×

Patron(s) voyou(s)

« C’est le service public, mais on dirait la mafia » : les agents d’accueil de la Philharmonie en grève

Depuis le mois d’octobre, la Philharmonie de Paris est traversée par plusieurs épisodes de grève. Dans ce contexte, face à la colère des agents d’accueil, sous traités par l’agence City One, contre des conditions de travail exécrables, des contrats non respectés et des impayés, les mesures de répression se multiplient.

Phil Adrian

1er décembre 2022

Facebook Twitter

Ces derniers mois, la colère face aux conditions de travail s’organise à la Philharmonie

L’ambiance est délétère à la Philharmonie de Paris. Si cette semaine, des agents d’accueil ont reçu le public, la situation reste brûlante entre ces derniers et leur direction. Depuis le mois d’octobre, de nombreux travailleurs de la Philharmonie sous traités par l’agence City One, hôtes et hôtesses d’accueil, ont multiplié les épisodes de grève pour l’amélioration de leurs conditions de travail et des augmentations salariales.

Ainsi, depuis le 20 octobre dernier, suite au licenciement d’un des travailleurs après un conflit avec la direction, les journées de grève se sont enchaînées pour demander sa réintégration et dénoncer les méthodes managériales brutales des employeurs. Dans une institution musicale de cette ampleur, un tel mouvement est de l’ordre de l’inédit au moins depuis 1995.

En outre, en dépit du prestige de l’institution que les patrons mobilisent à tout bout de champ, ce sont des étudiants sous CIDD qui travaillent dans la plupart des postes d’agents : un secteur particulièrement précaire et donc difficile à mobiliser. Pour cause, les contrats CIDD peuvent être renouvelés à répétition sans avoir à passer par un CDI, faisant des travailleurs une variable d’ajustement selon les desiderata du patron. C’est notamment grâce à ces statuts flous que City One a la possibilité d’écarter les éléments perturbateurs de ses rangs en décidant du jour au lendemain, avec la complicité du donneur d’ordre, de ne plus les inscrire dans les plannings et de ne pas renouveler leurs contrats.

Ces dernières semaines, les revendications se sont structurées autour des conditions de travail et des salaires. Les grévistes revendiquent 10% d’augmentation au-dessus du SMIC, des paniers de repas à 7,90€ (3,03€ jusque-là), la majoration des horaires de nuit et des dimanches mais aussi la réintégration des agents mis de côté.

Une grève radicale et combative

S’il y a une chose que les grévistes de la Philharmonie ont comprise, c’est que face à une institution aussi prestigieuse, le rapport de force est primordial mais aussi la charge symbolique sont primordiales. Dans cette optique, le comité de grève ne se prive d’aucune initiative et d’action coup de poing pour s’en prendre frontalement à l’établissement culturel en perturbant les événements qui rassemblent le public de la philharmonie, parmi lesquels hauts fonctionnaires et grands patrons. Entre les piquets et les distributions de tracts aux visiteurs des expositions et des concerts, les grévistes sont allés jusqu’à envahir le hall d’un concert le samedi 19 novembre.

Céline*, étudiante et gréviste depuis le début du mouvement nous raconte : « Nous tout ce qu’on veut c’est de se faire entendre des patrons, donc s’il faut envahir un hall de concert, on va le faire ». Hervé*, l’un des travailleurs licenciés ces dernières semaines, l’explique très bien : « Avant, la Philharmonie c’était une bonne image de marque, où les bourgeois sont bien reçus confortablement, maintenant y’a toujours des excités qui donnent des tracts, y’a des fumigènes, y’a des banderoles, ça les met très mal à l’aise. »

Face à la mobilisation, la Philharmonie main dans la main avec le sous-traitant City One, a intensifié la répression des grévistes pour tenter de casser le mouvement.

Une répression brutale pour sauver l’image de marque de la Philharmonie

Pour casser la grève, la direction de la Philharmonie a d’abord cherché à recourir à un nouveau personnel. Le lendemain de l’action du 19 novembre, les grévistes se sont aperçus que les effectifs avaient été doublés sur les plannings. Céline commente : « ils préfèrent dépenser de l’argent pour casser notre grève et un sureffectif que d’accéder à nos revendications ». Thibaud*, un autre membre du comité de grève, ajoute : « Tout le mois de décembre les effectifs vont être doublés pour casser notre grève, pareil pour la sécurité et les vigiles pour nous surveiller ».

