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Calais brûle quand on expulse les migrants

Camilla Ernst C’est avec une violence inouïe qu’a débuté le démantèlement de la zone sud de la « jungle » de Calais lundi 29 février, en témoignent les images des CRS et des bulldozers déployés sur le terrain publiées hier sur Révolution Permanente, et dénoncées par le NPA. Canons à eau, gaz lacrymogène, tirs de flashball et matraquages étaient de sortie, faisant mentir les déclarations de nos dirigeants qui avaient promis un démantèlement « pacifié » et qui a fini dans les flammes.

mardi 1er mars 2016

L’arrêté d’expulsion des migrants rassemblés dans la « jungle » de Calais avait été validé le 25 février par le Tribunal administratif de Lille, malgré le recours suspensif de l’évacuation déposé par des migrants et soutenu par des associations et des personnalités. L’hypocrisie était alors de mise dans les déclarations successives aux vues des récents évènements du début de semaine. À la préfecture, on assurait qu’il n’y aurait pas d’évacuation par la force. La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, s’était de son côté « engagée à préserver les lieux de vie ». Et Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et borgne-roi au pays des aveugles, d’ajouter : « Il n’a jamais été question d’envoyer des bulldozers pour procéder à la dispersion des migrants  »

Deux bulldozers, une trentaine de fourgons de CRS, deux camions anti-émeute, une centaine de policiers dont trois compagnies de CRS et la BAC, tel est le dispositif déployé par l’État ce lundi 29 février pour une évacuation qui ne devait pas se passer par la force. Résultat, le démantèlement a ciblé tous les habitats de la zone 9, densément peuplée, par l’intervention des bulldozer et d’une entreprise privée mandatée par l’État, tandis que les accès au camp étaient surveillés par les CRS et autres flics de la BAC, interdisant l’accès aux associations soutenants sur place les réfugiés depuis de longs mois. Et quand les migrants ont finalement tenté, en fin d’après-midi, de faire reculer les forces de l’« ordre », en mettant le feu aux cabanes déjà détruites, ils ont été violemment réprimés, à coups de lacrymo, flashball, canons à eau et coups de matraque. Et ce sont encore eux, ainsi que les militants de No Border qui sont accusés de violences dans la presse et par les autorités !

Les réactions choquées ne se sont pas fait attendre. François Guennoc, représentant de L’Auberge des migrants raconte : « Les policiers sont arrivés le matin et ont demandé aux migrants encore présents de partir et, dans la foulée, ils ont tout démoli. La façon dont c’est fait est violente, dégradante et contraire aux engagements de l’État ». De son côté, Olivier Marteau de MSF a dénoncé : « Le démantèlement avait été annoncé comme pacifié , ciblant les tentes vides et les abris inoccupés. Il a en réalité ciblé tous les logements de la zone 9, densément occupée et habitée, et inévitablement dégénéré en violences, dans un camp où vivent des familles et des enfants ».

Aucune solution alternative réelle n’a été proposée aux migrants. Des « maraudeurs recruteurs » ont été envoyés afin de les convaincre de rejoindre des centres d’hébergement d’urgence dispersés dans toute la France, tandis qu’un « centre d’accueil provisoire », plus proche du camp de concentration, a été construit à proximité de Calais, montrant bien qu’il ne s’agit pas là de trouver une solution de relogement afin de lutter contre des conditions indécentes, mais bien d’une expulsion en règle et des plus violentes, visant à pourchasser encore et toujours les migrants.

Fuyants les guerres menées par les États impérialistes en Syrie, en Libye et ailleurs, les réfugiés sont contraints de lutter pour leur survie, ici en France à Calais, à la frontière macédonienne face aux barbelés érigés par les autorités, faisant face aux politiques de fermeture des frontières des États européens, aux réactions racistes et xénophobes de l’extrême-droite et aux violences policières quotidiennes, plongés dans des conditions de précarité et d’insalubrité et chassés de toute part. Sans illusion aucune quant à de possibles expulsions dans violence par l’État, exigeons l’ouverture des frontières, la liberté de circulation et un logement décent pour tous, à commencer par la réquisition des logements vides.




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