.

Encore une fois, on retrouve des problématiques similaires dans l’ensemble des entreprises et comme toujours, il s’agit à la fois d’arracher des acquis, mais aussi de réfléchir à l’extension des mobilisations. La première mobilisation sur un site aussi important pour La Poste est un signe très positif qu’un secteur des travailleurs relèvent la tête et est prêt à se battre. Nous devrons apporter toute notre solidarité aux postiers et postières s’ils poursuivent leur mobilisation ; en appuyant financièrement à travers une caisse de grève qui sera nécessaire pour tenir dans la durée, mais aussi en visibilisant ce conflit. Comme toujours dans le service public, la bataille pour les rémunérations et les conditions de travail est également une bataille pour permettre de garantir un service de qualité aux usagers. Dans ce sens, la grève de ces postiers nous concerne toutes et tous !



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