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Centrale nucléaire de Nogent : les travailleurs de l’énergie mobilisés pour leurs salaires

A l’appel d’une large intersyndicale, les salariés de l’énergie se mobilisaient ce jeudi 2 juin. A la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, les syndicats estiment à près de 50 % le taux de grévistes.

jeudi 2 juin

80 % des équipes de quart en grève chez EDF ce 2 juin

Partout en France, des actions ont lieu aujourd’hui dans le secteur des industries électriques et gazières. Un mouvement national avec comme revendication centrale une augmentation de salaire de 4,5 % pour faire tout simplement face à l’inflation, quand le patronat de l’énergie propose une augmentation de 0,3 %.

A Nogent-sur-Seine, dans l’Aube, une file de voiture s’étend sur plusieurs centaines de mètres devant l’entrée du site : pour mobiliser les salariés, les grévistes ont mis en place un barrage filtrant qui s’est maintenu de 6h du matin à 10h. L’occasion de discuter avec leurs collègues et de convaincre de la nécessité de faire grève. Si les pointages du matin relèvent pour l’instant un taux de gréviste de 29 %, selon les syndicats, ce chiffre devrait augmenter à 50 % à la fin de la journée. Les grévistes, obligés d’être présents sur leur lieu de travail même en cas de grève -sécurité oblige- sont, au niveau national, estimé à 80 % dans les équipes de quart.

Les chèques du gouvernements ? Des propositions « indignes » selon les salariés

Sur le piquet, la question des salaires est dans toutes les discussions, d’autant que chez EDF, la politique salariale repose essentiellement sur des primes : « on est payé pratiquement qu’en prime, pour certains c’est la moitié ou 40% du salaire ! » dénonce une syndiquée CGT, qui estime entre 40 et 50 les emplois manquants du fait des heures supplémentaires, sur un site qui compte 760 salariés. Laura, 34 ans voit dans les propositions gouvernementale (chèque énergie, chèque alimentaire, bouclier tarifaire) un mépris envers les salariés : « élever ses enfants en leur disant qu’il va falloir attendre un chèque de l’Etat pour payer les factures ce n’est pas une vie. On a l’impression de faire la manche » regrette-elle. Même son de cloche pour Charles Carlhant, secrétaire général de la CGT, qui trouve ces propositions « indignes ».

Il faut dire que dans le secteur, les salaires n’ont que très peu augmenté ces dernières années : « cela fait dix ans qu’aucune organisation syndicale n’a signé d’accord de branche, explique Nabila, déléguée syndicale CFDT. A chaque fois, on nous propose 0,2 %, 0,3 %, et le fossé se creuse avec les prix. » Des pertes de salaires que la CGT estime à près de 10 % sur la dernière décennie. Dans le même temps, EDF continue à accumuler les bénéfices (4,1 milliards d’euros en 2021). Il faut dire que lorsque les deux réacteurs de Nogent fonctionnent à plein régime, comme en décembre dernier, la centrale empoche 4 millions d’euros par jour.

Face à cette situation, le moral des salariés est en berne : « quand tu rentrais chez EDF, tu savais que le salaire de base n’était pas mirobolant, mais qu’au long terme, il y avait une possibilité d’évolution professionnelle. Aujourd’hui, on a une impression de stagnation : même en progressant dans les échelons tu as l’impression d’être au même niveau. A quoi bon se défoncer ? » nous confie Laura.

Un prix de l’électricité qui dégoûte les agents d’EDF

Alors que la question du coût de l’énergie est au centre du problème de l’inflation, les salariés de la centrale dénoncent des coûts mirobolants par rapport aux coûts réels de production. Car depuis la libéralisation du marché de l’énergie, et avec un prix de l’électricité qui est fixé par rapport au prix du gaz, le prix de l’électricité est aujourd’hui très supérieur à ce qu’il devrait être.

Charles Carlhant estime le coût de production sur le marché français entre 60€ et 70€ le mégawatt/heure, quand il oscille entre 200 et 300€ sur le marché européen. En mars dernier, le coût quotidien du MW/h avait même dépassé les 400€ ! Pour le syndicaliste, il s’agit là d’un « vol manifeste des usagers » qui n’est pas sans raccord avec la libéralisation du marché : « quand EDF était totalement public, il n’y avait pas de précarité énergétique. Aujourd’hui il y a 13 millions de français qui ne peuvent pas se chauffer dignement » regrette-t-il. Un constat que rejoint Cédric, pilote de tranche et syndiqué CFDT : « on oblige EDF à brader entre un tiers et un quart de ce qu’il produit moins cher que le coût de production : cela coûte 8 milliards à EDF » ! Et pendant que ces entreprises qui achète une énergie qu’elle n’ont pas produite s’enrichissent, les salaires stagnent, grevées, en partie, par le coût de l’énergie.



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