Ensuite, la direction n’a pas hésité à s’en prendre frontalement aux grévistes en cherchant à sanctionner le mouvement et à intimider les travailleurs. Ainsi, trois hôtes et hôtesses d’accueil de la philharmonie ont découvert récemment que du jour au lendemain ils avaient été tout simplement écartés des plannings et leur contrat non renouvelé pour le mois prochain. Si la Philharmonie se défend bien de toute corrélation entre cette mise à l’écart et leur participation au mouvement, il s’agit pourtant de 3 grévistes, employés à la Philharmonie depuis plus d’un an.

Selon Thibaud : « La Philharmonie c’est le service public, mais avec des méthodes de la mafia, des coups de pression, du harcèlement, et des mensonges permanents de la direction. C’est Thibaud de Camas, [le directeur général adjoint de la Philharmonie] qui quitte la table des négociations parce que nous faisons grève et qui dans Libération affirme en ce qui concerne nos collègues licenciés qu’ « aucun des interlocuteurs de la grève n’a été concerné », alors que c’est bien évidemment faux. Les trois jeunes travailleurs écartés étaient membre de la grève depuis le début, dont un syndiqué présent lors des négociations ».

Or si la Philharmonie espérait écraser le moral des grévistes, l’effet est tout autre d’après Céline : « ils se sont dit trois martyrs pour l’exemple, mais ça fait l’effet inverse, on est plus énervés que jamais ».

La suite du mouvement devait se décider ce mercredi 30 novembre lors d’une assemblée générale, mais les grévistes ont bien l’intention de durcir et élargir le mouvement avec d’autres collègues sous-traitants d’autres sites, des employés et artistes de la Philharmonie sensibles à ce que l’accès au monde de la culture ne se fasse sur le dos de l’exploitation brutale d’étudiants et de travailleurs précaires. Pour Thibaud, la mobilisation devrait se poursuivre « avec une grosse journée en décembre, des appels aux collègues, artistes, aux musiciens, aux autres employés de l’établissement, au monde de la culture, pour relier les difficultés qu’on subit, pour continuer à imposer ce rapport de force et faire mal à la direction de la Philharmonie ».

A Hervé de conclure : « Qu’importe le lieu, que ce soit bas de gamme ou du prestigieux, hyper côté, la lutte des classes est la même, l’énergie du patronat pour te descendre est la même. ».

Pour les soutenir, donnez à la caisse de grève


Facebook Twitter
Répression syndicale, du jamais vu depuis l'après-guerre

Répression syndicale, du jamais vu depuis l’après-guerre

Education. Dans le 95, la mobilisation se construit autour du lycée Simone de Beauvoir

Education. Dans le 95, la mobilisation se construit autour du lycée Simone de Beauvoir

Grève des aiguilleurs les 23 et 24 février : les salaires continuent d'attiser la colère cheminote

Grève des aiguilleurs les 23 et 24 février : les salaires continuent d’attiser la colère cheminote

« C'est du jamais-vu » : Grève massive des conducteurs de bus de Lacroix pour les salaires

« C’est du jamais-vu » : Grève massive des conducteurs de bus de Lacroix pour les salaires

Grève illimitée à l'hôpital du Mans : « On met des rustines à chaque fois mais on est au bout »

Grève illimitée à l’hôpital du Mans : « On met des rustines à chaque fois mais on est au bout »

Reconductible à Paul Eluard : la mobilisation se construit contre la casse de l'éducation

Reconductible à Paul Eluard : la mobilisation se construit contre la casse de l’éducation

Grève : l'usine Bosch de Mondeville à l'arrêt contre la menace de suppression d'emplois

Grève : l’usine Bosch de Mondeville à l’arrêt contre la menace de suppression d’emplois

Pourquoi les grèves catégorielles se multiplient-elles à la SNCF ?

Pourquoi les grèves catégorielles se multiplient-elles à la SNCF ?